* Ouverture officielle de l'enquête
* Les techniques commerciales des banques sur la sellette
* L'enquête impactera les revenus des banques-gérant
par Jonathan Barrett et Paulina Duran
SYDNEY, 12 février (Reuters) - Une commission mise en place
par le gouvernement australien a officiellement ouvert lundi une
enquête demandée de longue date sur le secteur financier après
une série de scandales qui ont éclaboussé les grandes banques du
pays.
La commission royale" afférente a expliqué qu'elle
étudierait d'abord les techniques commerciales utilisées par les
établissements bancaires pour vendre leurs crédits immobiliers,
leur produit le plus rentable.
Elle a déclaré que, sur plus de 385 saisines, près de la
moitié concernaient les banques, attestant d'une perte de
confiance du public envers elles.
Quelques-unes des plus grandes banques locales, figurant
parmi les entreprises les plus rentables d'Australie, vont ainsi
être soumises à une enquête sans précédent et leurs dirigeants
risquent d'être soumis à des interrogatoires approfondis en
public et se voir obligés de porter à l'attention des enquêteurs
des documents confidentiels.
Les conclusions de la commission pourraient aboutir à des
poursuites civiles ou pénales et à un renforcement de la
réglementation au moment même où les banques souffrent d'une
baisse de leurs revenus après des années de profits record.
Les crédits immobiliers sont les produits les plus lucratifs
des banques australiennes. Les quatre premières - Commonwealth
Bank of Australia (CBA) CBA.AX , Australia and New Zealand
Banking Group ANZ.AX , National Australia NAB.AX et Westpac
Banking WBC.AX - détiennent 80% du marché local des crédits
immobiliers évalué à 1.700 milliards de dollars australiens
(1.082 milliards d'euros).
"La commission va entendre des témoignages sur des faits
impliquant certains établissements de services financiers, dans
le contexte du crédit immobilier, et qui laissent penser que les
consommateurs n'ont pas toujours joui du droit d'être traités
honnêtement et équitablement", a déclaré Rowena Orr, avocate
auprès de la commission, lors de l'ouverture des travaux
d'investigation, à Melbourne.
Une Commission royale a le pouvoir d'assigner des témoins à
comparaître, de recommander des poursuites au pénal et de
proposer des changements d'ordre législatif.
AU CRIBLE
Ce n'est pas la première fois que le secteur financier
australien fait l'objet d'investigations mais jamais d'une telle
ampleur, coiffant l'ensemble dudit secteur.
Après avoir refusé durant des années d'ordonner de telles
investigations, le gouvernement fédéral de centre droit y a été
contraint à la fin de l'année dernière sous la pression du
public, dans le sillage d'une affaire sans précédent de
blanchiment d'argent présumé qui a éclaboussé CBA.
Dans une lettre commune publiée en novembre, les banques,
qui avait jusqu'alors tout fait pour éviter d'être interrogées,
estimaient elles-mêmes qu'une enquête relevait désormais de
l'intérêt national.
La commission se penchera également sur la gestion de
fortune et le conseil financier.
Les grandes banques australiennes sont parmi les plus
rentables au monde. Au trimestre clos fin juin, leur marge nette
s'établissait à 36,4%, selon un document publié par la
commission et datant du 9 février.
Mais les autorités les pressent d'augmenter leurs fonds
propres et de freiner les prêts accordés aux spéculateurs, alors
que l'on craint un ralentissement du marché immobilier à Sydney
et à Melbourne.
CBA a publié la semaine dernière une baisse inattendue de
son bénéfice au premier semestre, grevé par des provisions de
575 millions de dollars australiens liées aux accusations de
blanchiment d'argent.
"Les banques sont vraiment maintenant sous les projecteurs",
relève Matthew Ryland, gérant de portefeuille chez Greencape
Capital. "Elles vont être moins engagées, tandis que l'enquête
suivra son cours, donc il y aura des conséquences (en termes de
revenus), poursuit-il, ajoutant qu'il est encore trop tôt pour
en mesurer l'impact.
La prochaine audition publique se déroulera dans un mois
environ.
(Catherine Mallebay-Vacqueur pour le service français, édité
par Wilfrid Exbrayat)