Affaire MSC: Anticor réclame un procès pour Alexis Kohler, contre l'avis du PNF information fournie par AFP 07/10/2026 à 14:25
Anticor ne désespère pas d'un procès contre Alexis Kohler: l'association demande aux juges de renvoyer l'ancien bras droit d'Emmanuel Macron pour prise illégale d'intérêts, malgré le non-lieu réclamé par le parquet national financier (PNF).
Alexis Kohler, qui conteste toute infraction, est mis en examen depuis quatre ans dans ce dossier autour de ses liens familiaux avec l'armateur MSC, qui a marqué le premier quinquennat du chef de l'État.
Six ans après l'ouverture de l'information judiciaire, le PNF a demandé fin août aux juges d'instruction de clore cette affaire par un non-lieu.
Mais Anticor, qui bénéficie d'un agrément du Premier ministre pour représenter en justice l'intérêt général dans les dossiers de probité et de corruption, résiste.
L'association soutient depuis son origine la procédure, comme partie civile, et a déjà ferraillé par le passé avec le parquet pour permettre que les investigations continuent.
Fin septembre, les juges d'instruction ont été destinataires d'observations formées par son conseil, a indiqué à l'AFP une source proche du dossier. Elle demande aux juges de "ne pas suivre les réquisitions" de non-lieu, et de renvoyer M. Kohler, aujourd'hui directeur général adjoint à la Société générale, en procès.
Sollicitée par l'AFP, l'association explique "poursuivre pleinement son action dans ce dossier". Elle a transmis ses observations après avoir constaté que le PNF était "constant dans sa position": "tout au long de la procédure, (il s'est) systématiquement positionné contre les poursuites visant Alexis Kohler, contrairement au juge d'instruction".
Sollicitée, la défense d'Alexis Kohler n'a pas souhaité réagir.
"Chef de gare"
Proche parmi les proches d'Emmanuel Macron, Alexis Kohler, 53 ans, a accompagné son ascension politique, jusqu'au sommet de l'État. Il a été son directeur de cabinet au ministère de l'Économie puis secrétaire général de l'Élysée de 2017 à 2025, une longévité exceptionnelle dans ces fonctions.
Dans cette affaire, il est mis en cause pour avoir participé comme haut fonctionnaire à plusieurs décisions relatives au groupe franco-italien MSC, dirigé par les cousins de sa mère, la famille Aponte.
La portée du dossier a été nettement réduite cet été, lorsque la cour d'appel de Paris a décidé que tous les faits antérieurs à 2014 étaient prescrits, après une série de rebondissements judiciaires allant jusqu'à la Cour de cassation.
Anticor estime cependant que M. Kohler ne doit pas moins rendre de comptes pour la partie des faits non prescrits: ceux commis entre le 1er septembre 2014 et le mois d'août 2016, alors qu'il était directeur de cabinet de M. Macron au ministère de l'Économie, selon la source proche du dossier.
Depuis le début, la défense affirme que M. Kohler s'est toujours tenu à l'écart de toute décision relative à MSC, qu'il a informé ses supérieurs de l'existence de liens familiaux "très au-delà de ses obligations déontologiques", et qu'aucun enrichissement personnel ne lui est reproché.
La partie civile, elle, estime qu'Alexis Kohler est allé bien au-delà du rôle de "chef de gare" qu'il décrit, en organisant des réunions, recevant des notes préparatoires, ou en rendant des arbitrages en amont d'une opération de recapitalisation à laquelle MSC était candidate, a précisé la source proche du dossier.
Anticor demande également aux juges de considérer les soupçons de trafic d'influence autour du poste de directeur financier de MSC que M. Kohler a occupé après son départ de Bercy.
M. Macron avait exprimé à plusieurs reprises sa "confiance" en M. Kohler, et lui avait aussi apporté son soutien via une "note personnelle" mi-2019 envoyée au PNF, assurant qu'il n'était jamais intervenu, au moment où il était son directeur de cabinet à Bercy, dans des dossiers liés à MSC. Cette note avait suscité une vive polémique.
La suite est désormais entre les mains du magistrat instructeur: soit il choisit de suivre les réquisitions du ministère public, et met un terme sans poursuites à ce dossier, soit il ordonne un procès.