Après onze ans à la tête d'Euronext, Stéphane Boujnah lègue le chantier d'une Bourse européenne information fournie par AFP 02/11/2026 à 16:08
Arrivé en 2015 à la tête d'Euronext, Stéphane Boujnah va passer la main en mai 2027 après en avoir fait un opérateur boursier de premier plan aux huit places européennes.
La société, qui gère notamment la Bourse de Paris, a annoncé lundi son intention de nommer directeur général le Néerlandais David Knibbe, actuel patron de l'assureur NN Group, à sa tête.
Cette nomination devrait être proposée lors de l'assemblée générale annuelle du 20 mai 2027.
Lancé dans un projet de consolidation d'un marché européen jugé trop fragmenté entre de nombreuses Bourses, le futur directeur général devra "renforcer les marchés de capitaux européens et faire avancer l'Union européenne de l'épargne et de l'investissement", a fixé le président du conseil de surveillance, l'Italien Piero Novelli, dans un communiqué.
Il prendra la tête d'un groupe façonné par Stéphane Boujnah, qu'il n'a eu de cesse de faire grandir à coup d'acquisition.
"La seule raison pour laquelle je deviens CEO (directeur général, NDLR), c'est que personne ne voulait du job", racontait-il lors d'un entretien à l'AFP.
Quand il arrive à la tête du groupe en novembre 2015, Euronext vient de connaitre des années mouvementées.
Née en 2000 du mariage des Bourses de Paris, d'Amsterdam et de Bruxelles, rejointe par Lisbonne en 2002, la société passe sous contrôle américain en 2007 en fusionnant avec la Bourse de New York. Mais en 2013, l'américain ICE rachète l'ensemble, garde New York et revend les Bourses européennes en les faisant entrer elles-mêmes en Bourse, en 2014.
Stéphane Boujnah accélérera la cure d'économies engagée avant son arrivée. Réduire les coûts n'est "pas très compliqué intellectuellement", mais c'est "émotionnellement épuisant", confie-t-il.
Puis il achète, Bourse après Bourse : Dublin en 2018, Oslo en 2019, Milan en 2021 et Athènes en 2025. Euronext réunit désormais huit Bourses et plus de 1.800 entreprises cotées.
"Se reposer ou rester libre"
Mi-septembre, M. Boujnah a même jugé dans le Financial Times qu'une fusion des activités Bourse d'Euronext et de Deutsche Börse, le grand concurrent, "aurait du sens".
Euronext, qui fait partie du CAC 40 depuis septembre 2025, pèse un peu plus de 18 milliards d'euros en Bourse, contre 1,5 milliard en novembre 2015 à l'arrivée de M. Boujnah.
Né en 1964 à Albertville (Savoie), il grandit dans la banlieue de Nancy, fils d'un ouvrier tunisien et d'une institutrice. Militant socialiste dès 17 ans, cofondateur de SOS Racisme en 1984, il est avocat, conseiller de Dominique Strauss-Kahn à Bercy de 1997 à 1999, puis banquier d'affaires.
Sa devise, empruntée à l'historien grec Thucydide, revient dans presque toutes ses interventions. Lors de ses voeux à la presse en 2025, il avait à peine commencé à la citer que les journalistes présents l'avaient complétée : "Se reposer ou rester libre, il faut choisir".
Ce dirigeant peut aussi se montrer virulent lorsque le débat sort de son cadre. Lors d'un déjeuner de presse en mars 2025, il avait sèchement publiquement repris un journaliste espagnol qui avait, selon lui, mal interprété ses propos de janvier sur un possible intérêt pour la Bourse de Madrid.
Depuis l'été, il s'invite dans le débat sur la dette française, quitte à croiser le fer avec Jean-Luc Mélenchon, qui propose d'annuler une partie de la dette publique. "Soit il ne sait pas comment ça se passe et donc il se trompe, soit il sait comment ça se passe et il ment", a-t-il lancé le 13 octobre sur France Inter.
Le lendemain, le leader de La France insoumise a répliqué en le jugeant "le plus mal placé pour expliquer comment ça se passe la gestion de la dette publique". "Lui, c'est un spéculateur, un profiteur de crise et un exploiteur du peuple", a-t-il lancé, en rappelant le mot du général de Gaulle selon lequel "la politique de la France ne se fait pas à la Corbeille", l'ancien parquet de la Bourse de Paris.
Invité en janvier sur Public Sénat à répondre par oui ou par non à la question de savoir s'il aurait aimé faire une carrière politique de premier plan, Stéphane Boujnah avait choisi : "Oui".