Afghanistan-Timing serré et obstacles pour les évacuations voulues par Biden information fournie par Reuters 17/08/2021 à 23:16
par Idrees Ali, Ted Hesson et Jonathan Landay
WASHINGTON, 17 août (Reuters) - La promesse du président américain Joe Biden d'évacuer des milliers de civils afghans, considérés à risque pour avoir travaillé pour les Etats-Unis durant leur intervention militaire, va se heurter à la dure réalité d'une fenêtre de temps qui se rétrécit, d'une situation sécuritaire périlleuse à travers l'Afghanistan et d'obstacles logistiques importants.
Comme l'a confié à Reuters un représentant américain, "un trop grand nombre de choses doivent se dérouler à 100% correctement" pour mener à bien le projet d'évacuation des Afghans ayant effectué une demande de visa spécial d'immigration (SIV) aux Etats-Unis.
Le Pentagone a prévu d'évacuer jusqu'à 22.000 demandeurs d'un SIV, leurs familles et d'autres personnes considérées à risque en Afghanistan.
Mais des représentants et des groupes spécialisés dans la réinstallation des réfugiés estiment que ce nombre, s'il est admirable, sera bien plus difficile à atteindre maintenant que les insurgés taliban ont pris le contrôle de la capitale Kaboul, après avoir mené une offensive à travers le pays.
Des ONG ont par ailleurs contredit vigoureusement l'une des déclarations du président américain Joe Biden, qui a défendu lundi son choix de retirer les troupes américaines d'Afghanistan
, selon laquelle de nombreux demandeurs d'un SIV ne voulaient pas quitter le pays plus tôt.
UN OBJECTIF DE 5.000 À 9.000 ÉVACUATIONS QUOTIDIENNES
Le locataire démocrate de la Maison blanche a annoncé son intention de commencer à évacuer les employés afghans à risque en juillet, en dépit d'appels d'élus du Congrès et d'activistes pour débuter ce processus des mois auparavant.
Depuis le mois dernier, seuls 2.000 Afghans ont été transportés par avion aux Etats-Unis. La mission militaire américaine en Afghanistan doit prendre fin le 31 août.
"C'est un bel objectif mais, de manière réaliste, cela va être un défi", a dit le représentant américain, sous couvert d'anonymat, à propos du seuil de 22.000 évacuations.
L'objectif de Washington est de faire partir de Kaboul entre 5.000 et 9.000 personnes par jour lorsque les 6.000 soldats américains annoncés par le Pentagone seront déployés à l'aéroport de la capitale afghane. Mardi soir, seulement 4.000 soldats étaient présents pour participer aux opérations d'évacuation.
Pour atteindre l'objectif, il faut déjà que les nombreux afghans ayant demandé refuge aux Etats-Unis parviennent à rejoindre Kaboul, puis l'aéroport, alors que les taliban ont mis en place de multiples points de contrôle, ont dit des représentants. Il va falloir que l'armée américaine fasse preuve de calme à l'aéroport, mais aussi bénéficier de conditions météorologiques favorables, ont-ils ajouté.
Durant plusieurs heurs, lundi, l'armée américaine a dû suspendre les vols au départ et à destination de Kaboul, dont l'aéroport était le théâtre de scènes de chaos alors que des milliers de personnes s'y étaient massées dans l'espoir de quitter l'Afghanistan.
Le conseiller à la sécurité nationale de la Maison blanche, Jake Sullivan, a déclaré mardi aux journalistes que Washington avait reçu l'assurance des taliban que ceux-ci permettraient aux civils de rejoindre en toute sécurité l'aéroport de Kaboul.
"PLUS DIFFICILE" DE QUITTER L'AFGHANISTAN
Kim Staffieri, qui dirige l'association Alliés de temps de guerre, a déclaré que les contacts du groupe hors de Kaboul étaient "terrifiés" et ont rapporté que, en certains lieux, "les combattants taliban font du porte à porte et sortent des personnes qu'on ne revoit plus par la suite".
Selon Jenny Yang, vice-présidente de l'agence américaine World Relief, qui relocalise des réfugiés, la prise de pouvoir des taliban va rendre "plus difficile" le départ des Afghans.
Aux yeux de certains représentants, il aurait fallu dans l'idéal que la Maison blanche autorise le Pentagone à commencer les évacuations plusieurs semaines plus tôt, en utilisant des appareils militaires et en les relogeant dans des bases aux Etats-Unis.
Mais les demandeurs d'un SIV ont été lentement évacués à bord de vols commerciaux et une seule base militaire américaine, en Virginie, a été préparée pour leur accueil.
Un représentant a déclaré que le département d'Etat américain n'avait pas demandé formellement avant dimanche, et l'arrivée des taliban dans Kaboul, l'utilisation de davantage de bases militaires pour accueillir les demandeurs d'un SIV.
Joe Biden est préoccupé par l'impact politique de l'arrivée d'un grand nombre de réfugiés afghans aux Etats-Unis, ont dit à Reuters deux représentants américains sous couvert d'anonymat, ajoutant que le chef de la Maison blanche préfère que ces réfugiés soient envoyés dans des pays tiers.
Depuis plusieurs mois, le président démocrate fait déjà face à une pression intense des républicains sur la question de l'immigration, alors qu'un nombre record d'arrestations de migrants illégaux ont été effectuées à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique.
(Reportage Idrees Ali, Ted Hesson et Jonathan Landay, avec la contribution de Humeyra Pamuk; version française Jean Terzian)