Accord salarial chez Samsung Electronics après un long bras de fer information fournie par Reuters 27/05/2026 à 13:24
Les employés syndiqués de Samsung Electronics, géant des semi-conducteurs, ont approuvé mercredi un accord salarial prévoyant le versement de généreuses primes, qui permet d'éviter une grève potentiellement dévastatatrice tout en exacerbant les disparités au sein du groupe sud-coréen.
Deux syndicats du leader mondial des puces mémoire, dont les profits se sont envolés avec l'essor de l'intelligence artificielle, ont annoncé que 74% de ses 62.616 adhérents ayant voté avaient soutenu le compromis obtenu après un âpre bras de fer de cinq mois et la médiation du gouvernement.
Cet accord épargne à Samsung Electronics, qui compte pour environ le quart des exportations de la Corée du Sud, une grève de 18 jours que menaçaient d'observer 48.000 salariés.
Aux termes de l'accord, Samsung mettra en place un nouveau système de primes spéciales de performance d'une durée de dix ans pour les employés de sa division semi-conducteurs, parallèlement à une augmentation salariale moyenne de 6,2%.
Ces primes représenteront un pourcentage fixe (10,5%) du bénéfice d'exploitation avant impôts, et pourront se monter à l'équivalent de plusieurs centaines de milliers d'euros sur un an.
Samsung n'avait sans doute pas d'autre choix que de céder, ses employés de la division faisant valoir que leur concurrent SK Hynix se montrait bien plus généreux envers ses salariés.
Ce quasi-précédent - une seule autre grande entreprise applique ce système de primes sur le profit avant impôts - a suscité de nombreuses critiques émanant du monde de l'entreprise et jusqu'au plus haut sommet de l'Etat.
Le président Lee Jae-myung s'en est inquiété en conseil des ministres, avant la conclusion de l'accord. "Partager de manière institutionnelle une certaine part du bénéfice opérationnel avant le prélèvement des taxes (...), même les investisseurs ne peuvent pas le faire", a-t-il dit. "Ils reçoivent les dividendes à partir du bénéfice net, une fois que les taxes sont payées, n'est-ce pas?"
Une association d'actionnaires a menacé de contester l'accord en justice, estimant qu'il aurait dû être approuvé par l'assemblée générale des actionnaires.
Une organisation patronale, la Fédération des entreprises de Corée, a déclaré dans un communiqué que cet accord reflétait la situation particulière de Samsung mais que les syndicats ne devraient pas tenter de le répliquer ailleurs.
Les employés d'autres groupes sud-coréens n'en ont pas moins réclamé des dispositions similaires, du géant de l'internet Kakao au groupe de télécoms LG Uplus ou le constructeur naval HD Hyundai Heavy Industries.
Au sein de Samsung, le nouveau système de primes profitera avant tout aux employés de la division puces mémoire, moins à ceux des autres branches. Les salariés de la division électronique grand public devraient recevoir peu.
"L'atmosphère est plutôt sombre et beaucoup d'entre nous ont perdu leur movitation", a déclaré un salarié interrogé sur le site de production de Pyeongtaek, en demandant l'anonymat.
(Hyunjoo Jin et Heejin Kim; version française Camille Raynaud et Jean-Stéphane Brosse, édité par Benoit Van Overstraeten)