Après la chute de Wall Street, la stratégie du « buy the dip » n’est plus assurée
information fournie par Les sélections de Roland LASKINE 06/11/2026 à 12:06

Le 6 novembre 2026

Le plongeon, ce jeudi, de 6,36% de l'indice Nasdaq 100, plombé par l'effondrement des valeurs liées à l'IA, le lendemain de l'élection de mi-mandat aux Etats-Unis, constitue une sérieuse alerte. Cette correction est de la même ampleur que celle intervenue en avril 2025 après la mise en place de droits de douane par Donald Trump et surtout depuis mars 2020, au moment de la crise du Covid. Nul ne peut dire aujourd'hui si nous en resterons là. Seule certitude : avec un recul de 15% par rapport à son sommet historique du début du mois d'octobre, l'indice de référence des cent plus importantes valeurs technologiques américaines est techniquement entré en phase de correction.

Les uns verront dans cette baisse un repli salutaire après l'euphorie de ces dernières années ayant con

panneau wall street (Crédits: Unsplash - lo lo)

duit à une envolée de 90% de cet indice entre le début de 2023 et le sommet atteint début octobre. Les signes d'apaisement de la tendance dès les premières heures de l'ouverture du marché vendredi matin, semblent aller dans ce sens. Pour les autres l'accalmie n'est qu'apparente. Quelle que soit l'ampleur du rebond technique envisageable après un tel coup de tonnerre, de nombreux analystes pensent que la secousse du 5 novembre constitue le signal fort, qu'il vaut mieux ne pas prendre à la légère. Ce jeudi en effet de gros dégâts ont également été constatés sur les autres compartiments de la cote américaine, avec une chute de 4,36% de l'indice large S&P 500 et de 3,44% du Dow Jones essentiellement composé des valeurs très traditionnelles. L'Europe a été relativement épargnée par la violence du choc, mais nous avons peu de chances de résister à une poursuite de la baisse de la Bourse de New York qui reste le marché directeur au niveau mondial.

La défaite cinglante de Donald Trump aux élections de midterms du 3 novembre aux Etats-Unis avait pourtant commencé par être bien accueillie. La vague bleue démocrate ayant submergé les deux chambres du Congrès a été perçue comme un meilleur équilibrage des pouvoirs outre-Atlantique capable de contenir les excès de Donald Trump dans tous les domaines de la vie quotidienne des Américains. C'était sans compter sur une lecture nettement plus pessimiste des événements, avec la crainte de voir le nouvel exécutif démocrate fortement réduire l'expansion des centres de données nécessaires au développement de l'IA.

Les nuisances écologiques causées par l'installation de ces énormes datacenters, avec pour conséquence un impact très négatif sur le prix des logements environnants, ont constitué un thème central dans toute la campagne électorale des élections de mi-mandat. Les marchés ont vite compris que la perspective de telles restrictions ne peut conduire qu'à un affaiblissement de toute la chaîne de la tech, allant des fabricants de semi-conducteurs, aux producteurs de contenu, en passant par les sociétés de services en première ligne dans la diffusion de l'IA auprès des utilisateurs.

Imputer l'étendue du « bain de sang » intervenu à Wall Street aux seules inquiétudes des propriétaires de maisons potentiellement concernés par les nuisances créées par les hyperscalers reste malgré tout une explication un peu courte. Il n'est pas inutile de rappeler que le Vix Index (le fameux indice de la peur à Wall Street) a bondi, ce jeudi, de près de 70% à 28,2 points, un niveau très supérieur à la moyenne historique (calculée depuis 1990) située entre 19 et 20 points. Ces chiffres montrent que les marchés sont préoccupés par la remise en cause de tout le scénario de croissance de l'IA qui a porté la hausse des marchés au cours de ces trois dernières années. Faut-il rappeler que les dépenses d'investissement consenties dans cette direction et les effets de richesse indirectes qui en découlent représenteraient, selon différentes sources, entre 0,8 et 1% de la croissance du PIB américain ?

Le malaise porte sur la soutenabilité de la croissance du secteur et surtout sur les dégâts que risquait de causer sur les comptes une course effrénée de dépenses d'investissement dans les datacenters et autres équipements énergétiques. La publication des géants de l'IA a clairement montré que le marché n'est plus disposé à accepter une poursuite de la dégradation des cash-flows des sociétés concernées sans garantie de retour à un certain niveau de la rentabilité. La chute, le 29 octobre, de près de 13% du cours d'Alphabet, en dépit d'une hausse de 25% des revenus du T3, montre que les investisseurs reviennent à une plus grande sélectivité. Bien que l'investissement reste le meilleur moyen de préparer l'avenir, ils exigent plus de rigueur et de progressivité dans le choix des dépenses à venir. Les gains massifs de productivité attendus des énormes efforts d'investissement réalisés dans l'IA ne sont toujours pas à la hauteur des attentes. Son adoption est bien réelle dans le quotidien des salariés, mais l'impact effectif est encore limité.

Quelle stratégie pour la fin de l'année ? Face au plus grand pari économique que représente l'IA dans l'histoire des Etats-Unis, le marché est en droit de demander une pause. Avant que celui-ci accepte de reconsidérer sa position, il faudra - a minima - attendre que la visibilité s'éclaircisse sur la politique que le nouveau Congrès entend mener en matière d'installation des datacenters. Même si nous savons tous que ce genre de période est souvent propice pour saisir de belles opportunités de retournement, les investisseurs vont également vouloir disposer de plus d'éléments sur l'impact concret de cette crise sur les comptes des sociétés concernées. Repartir à l'achat la fleur aux dents, en se basant le vif rebond intervenu en avril 2025 après l'épisode du relèvement agressif par Donald Trump des droits de douane, paraît donc prématuré. Si c'est comme on peut le craindre, c'est aujourd'hui le principal pilier de soutènement de la hausse des marchés qui est affaibli, il n'y a pas lieu de se précipiter dans la stratégie du « buy the dip ». Nos portefeuilles ont certes été touchés par la correction de ces derniers jours, mais comme le montrent les graphes ci-joints ils ont dans l'ensemble plutôt bien résisté.  L'Offensif conserve une belle avance de près de 23% par rapport à l'indice CAC 40 depuis le début de l'année. Le Défensif se révèle toujours aussi « faiblard » avec un gain limité à 4,75%. Cependant, il est, avec notre sélection de fonds ISR, celui qui tient le mieux tête à l'adversité. La sélection d'ETF Monde très orientée sur Wall Street, avec les trackers Amundi PEA Nasdaq et S&P 500, est plus touchée, avec une performance revenue à 4,4% depuis le début de l'année.

Bonne lecture et bon week-end à tous,

Roland Laskine