Banques centrales : en pause mais sous tension
information fournie par Carmignac 28/04/2026 à 10:21

Kevin Thozet, membre du comité d’investissement de Carmignac (Crédits: Carmignac)

Par Kevin Thozet, membre du comité d'investissement, Carmignac


La semaine s'annonce particulièrement dense du côté des banques centrales, avec les décisions de la Réserve fédérale, de la Banque Centrale Européenne, de la Banque d'Angleterre, mais aussi de la Banque du Japon et de la Banque du Canada. Pour autant, le statu quo devrait l'emporter.

Réserve fédérale (Fed) – 29 avril : les taux courts bien ancrés, les taux longs sous pression

La Fed devrait maintenir ses taux inchangés dans la fourchette 3,5%-3,75%, les marchés n'anticipant quasiment aucun ajustement à ce stade.

L'économie américaine continue en effet de faire preuve de résilience : la croissance reste solide, le marché du travail tient bon, les actifs risqués évoluent vers ou sont déjà à  leurs plus hauts et la saison de résultats s'avère bien orientée.

En parallèle, l'inflation demeure nettement au-dessus de la cible et montre des signes de raffermissement. Les pressions sur les prix restent tenaces, les prix à la production sont revenus sur des plus hauts pluriannuels et les indicateurs avancés (ISM, PMI) suggèrent un regain de tensions sur les coûts. Les risques géopolitiques pesant sur l'offre pétrolière viennent encore renforcer ce biais haussier.

Dans ce contexte, la Fed devrait maintenir sa politique monétaire en territoire légèrement restrictif, au-dessus de son estimation du taux neutre, et conserver une approche attentiste, avec un minimum de « forward guidance », limitant au maximum ses indications prospectives.

Nous conservons ainsi une vue négative sur les maturités longues (10 ans et plus) et anticipons une pentification de la courbe des taux américains. La capacité, ou la volonté, de la Fed de durcir davantage sa politique monétaire face à un choc d'offre apparaît limitée, ce qui devrait contenir les tensions sur les maturités courtes (2 ans) tout en laissant les taux longs plus exposés à des pressions haussières.

Banque centrale européenne – 30 avril : un resserrement déjà largement intégré dans les cours

La Banque centrale européenne (BCE) devrait elle aussi opter pour le statu quo, en maintenant ses taux directeurs à 2%.

Deux mois après le début du conflit, la BCE évolue dans un environnement délicat, entre un ralentissement de la croissance et des risques inflationnistes accrus. La volatilité des prix de l'énergie, étroitement dépendante de l'actualité géopolitique, incite à la prudence à court terme. Cette ligne de conduite a été récemment réaffirmée par plusieurs membres du Conseil des gouverneurs.

Pour autant, la trajectoire à moyen terme reste inchangée. Les prix de l'énergie restent globalement en ligne avec le scénario central de la BCE qui continue de privilégier un resserrement modéré de sa politique monétaire.
Dans ce cadre, nous anticipons toujours deux hausses de taux à partir de juin. Seule une baisse significative des prix du pétrole, sous les 80 dollars le baril, serait de nature à justifier une pause prolongée.

La communication devrait s'inscrire dans la continuité des réunions précédentes : les risques inflationnistes restent orientés à la hausse et la BCE se tient prête à agir si leur persistance se confirme. Christine Lagarde devrait ainsi réaffirmer une approche guidée par les données, réunion après réunion, tout en préparant progressivement les esprits à de futures hausses de taux.

Les marchés s'inscrivent globalement dans cette lecture, intégrant environ 60 points de base de hausse de taux à horizon fin 2026, avec une première hausse quasi pleinement anticipée dès l'été.

Dans ce contexte, nous restons constructifs sur la partie courte de la courbe des taux euro. Plus de deux hausses étant déjà anticipées par les marchés, le risque d'en voir davantage apparaît limité. La BCE pourra en effet délivrer des hausses de taux cette année, mais difficilement au-delà de ce qui est déjà dans les prix.

Banque d'Angleterre (BoE) – 30 avril : une position des plus inconfortable

La Banque d'Angleterre devrait également maintenir ses taux à 3,75% ; la décision devrait être unanime.
C'est la banque centrale du monde dit développé qui fait face au dilemme le plus délicat. D'un côté, le conflit au Moyen-Orient a ravivé les pressions inflationnistes, conduisant à un ton nettement plus restrictif en mars et à une forte remontée des anticipations de marché. Ces derniers ont même brièvement intégré plus de 100 points de base de hausses d'ici la fin de l'année.

De l'autre, les fondamentaux économiques domestiques se dégradent : l'emploi recule, la dynamique salariale s'essouffle, le chômage progresse, et la croissance comme l'investissement restent atones.

La BoE se retrouve ainsi prise entre la nécessité de contenir l'inflation et celle de ne pas fragiliser davantage une économie déjà en perte de vitesse. Cette situation plaide pour la prudence. Comme ses homologues, elle devrait privilégier une approche attentiste. Les marchés anticipent environ deux hausses de taux d'ici la fin de l'année, un scénario intermédiaire symptomatique de ces pressions opposées.

Le Royaume-Uni apparaît comme le maillon le plus fragile parmi les grandes économies développées : incertitudes politiques, activité dégradée, inflation persistante et marché du travail en détérioration. Dans ce contexte, nous conservons une vue négative sur la livre sterling.

Conclusion

Si les banques centrales devraient opter pour l'attentisme à court terme, les marchés devraient eux commencer à intégrer plus clairement les limites du cycle de resserrement monétaire. C'est précisément dans cet ajustement des anticipations que se dessinent les principales opportunités d'investissement.