BCE: L'euro peine à gagner des parts de marché malgré l'imprévisibilité de la politique américaine
information fournie par Reuters 02/06/2026 à 10:49

Des drapeaux de l'UE devant le siège de la BCE à Francfort

Le rôle international de l'euro est resté pratiquement inchangé ‌en 2025, déjouant les espoirs que la politique économique erratique des États-Unis donne un élan significatif à la monnaie européenne, les investisseurs s'étant ​plutôt tournés vers l'or et les devises moins importantes, montre un rapport de la Banque centrale européenne (BCE) publié mardi.

Christine Lagarde, présidente de l'institution monétaire, soutient depuis longtemps que l'euro pourrait devenir une alternative viable au dollar, une idée renforcée encore davantage par l'imprévisibilité de la ​politique américaine sous la présidence de Donald Trump, à condition que les responsables politiques mettent en oeuvre les réformes financières qui sont au point mort depuis longtemps.

L'euro détient désormais ​une part de marché d'environ 20% sur un large éventail d'indicateurs, ⁠un peu plus élevée que l'an dernier, mais toujours bien en-deçà des niveaux observés il y a vingt ans, car ‌l'or et les devises de réserve non traditionnelles de moindre importance ont enregistré de fortes hausses au détriment du dollar et de la monnaie de la zone euro elle-même.

"L'euro a la possibilité de renforcer son attrait ​mondial, à condition que les décideurs politiques européens ‌créent les conditions nécessaires et passent des paroles aux actes", a réaffirmé Christine Lagarde dans le ⁠rapport.

Le bloc doit notamment renforcer sa résilience économique, son intégrité juridique et institutionnelle et sa crédibilité géopolitique, a-t-elle dit.

La devise européenne a enregistré sa plus forte progression grâce aux émissions de dette internationale libellées en euros, qui ont dépassé 1.100 milliards de dollars l'an ⁠dernier, son niveau le plus ‌élevé depuis la création de la monnaie.

Les émissions de ce que l'on appelle les "Reverse Yankees", c'est-à-dire, des titres ⁠de dette émis par des entreprises américaines en euros puis convertis en dollars, ont augmenté de près de 50%, ce qui a ‌contribué à alimenter cette progression.

Le rôle de l'euro dans les réserves de change a toutefois diminué de 0,5 point ⁠de pourcentage pour s'établir à 20,2%, bien en-deçà de la part de 57% du dollar, ce ⁠qui suggère que les gestionnaires ‌évitent les changements brusques dans leurs paramètres stratégiques d'investissement, même en période de forte incertitude géopolitique.

Les investissements se sont également massivement tournés ​vers l'or, les banques centrales et les investisseurs privés ayant acheté des ‌volumes inhabituellement élevés.

Les investissements privés dans le métal ont doublé l'an dernier pour atteindre 2.200 tonnes, tandis que les banques centrales en ont acheté 850 tonnes.

La part ​de l'or dans les réserves officielles a par ailleurs dépassé celle de l'euro et des bons du Trésor américain, même si cette situation est en grande partie due à la hausse des prix du métal et pas seulement aux nouveaux achats.

L'euro a subi ⁠le plus gros revers sur le marché des changes quotidien, dû en grande partie à une forte augmentation des opérations de couverture en dollars, sur fond de forte volatilité du billet vert en raison des annonces retentissantes sur la politique commerciale américaine.

D'autres devises ont néanmoins réussi à gagner du terrain, notamment le renminbi chinois, dont la part s'élève désormais à 9%, a indiqué la BCE.

"Il n'y a pas de place pour la complaisance", a déclaré Christine Lagarde. "Les forces de fragmentation se font de plus en plus sentir".

(Balazs Koranyi; version ​française Diana Mandiá, édité par Augustin Turpin)