Au Royaume-Uni, la fronde contre Palantir au sein du service public de santé s'intensifie information fournie par AFP 01/10/2026 à 08:49
Médecins, élus et militants accentuent la pression pour évincer Palantir du système public de santé britannique NHS, dénonçant les pratiques controversées du géant américain de l'analyse de données et les risques de dépendance envers Washington. Le gouvernement doit trancher d'ici décembre.
Les critiques se sont multipliées ces derniers mois contre le contrat de 330 millions de livres (385 millions d'euros) avec le National Health Service (NHS) remporté en 2023 par Palantir. Il prévoit la fourniture d'une plateforme destinée à faciliter le partage de données entre hôpitaux et à optimiser la gestion des rendez-vous et des ressources.
Le NHS indique que l'entreprise, cofondée par le milliardaire Peter Thiel, soutien de longue date de Donald Trump, n'est pas propriétaire des données des patients. Celles-ci restent hébergées au Royaume-Uni et ne sont utilisées ni à des fins commerciales ni pour entraîner des intelligences artificielles, assure-t-il.
Mais les "inquiétudes éthiques" entourant Palantir, de sa collaboration avec l'armée israélienne à ses contrats avec la police fédérale de l'immigration (ICE) américaine, "empoisonnent tout", affirme à l'AFP Duncan McCann, un responsable de l'ONG Good Law Project.
Avec d'autres associations médicales et de défense des droits humains, cette organisation prévoit jeudi des manifestations devant une trentaine d'hôpitaux et le siège londonien de l'entreprise, pour réclamer l'activation d'une clause permettant de ne pas prolonger le contrat au-delà de mars 2027.
Le Premier ministre Andy Burnham, arrivé au pouvoir en juillet, ne s'est pas exprimé sur le sujet. Son gouvernement doit se prononcer d'ici décembre sur ce contrat, en cours de "réexamen".
"Directives" américaines
La British Medical Association (BMA), principal syndicat des médecins, a appelé ses membres à refuser la plateforme. Son président, Tom Dolphin, a estimé en février que, compte tenu des "risques pour la confiance des patients, la sécurité des données et l'indépendance du NHS", une "rupture totale" avec Palantir était nécessaire.
Pour Duncan McCann, les prises de position du directeur général de Palantir, Alex Karp, en faveur de la domination américaine "empêchent désormais de considérer leur technologie comme neutre".
Selon le NHS, environ deux tiers des hôpitaux ont déployé la Federated Data Platform (FDP) de Palantir.
L'entreprise, qui n'a pas répondu aux sollicitations de l'AFP, affirme que l'outil a permis de réaliser 110.000 opérations supplémentaires et contribué à réduire les listes d'attente.
"Les avantages de la plateforme sont évidents", assure à l'AFP le ministère de la Santé, évoquant une "réduction du nombre de jours d'hospitalisation inutiles".
Mais selon un sondage YouGov publié en juillet, 65% des Britanniques soutiennent une résiliation du contrat.
L'opposition s'est amplifiée durant l'été après le rapport d'une commission parlementaire chargée des technologies, alertant sur les risques de "dépendance" envers les Etats-Unis.
L'un de ses membres, le libéral-démocrate Martin Wrigley, plaide auprès de l'AFP pour une "solution souveraine", idéalement développée par une entreprise britannique qui "comprend le fonctionnement et l'éthique" du NHS.
Selon lui, le système actuel pourrait s'arrêter "du jour au lendemain" si Palantir, dont Peter Thiel préside le conseil d'administration, se "plie aux directives" de l'administration Trump.
Action en justice
Les parlementaires estiment également que "la présence croissante de Palantir dans l'ensemble du secteur public constitue un point de faiblesse inacceptable".
En dehors du NHS, l'entreprise a signé de multiples contrats avec l'Etat britannique, de certaines forces de police à l'autorité de surveillance des marchés financiers, mais aussi en 2025 pour fournir au ministère de la Défense des outils d'aide à la planification militaire et à la prise de décision grâce à l'IA.
Le Royaume-Uni est ainsi devenu son deuxième marché mondial, avec 10% du chiffre d'affaires 2025.
A l'inverse, en France, le renseignement intérieur a décidé cette année de remplacer les logiciels de Palantir par ceux du français ChapsVision. Selon des médias nationaux, l'Allemagne aurait acquis et testerait également cette solution française.
A Londres, le maire Sadiq Khan a bloqué en mai un contrat de 50 millions de livres (58 millions d'euros) avec la police, invoquant une violation des règles d'attribution. Palantir a depuis engagé une action en justice.
Plusieurs organisations britanniques ont aussi abandonné l'entreprise ces derniers mois.
Dans le nord de l'Angleterre, le groupement réunissant hôpitaux et médecins de l'agglomération de Manchester a lui développé, ces dix dernières années, une solution technique remplissant certaines des fonctions de la plateforme FDP.
Elle est "meilleure" pour les besoins de leurs patients, et, même s'il serait difficile de reproduire une telle infrastructure à l'échelle du pays, la tâche est "réalisable", juge son responsable des données Matt Hennessey.