Auchan veut vendre 91 supermarchés à Intermarché, les salariés sous le "choc" information fournie par AFP 27/01/2026 à 14:41
Nouveau "choc" pour les salariés d'Auchan: le distributeur nordiste, qui souhaite se concentrer sur ses hypermarchés, envisage de vendre 91 supermarchés au groupement Mousquetaires (Intermarché, Netto), un revirement dénoncé par les syndicats.
En grande difficulté, le groupe de la famille Mulliez avait dévoilé en novembre son projet de basculer ses supermarchés, en franchise, via une nouvelle entité juridique dont il resterait propriétaire, sous bannière Intermarché ou Netto.
Plus de 260 magasins détenus en propre étaient initialement concernés, auxquels s'ajoutent une trentaine de franchisés Auchan, également incités à changer d'enseigne.
"Les fonds de commerce, l'immobilier restent propriétés d'Auchan, les salariés restent des salariés d'Auchan, et on travaillera sous enseigne Intermarché, qui nous livrera les marchandises, la politique commerciale, le concept magasin", avait alors expliqué à la presse Guillaume Darrasse, directeur général d'Auchan Retail.
Finalement, ce modèle ne s'appliquera qu'à 164 de ces supermarchés intégrés "à l'horizon avril 2027", a annoncé le groupe mardi dans un communiqué.
Les 91 restants, "de par leur situation géographique ou économique", seront "proposés à la cession au Groupement Mousquetaires", dont les adhérents peuvent se positionner jusqu'à avril 2026, est-il précisé.
Une quarantaine de ces magasins se trouvent dans les régions Auvergne-Rhônes-Alpes et Provence-Alpes-Côte d'Azur, selon la liste détaillée transmise par Auchan.
Le distributeur conserverait par ailleurs 11 supermarchés, essentiellement franciliens, dans son périmètre, "sous d'autres formats" non détaillés.
- "Désaveu" -
"C'est encore un choc", a déploré auprès de l'AFP Franck Martinaud, délégué syndical retail FO d'Auchan France, en marge d'un CSE (comité social et économique) organisé mardi.
Les nouvelles annonces "sont encore pires" que celles de novembre, a-t-il estimé. A l'époque, Guillaume Darrasse a souligné lors de plusieurs apparitions médiatiques "qu'il ne s'agissait pas d'une vente", rappelle le syndicaliste. Or pour lui, "c'est un rachat d'Auchan par Intermarché qui ne dit pas son nom".
"Tout d'un coup, l'annonce change totalement", a abondé René Carette, délégué syndical central CFDT Auchan. La direction "brode beaucoup" dans ses réponses, ce qui empêche pour l'instant les syndicats, qui n'ont "plus confiance" en elle, d'y voir clair, selon M. Carette.
Il y voit cependant "un désaveu" pour la direction, "la preuve que nos dirigeants ne croient plus en l'enseigne Auchan".
D'après Franck Martinaud, les supermarchés Auchan représentent au total 11.700 salariés, "dont 99% seront impactés" par le projet du groupe. "Ce sont encore des hommes et des femmes sacrifiés", regrette-t-il.
Que leur magasin soit vendu ou passe en franchise, ils perdront beaucoup "en termes de pouvoir d'achat et d'acquis sociaux", confirme M. Carette.
Même pour les franchisés, "on nous a fait comprendre qu'aucune décision importante ne pourra être prise sans l'aval d'Intermarché", relate M. Martinaud.
- "Malade" -
Le projet est soumis à la consultation des instances représentatives du personnel, ouverte mardi, et doit être autorisé par l'Autorité de la concurrence.
L'opération doit permettre à Auchan de faire baisser les prix dans ses supermarchés, de 6 à 8% selon une source proche du dossier, tout en continuant le "travail" sur sa centaine d'hypermarchés.
Ce deal "gagnant-gagnant" pourrait "nous permettre d'étendre notre emprise sur le marché français", s'était de son côté félicité le patron des Mousquetaires, Thierry Cotillard, en novembre.
Les supermarchés Auchan représentent deux points de part de marché, et les Mousquetaires visent 20% en 2028, contre 17,7% en octobre, selon Kantar Worldpanel.
Auchan, 4e distributeur de France en parts de marché derrière E. Leclerc, Carrefour et Intermarché, souffre depuis des années de la concurrence des groupements indépendants, où les conditions sociales notamment sont généralement moins-disantes, et de son positionnement historiquement fort sur les hypermarchés, moins en vogue.
Le groupe a annoncé en 2024 un plan de sauvegarde de l'emploi prévoyant la suppression de près de 2.400 postes, objet d'une bataille judiciaire avec les syndicats.
Il peine aussi à digérer le rachat en 2024 d'une centaine de magasins à son concurrent en grande difficulté Casino.
Parmi les 91 supermarchés proposés à la vente, qui concerne 3.000 salariés, 41 ont été repris au groupe Casino, relève M. Carette: "Un malade qui rachète un mourant, ce n'est pas possible".
Sollicité mardi par l'AFP, Intermarché n'a pas commenté.