BCE : des arguments de plus en plus forts en faveur d'une baisse préventive
information fournie par TRIBUNE LIBRE 02/02/2026 à 07:41

La BCE illuminée pour l'anniversaire de l'euro en 2021. (Crédits: BCE)

Par Michael Krautzberger, CIO Public Markets chez AllianzGI, en amont de la réunion de la BCE du 5 février 2026


  • La BCE devrait à nouveau maintenir ses taux inchangés lors de sa prochaine réunion.
  • Compte tenu des données actuelles sur la croissance et l'inflation et de l'apaisement des tensions entre les États-Unis et l'Europe sur les droits de douane, la BCE n'a aucune urgence à abandonner sa « bonne position ».
  • Mais une baisse préventive des taux par la BCE est possible et justifiée selon nous, et la prochaine réunion en mars pourrait être l'occasion d'agir.
  • Le contexte macroéconomique et politique reste favorable à une surperformance relative des marchés périphériques de taux de l'euro.

La barre est haute pour une nouvelle baisse des taux de la BCE. La présidente Lagarde l'a clairement indiqué lors de la conférence de presse de décembre, et le compte rendu de la réunion l'a confirmé. L'économie affiche une croissance solide, proche de la tendance, le chômage est faible et stable, l'inflation est proche de l'objectif, le taux directeur se situe clairement dans la fourchette neutre et la matrice plus large des taux de financement dans l'économie, toutes échéances et catégories de risque confondues, peut être considérée comme globalement normale. Le contexte géopolitique actuel peut générer de nombreux chocs justifiant un ajustement de la politique monétaire, mais un léger écart à la baisse des prévisions d'inflation par rapport à l'objectif, comme c'est le cas depuis un certain temps déjà, ne constitue pas à lui seul une raison suffisante pour procéder à une baisse des taux, surtout après des années de dépassement.

Le risque d'une nouvelle guerre commerciale entre les États-Unis et l'Union européenne au sujet du Groenland ayant été écarté avant même d'avoir vraiment commencé – un événement qui, selon nous, aurait pu être suffisamment perturbateur pour déclencher une baisse des taux –, il n'y a aucune urgence pour la BCE à abandonner sa «bonne position». La réunion de février sera donc déterminante pour savoir comment le conseil évaluera l'équilibre des risques autour des projections de décembre à la lumière des données récentes et quel pourrait être le seuil pour un éventuel ajustement du taux directeur.

Les données sur la croissance dans la zone euro sont mitigées, les données concrètes suggérant que la croissance du PIB a terminé l'année 2025 un peu plus dynamique que prévu par la BCE, mais des récentes enquêtes de conjoncture étant un peu plus instables. Le net dépassement des données relatives à l'emprunt public allemand pour 2025 pourrait également atténuer les craintes de la BCE concernant une relance budgétaire inflationniste importante, même si nous restons optimistes quant à la capacité de l'Allemagne à tenir ses engagements.

L'inflation, qui est tombée en dessous de l'objectif dès décembre, un mois plus tôt que prévu, pourrait donner une orientation plus claire à la politique monétaire. Les prévisions de la BCE en matière d'inflation globale et d'inflation sous-jacente pourraient s'avérer nettement trop élevées et les données de dernière minute sur l'inflation pour janvier, publiées quelques jours avant la réunion, pourraient accentuer ce risque, malgré le rebond des prix du pétrole en janvier. En outre, la hausse de 3 % de l'euro par rapport au dollar ajoute un risque de désinflation, si elle se maintient.

Selon nous, les risques d'inflation à moyen terme dans la zone euro restent orientés à la baisse. Cela ne contraindra peut-être pas la BCE à réduire ses taux, mais compte tenu de l'incertitude qui entoure les politiques américaines à l'approche des élections de mi-mandat et de leur impact sur l'Europe, une baisse préventive des taux par la BCE est possible et justifiée à notre avis. Nous pensons que la BCE réaffirmera que le seuil pour une telle baisse est élevé, mais pas insurmontable. La réunion de mars, avec de nouvelles prévisions, pourrait être l'occasion d'agir.

Le contexte macroéconomique et politique reste favorable à une surperformance relative des marchés des taux périphériques de la zone euro.