Au lendemain des municipales, zizanie à gauche, appel à l'union à droite
information fournie par AFP 23/03/2026 à 16:45

Les panneaux d'affichage électoraux à Paris, le 23 mars 2026 ( AFP / JOEL SAGET )

Dans la foulée d'élections municipales sans vainqueur clair, chaque camp politique a tenté lundi de tirer les leçons du scrutin sur les alliances et les stratégies pour la présidentielle, entre zizanie à gauche et appel à l'union à droite.

Favori des sondages pour 2027, le président du Rassemblement national Jordan Bardella a revendiqué "la plus grande percée" de l'histoire du parti, qui a remporté des dizaines de petites et moyennes villes, notamment dans ses zones de force de l'arc méditerranéen et du bassin minier du Pas-de-Calais.

Si la formation d'extrême droite continue d'améliorer son implantation, siphonnant une partie des électeurs Les Républicains dans le sud, comme à Marseille ou Nîmes, elle reste faible dans les grandes villes, comme le prouve son échec à Toulon, et n'a pas réussi à conclure des alliances locales avec la droite.

Le député Jean-Philippe Tanguy a dénoncé lundi "la lâcheté de LR qui a refusé les fusions".

Mais la patronne des députés RN, Marine Le Pen, a estimé que son parti ne devait pas "ouvrir à droite" mais "à tous les Français". "Je ne m'adresse pas à l'électorat de droite ou à l'électorat de gauche, je m'adresse à tous", a-t-elle martelé, en se félicitant d'avoir "gagné plus de villes" qu'espéré.

Les Républicains peuvent eux se targuer, malgré des échecs à Paris et Lyon, d'avoir remporté plusieurs villes importantes: Clermont-Ferrand, Brest, Limoges...

"Dans beaucoup de villes, il y a la preuve que l'alliance de la droite républicaine et du centre fonctionne", s'est réjoui l'ancien Premier ministre Michel Barnier sur TF1 .

Le président du Rassemblement national (RN) Jordan Bardella, le 18 mars 2026 à Châlons-en-Champagne ( AFP / Sameer AL-DOUMY )

Valérie Pécresse compte d'ailleurs "demander des clarifications" au prochain bureau politique de LR à Bruno Retailleau qui avait lâché dans l'entre-deux tours le candidat Christian Estrosi face à Eric Ciotti, allié du RN et largement victorieux à Nice.

Selon elle, les poussées du RN et de LFI aux municipales plaident "pour une candidature unique de la droite et du centre face au chaos des extrêmes", une idée à laquelle est hostile Bruno Retailleau qui s'est déjà déclaré candidat.

Cette question promet d'agiter encore de nombreux mois l'espace allant de Renaissance aux Républicains, en passant par Horizons.

Le parti d'Edouard Philippe peut souffler après sa réélection au Havre qui, selon les sondages, reste en position de se qualifier au second tour dans la course à l'Elysée.

Cartes de France montrant les communes où La France insoumise, Les Écologistes, les Socialistes, Renaissance, Les Républicains, et le Rassemblement national (y compris alliances avec les ciottistes) ont gagné aux élections municipales, selon les données du ministère de l'Intérieur ( AFP / Nalini LEPETIT-CHELLA )

Le parti macroniste Renaissance, s'il remporte moins de villes que la droite, a lui conquis Annecy et surtout Bordeaux, reprise aux écologistes.

Revigoré, son chef Gabriel Attal a souhaité tendre la main à droite et à gauche, avec une "pensée particulière pour tous ces Français de la gauche républicaine qui ont été absolument écœurés" par les accords entre le PS et LFI.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a pour sa part estimé que les urnes n'avaient "sacré personne", et défendu dans un courrier aux maires sa méthode des "compromis".

- "La tambouille ne fonctionne pas" -

Le maire du Havre Edouard Philippe, le 22 mars 2026 au Havre ( AFP / Lou BENOIST )

Les débats les plus vifs ont lieu au sein du PS, après les défaites dans plusieurs villes où Insoumis et socialistes avaient fait alliance, par contraste avec les victoires à Paris ou Marseille où ils étaient restés seuls.

"La France insoumise nous a fait perdre", a fustigé le chef des députés socialistes Boris Vallaud. "Beaucoup de Français n'ont pas compris quelle était la ligne" du PS, a-t-il ajouté, dans le sillage d'un Raphaël Glucksmann qui y voit la preuve que "la tambouille ne fonctionne pas".

Mis en cause, le Premier secrétaire du PS Olivier Faure a esquivé ces critiques en mettant en cause "le boulet qu'est devenu Jean-Luc Mélenchon" pour expliquer, malgré un bon premier tour, les défaites des listes de gauche conduites par LFI à Toulouse ou Limoges.

Carte de France montrant la nuance politique de la liste gagnante aux municipales 2026 dans les villes d'au moins 100 000 habitants, selon les données du ministère de l'Intérieur au 23 mars, résultats complets ( AFP / Nalini LEPETIT-CHELLA )

Le coordinateur de LFI Manuel Bompard a lui rejeté sur les socialistes l'échec des alliances dans des villes tenues par le PS comme Clermont-Ferrand et Brest.

"Les maires sortants ont subi un désaveu populaire d'une telle ampleur que les Insoumis, au second tour, malgré leur mobilisation, n'ont pas réussi à compenser", a-t-il argumenté, soulignant les victoires insoumises à Roubaix, Saint-Denis, La Courneuve, ou encore Vénissieux.

Le président du groupe socialiste à l'Assemblée, Boris Vallaud, le 11 mars 202 à Paris ( AFP / Bertrand GUAY )

Principal perdant de l'élection, même si Lyon a été sauvé: les Ecologistes, dont la patronne Marine Tondelier a dénoncé sur France 2 "l'ambiance globale à gauche qui n'a pas aidé".

"C'est une victoire de Jean-Luc Mélenchon et de François Hollande qui avaient prédit qu'on ne pourrait plus travailler ensemble. Mais quand la gauche irréconciliable gagne bien, c'est la gauche qui perd. Donc ça doit nous servir d'alerte pour 2027", a-t-elle estimé.