Aperam perd de sa trempe après un 3e trimestre en demi-teinte
information fournie par Zonebourse 06/11/2026 à 10:56

En repli de 0,64 % à 34,10 euros, Aperam accuse l'une des plus fortes baisses du SBF 120 ce matin, après avoir cédé jusqu'à près de 3% dans les premiers échanges. Le producteur d'acier a été pénalisé par des résultats au 3e trimestre inférieurs aux attentes du marché. Pourtant, il revendique sa "meilleure performance pour un 3e trimestre depuis quatre ans" et affiche sa confiance quant à ses objectifs de désendettement.

Ralentissement des ventes et impact saisonnier

Sur le plan commercial, le chiffre d'affaires du fabricant d'aciers inoxydables, électriques et spéciaux a diminué de 10,6% par rapport au trimestre précédent, à 1,51 milliard d'euros. Les livraisons reculent de 10,9% à 540 000 tonnes, pénalisées par le ralentissement saisonnier habituel sur ses marchés clés.

Une profitabilité sous pression mais en progrès sur un an

Face à cette baisse d'activité en volume, la rentabilité opérationnelle s'est mécaniquement contractée par rapport au printemps.

L'entreprise a dégagé un bénéfice net de 7 MEUR contre 116 MEUR au 2e trimestre de l'exercice 2026. Le résultat d'exploitation atteint les 42 MEUR contre 102 MEUR au trimestre précédent.

De son côté, l'EBITDA a atteint 103 MEUR contre 159 MEUR au 2e trimestre 2026. Cet indicateur progresse néanmoins de 39% sur un an, soutenu par les gains structurels du programme Leadership Journey* et l'effet favorable des mesures de défense commerciale (l'ensemble des dispositifs réglementaires mis en place par l'Union européenne pour protéger les sidérurgistes européens contre la concurrence déloyale et les afflux massifs d'aciers étrangers à bas coût).

* (NDLR : programme continu d'amélioration de la performance opérationnelle et de compétitivité des coûts d'Aperam)

L'EBITDA ajusté s'élève à 105 MEUR, contre 130 MEUR au 2e trimestre. "Ce recul s'explique par la saisonnalité européenne, qui a pesé sur les volumes des divisions Inox, Recyclage ainsi que Services & Solutions, conjuguée à l'impact des arrêts de maintenance programmés dans la division Alliages.", explique le groupe.

Du côté des analystes, Citi relève que "l'EBITDA ajusté de ce 3e trimestre affiche toutefois une hausse de 42% sur un an, illustrant l'impact favorable des mesures de sauvegarde sur ses activités européennes." Néanmoins, la banque souligne que "cet EBITDA ressort 3% en deçà du consensus VA (Vara Research), un consensus qui avait pourtant déjà été révisé à la baisse selon nous depuis le point d'activité du mois dernier. Ce fléchissement s'explique principalement par la contraction des bénéfices dans la division Services & Solutions**, où l'EBITDA a plongé de plus de 60% sur le trimestre".

** (NDLR : Services & Solutions est l'un des segments de reporting opérationnels d'Aperam, aux côtés des divisions Stainless & Electrical Steel - production d'acier inoxydable -, Alloys & Specialties - alliages de nickel - et Recycling - recyclage).

Sur ce point, ING note que "l'EBITDA ajusté de ce 3e trimestre est inférieur de 5% au consensus fourni par Aperam (110 MEUR), bien que la direction ait guidé vers un résultat inférieur à celui du 2e trimestre 2026 (130 MEUR), mais légèrement supérieur à celui du 1er trimestre 2026 (90 MEUR)."

Génération de trésorerie et poursuite du désendettement

Malgré ce tassement des marges, la gestion rigoureuse du bilan a permis de préserver la génération de trésorerie.

Le flux de trésorerie d'exploitation ressort à 103 MEUR intégrant une baisse du besoin en fonds de roulement (BFR) de 19 MEUR. Les dépenses d'investissement (CAPEX) du trimestre s'élèvent à 27 MEUR.

Le flux de trésorerie disponible (free cash-flow) avant dividendes s'établit à 68 MEUR contre 106 MEUR au 2e trimestre.

Sur ce 3e trimestre, le retour aux actionnaires s'est élevé à 36 MEUR, intégralement versés sous forme de dividendes.

Sud Sivaji, directeur général d'Aperam salue "une baisse de la dette financière nette à 980 MEUR à fin septembre, contre 993 MEUR trois mois plus tôt. Cette performance, dans un contexte marqué par la saisonnalité et la faiblesse de la demande en Europe, témoigne des efforts que nous déployons pour développer Aperam au-delà de l'Europe et de la seule production d'acier inoxydable", précise le dirigeant.

Des perspectives jugées contrastées par le marché

Cette trajectoire bilancielle encourageante conduit la direction à aborder la fin de l'exercice avec sérénité, bien que les analystes invitent à la prudence.

Aperam reste optimiste sur ses prévisions. Son EBITDA ajusté du 4e trimestre 2026 devrait être légèrement supérieur à celui du 3e trimestre et sa dette financière nette devrait poursuivre sa diminution d'ici à fin 2026. Le groupe est aussi sur la bonne voie pour atteindre son objectif de désendettement d'ici à fin 2027.

"Le consensus VA pour l'EBITDA du 4e trimestre 2026 s'établit actuellement à 152 MEUR, un niveau qui nous paraît élevé au vu des prévisions du groupe et qui devrait, selon nous, faire l'objet de révisions à la baisse", fait savoir Citi. "De plus, le consensus VA pour 2027 (supérieur à 700 MEUR d'EBITDA) implique un rythme trimestriel moyen plus élevé que celui attendu pour ce 4e trimestre, intégrant ainsi un optimisme marqué sur la trajectoire bénéficiaire", détaille la banque d'investissement américaine.

De son côté, Alphavalue explique que "les perspectives d'Aperam laissent entrevoir une modeste amélioration séquentielle par rapport au 3e trimestre. Compte tenu de ces prévisions, le groupe est bien positionné pour générer environ 470 MEUR d'EBITDA sur l'ensemble de l'exercice 2026, un niveau parfaitement aligné avec le consensus, bien qu'inférieur à nos prévisions initiales (qui s'avéraient trop agressives).

Sur ce sujet, ING souligne que "Aperam table sur une hausse séquentielle de l'EBITDA dans les branches Recyclage, Alliages et Services & Solutions, mais sur un recul dans l'Inox. Par conséquent, nous anticipons un risque de baisse d'environ 10% sur le consensus Bloomberg pour l'ensemble de l'exercice (490 MEUR), qui intègre actuellement un 4e trimestre 2026 autour de 150 MEUR, là où l'indication d'un niveau 'légèrement supérieur' suggère plutôt environ 115 MEUR (soit un écart négatif d'environ 23%)."

Dans ce contexte, Citi maintient sa recommandation à neutre sur Aperam avec un objectif de cours fixé à 42 euros par action, tout en listant plusieurs facteurs susceptibles d'éloigner le cours de cette cible :

- Opérations d'entreprise (M&A, restructurations) ;

- Caractère cyclique du secteur (l'industrie des aciers inoxydables est étroitement corrélée aux cycles macroéconomiques) ;

- Surcapacité de l'offre (l'équilibre offre/demande constitue l'une des préoccupations majeures du secteur à l'heure actuelle, compte tenu des volumes massifs de capacités supplémentaires déployés en Chine au cours de la dernière décennie) ;

- Cours du nickel (matière première essentielle pour certains types d'aciers inoxydables) ;

- Substitution par d'autres matériaux ;

- Mouvements de grève ;

-Risque de change (compte tenu de la présence géographique du groupe sur plusieurs continents).

"Si l'impact de l'un de ces facteurs sur la société s'avérait plus important qu'anticipé, le titre pourrait peiner à atteindre notre objectif de cours. À l'inverse, si l'un d'eux avait des répercussions moindres que prévu, l'action pourrait dépasser notre cible", souligne la banque d'investissement américaine.