Aérien-L'IATA abaisse ses prévisions en raison des chocs liés à l'Iran
information fournie par Reuters 07/06/2026 à 19:16

par Gabriel Araujo, Luciana Magalhaes, Rajesh Kumar Singh et Allison Lampert

L'Association du transport aérien international (IATA) a abaissé dimanche de près de moitié ses prévisions de bénéfices pour 2026, invoquant la guerre au Moyen-Orient et ses conséquences en matière de hausse des prix du kérosène, de perturbation des routes aériennes et de fragilisation d'un secteur à faibles marges.

L'IATA, qui représente plus de 370 compagnies aériennes totalisant environ 85% du trafic aérien mondial, a indiqué dans son rapport annuel qu'elle s'attendait désormais à ce que le secteur affiche un bénéfice net combiné de 23 milliards de dollars en 2026, bien en deçà d'une projection précédente d'environ 41 milliards et des 45 milliards de 2025.

Cette révision à la baisse traduit la vulnérabilité des compagnies aériennes face aux chocs géopolitiques et à la volatilité des prix du carburant, même si la demande reste solide et que les avions volent à pleine capacité, avec la perspective de recettes supérieures à 1.100 milliards de dollars.

"Il y a deux facteurs majeurs : d'une part la hausse significative des prix du kérosène, qui a dépassé de loin ce que tout le monde aurait pu imaginer, et d'autre part les perturbations subies par les compagnies aériennes de la région du Golfe", a déclaré à Reuters le directeur général de l'IATA, Willie Walsh, lors de l'assemblée annuelle de l'association organisé à Rio de Janeiro.

"Cette combinaison nous a conduits à revoir nos prévisions à la baisse."

Willie Walsh a également dit s'attendre à ce que de petites compagnies aériennes fassent faillite ou soient rachetées par des rivaux de plus grande taille cette année et en 2027, sous l'effet de la hausse des coûts du carburant. La compagnie low-cost américaine Spirit Airlines a cessé ses activités le mois dernier, devenant la première à faire faillite en raison de la guerre en Iran.

LES PRIX DES BILLETS RESTERONT ÉLEVÉS

Toujours selon le directeur général de l'IATA, les compagnies aériennes devraient également supprimer des liaisons non rentables pour préserver leurs marges, tandis que les tarifs

- qui ont grimpé en flèche depuis le début de la guerre en Iran - ne devraient pas baisser de sitôt.

"Dans un contexte où la demande reste assez forte, mais où la capacité diminue, cela conduira probablement à une situation où les tarifs resteront élevés", a-t-il dit.

Le conflit au Moyen-Orient, déclenché fin février par des frappes israélo-américaines contre l'Iran, a contraint les compagnies aériennes à rediriger leurs vols pour contourner des espaces aériens fermés ou soumis à des restrictions, allongeant ainsi la durée de certains trajets et augmentant la consommation de carburant dans un contexte de capacités déjà limitées.

Dans le même temps, les prix du pétrole ont bondi en raison des craintes d'une interruption de l'approvisionnement, ce qui a entraîné une forte hausse des prix du kérosène et augmenté les marges de raffinage, exposant les compagnies aériennes à une explosion de leur principal poste de dépenses.

Les compagnies du Golfe, telles qu'Emirates, Qatar Airways et Etihad Airways, sont les plus exposées après la fermeture quasi totale de l'espace aérien de la région au début du conflit.

Willie Walsh a déclaré que la plupart des régions devraient rester rentables, bien qu'à des niveaux plus bas, tandis que les compagnies du Moyen-Orient risquent de basculer dans le rouge en raison du conflit et de la baisse de la demande.

L'IATA prévoit que la facture de carburant des compagnies aériennes - qui représente près d'un tiers de leurs coûts d'exploitation - passera d'environ 252 milliards de dollars en 2025 à près de 350 milliards de dollars cette année.

La rentabilité des compagnies sera ainsi réduite, avec un bénéfice qui devrait s'établir en moyenne à environ 4,50 dollars par passager, soit environ deux fois moins qu'en 2025.

L'IATA prévoit cependant que les revenus du secteur augmenteront de 9,4% pour atteindre environ 1.160 milliards de dollars cette année grâce à une demande soutenue, à la hausse des tarifs et à l'augmentation des revenus provenant de sources telles que le surclassement et les services à bord.

La pénurie d'avions pèse également sur le secteur, les retards de livraison chez Boeing et Airbus obligeant les compagnies à maintenir en service plus longtemps des appareils anciens et consommant davantage de carburant.

(Reportage Gabriel Araujo, Luciana Magalhaes, Rajesh Kumar Singh et Allison Lampert, rédigé par Joe Brock, version française Benjamin Mallet)