(Actualisé avec détails, contexte et communiqué d'Etihad)
ROME, 2 mai (Reuters) - Alitalia a demandé mardi au
gouvernement italien la nomination d'un administrateur
extraordinaire, ouvrant la voie à une procédure qui devrait
déterminer si la compagnie aérienne peut-être restructurée,
vendue ou purement et simplement démantelée.
Cette décision a été prise mardi par le conseil
d'administration de l'entreprise après le rejet par les salariés
du dernier plan de restructuration, qui prévoyait des
suppressions de postes et des baisses de salaires, empêchant
ainsi la compagnie de solliciter auprès de ses actionnaires
actuels les capitaux nécessaires au maintien de son activité.
Une fois la procédure de mise sous tutelle officiellement
lancée, le gouvernement italien nommera un ou plusieurs
administrateurs qui seront chargés de déterminer si Alitalia
peut être restructurée et survivre, soit en tant qu'entreprise
indépendante soit via une vente totale ou partielle, ou si elle
est vouée à être liquidée.
A l'issue d'une réunion avec les actionnaires, le conseil
d'administration d'Alitalia a motivé son choix par la situation
état économique dans laquelle se trouve la compagnie, la
réticence de ses investisseurs à investir des capitaux frais et
l'impossibilité de trouver rapidement une solution alternative.
Un conseil des ministres sur le sujet était prévu dans la
journée, selon deux sources.
La compagnie ne prévoit pour le moment aucun changement dans
son programme de vols.
Alitalia a besoin d'une "restructuration cruciale et de
grande envergure pour survivre et se développer à l'avenir", a
déclaré James Hogan, le directeur général d'Etihad Airways, la
compagnie des Emirats arabes unis actionnaire à 49% de
l'italienne.
12.500 SALARIÉS, UN ENJEU POLITIQUE ET SOCIAL
"Sans le soutien de toutes les parties prenantes à cette
restructuration, nous ne sommes pas prêts à continuer
d'investir", a-t-il déclaré dans un communiqué.
Alitalia perd environ un million d'euros par jour et
pourrait se retrouver à court de liquidités d'ici la mi-mai sans
l'aide de l'Etat, ont dit des sources.
Le gouvernement lui a déjà accordé une ligne de crédit
d'urgence, un prêt relais dont le montant pourrait atteindre 400
millions d'euros, destiné à permettre la poursuite de l'activité
pendant la procédure de dépôt de bilan.
Des compagnies aériennes concurrentes telles que Lufthansa
LHAG.DE et Norwegian Air NWC.OL ont montré peu d'intérêt au
rachat d'Alitalia et les créanciers ont refusé de prêter
davantage, ce qui a accru la pression sur le gouvernement pour
trouver un moyen de sauver la compagnie.
Le gouvernement a exclu une renationalisation d'Alitalia,
ex-fleuron de l'économie italienne qui n'est jamais parvenue à
s'adapter à la concurrence des compagnies à bas coûts tels que
Ryanair RYA.I et EasyJet EZJ.L et qui a été privatisée en
2008.
Lassés par les plans de sauvetage à répétition qui ont coûté
aux contribuables plus de sept milliards d'euros en dix ans, de
nombreux Italiens exhortent le gouvernement à résister à la
tentation de se précipiter à nouveau au chevet du groupe.
Mais avec les élections législatives prévues en mai 2018,
peu d'observateurs voient le Parti démocrate (PD) au pouvoir
prendre le risque de laisser tomber Alitalia et ses 12.500
salariés.
L'ancien président du Conseil Matteo Renzi, réélu dimanche à
la tête du PD, a déclaré qu'il présenterait un plan pour la
compagnie aérienne d'ici la mi-mai et qu'elle ne devait pas être
démantelée.
(Alberto Sisto, Giuseppe Fonte et Massimiliano di Giorgio, avec
Alexander Cornwell à Dubai; Bertrand Boucey et Claude Chendjou
pour le service français, édité par Marc Angrand)