Approvisionnement, stocks, raffinage : pourquoi le marché mondial du gazole se tend information fournie par Boursorama avec Media Services 21/09/2026 à 14:46
"Alors que les stocks de sécurité s'épuisent rapidement, l'urgence de rouvrir pleinement le détroit d'Ormuz et les itinéraires de contournement s'accroît", a alerté l'agence internationale de l'énergie.
Les prix du carburant poursuivent leur flambée en Europe, portés par les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient. Le gazol est particulièrement touché. Les alternatives, quand elles existent, surenchérissent les coûts. En attendant que le détroit d'Ormuz rouvre.
• Quelle quantité de pétrole manque?
Les perturbations liées à la guerre au Moyen-Orient font qu' il manque aujourd'hui "10 millions de barils par jour" sur le marché mondial, a estimé lundi la ministre française chargée de l'Énergie Maud Bregeon. Une quantité significative, dans un monde qui en consomme plus de 105 millions quotidiennement.
Plusieurs facteurs ont amorti ce déficit ces derniers mois : au moment du déclenchement par les États-Unis et Israël de l'attaque contre l'Iran, le monde disposait d'un important stock d'hydrocarbures, car la production en 2025 était excédentaire d'environ 1,4 million de barils/jour. Depuis février, il s'est aussi efforcé de réduire sa consommation -de plus d'un milliard de barils selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE)-, effort notamment porté par la Chine. D'autres pays ont eux accru leur production (États-Unis, Brésil, Kazakhstan, Venezuela ou Nigeria).
Malgré tout, les stocks mondiaux sont "inférieurs de 507 millions de barils" à leur niveau d'avant-guerre, dit l'AIE, qui parle de stocks "observés", l'étendue des réserves de certains pays, comme la Chine, n'étant pas connue.
Des acheminements via les ports saoudien de Yanbu en mer Rouge et émirati de Fujairah dans le golfe d'Oman, ont permis de continuer à exporter les hydrocarbures de la région, tandis que la création d'un couloir de navigation sécurisé par les États-Unis dans le détroit d'Ormuz s'est accompagnée d'une augmentation significative des exportations de pétrole. Mais l'offensive des Houthis du Yémen a entraîné la fermeture du pipeline approvisionnant Yanbu, tirant de nouveau les prix du pétrole à la hausse.
• Quel est le problème spécifique du gazole?
À la hausse du prix du pétrole brut s'ajoute un problème propre au gazole : la Russie, le troisième raffineur mondial (en capacités installées, derrière les États-Unis et la Chine), est engagée dans une guerre avec l'Ukraine depuis 2022.
Cette dernière a accéléré en 2025 et 2026 ses frappes sur les raffineries russes , au point que, sur les 32 plus importantes, seules cinq dans l'extrême-est du pays, ont été épargnées, selon l'AIE. La production de diesel a chuté de presque 30% par rapport à 2025 en Russie, entraînant une concurrence mondiale pour capter la production restante.
"La perturbation est mondiale, mais l'Europe est particulièrement exposée" , détaille auprès de l' AFP Janiv Shah, vice-président du cabinet spécialisé Rystad Energy. Structurellement déficitaire en diesel, elle "a perdu d'importants approvisionnements en provenance du Golfe, tandis que les trajets plus longs depuis les fournisseurs alternatifs d'Asie entraînent une hausse des coûts de fret".
• Quelles solutions?
Les raffineries américaines et européennes tournent déjà à plein régime, tandis que celles situées au Moyen-Orient, en Russie et en Asie sont contraintes par des "conflits, interruptions d'approvisionnement et problèmes logistiques", poursuit le spécialiste, pour qui il existe peu de solutions à court-terme. "Techniquement, il existe encore des capacités inutilisées sur le papier, mais très peu peuvent être mobilisées rapidement et approvisionnées avec le brut adapté", explique Janiv Shah.
Quant à réduire davantage la consommation, la hausse des prix va y contribuer, mais modestement selon lui : "La demande de diesel est relativement peu sensible aux prix à court terme, car le transport routier, l'agriculture, le secteur de la construction et l'industrie disposent de peu d'alternatives immédiatement disponibles".
Le ministre français de l'Économie Roland Lescure a assuré lundi que la France n'avait "pas d'enjeu d'approvisionnement" en carburants "à ce stade". "Pour les deux mois qui viennent, on n'a pas d'inquiétude" , a-t-il affirmé. "Ensuite, évidemment, ça dépend de l'évolution du conflit", a-t-il ajouté, rappelant qu'une réunion du gouvernement français se tiendrait ce lundi "pour s'assurer que, s'il y a un défi d'approvisionnement, on trouve les solutions".
L'AIE martèle de son côté le même message depuis des mois : "Alors que les stocks de sécurité s'épuisent rapidement, l'urgence de rouvrir pleinement le détroit d'Ormuz et les itinéraires de contournement s'accroît", disait en fin de semaine Toril Bosoni, responsable de la division secteur et marchés pétroliers de l'agence.