Accord de paix préliminaire entre l'Iran et les USA, signature prévue vendredi
information fournie par Reuters 15/06/2026 à 13:45

(Actualisé avec d'autres éléments)

par Parisa Hafezi, Phil Stewart et Yomna Ehab

Les Etats-Unis et l'Iran ont annoncé dans la nuit de dimanche à lundi avoir conclu un accord-cadre en vue de mettre fin à leur guerre qui prévoit notamment la réouverture du détroit d'Ormuz mais laisse en suspens le sort du programme nucléaire de Téhéran dans l'attente de nouvelles négociations.

Cet accord constitue l'avancée la plus significative vers la paix depuis que le conflit a été déclenché fin février par des frappes israélo-américaines contre la République islamique, avant que la guerre ne s'étende au Liban et au Moyen-Orient, provoquant des milliers de morts et une crise majeure sur les marchés de l'énergie.

"L'accord avec la République islamique d'Iran est désormais conclu", a écrit le président américain Donald Trump sur sa plate-forme Truth Social vers 21h30 GMT dimanche, confirmant les annonces du Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, dont le pays a joué le rôle de médiateur.

Le protocole d'accord, qui intervient juste avant le début du sommet du G7 d'Evian-les-Bains (Haute-Savoie) et a fait baisser les cours du pétrole lundi matin, devrait être officiellement signé vendredi en Suisse.

Ses termes précis n'ont pas été dévoilés à ce stade. Shehbaz Sharif a dit dans un message publié sur le réseau social X que le pacte prévoyait "la cessation immédiate et permanente des opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban".

Le Liban a constitué pendant des semaines un point d'achoppement dans les négociations, Israël et le Hezbollah ignorant jusqu'ici les appels de Donald Trump et d'autres à cesser leurs attaques mutuelles.

Dans un communiqué, le secrétariat du Conseil suprême de sécurité nationale iranien a déclaré que la guerre et les opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban, prendraient fin définitivement à partir de lundi soir.

ISRAËL NE CÉDERA PAS À LA PRESSION, DIT KATZ

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araqchi, a pour sa part écrit sur Telegram que les attaques israéliennes contre le Liban devaient cesser complètement et que les États-Unis portaient la responsabilité de mettre en œuvre l'accord-cadre.

Selon Nabih Berri, président du Parlement libanais et allié du Hezbollah, cet accord jette les bases de la sécurité et de la stabilité dans la région, y compris au Liban.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu n'a pas encore réagi publiquement aux annonces de Washington et Téhéran, mais le ministre de la Défense Israel Katz a déclaré que l'Etat hébreu s'opposerait à toute pression visant à lui faire retirer ses troupes des zones qu'il occupe dans le sud du Liban.

"C'est la principale leçon des événements du 7 octobre", a déclaré Israel Katz. "Le Premier ministre Netanyahu l'a clairement fait savoir au président américain Donald Trump et à d'autres hauts responsables américains, et je l'ai également précisé hier au secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth."

Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, a pour sa part déclaré qu'un accord plus complet serait négocié pendant une période de cessez-le-feu de 60 jours et inclurait notamment un allégement des sanctions contre l'Iran.

Le sort du programme nucléaire iranien, question centrale de l'affrontement entre Etats-Unis et Iran sera également abordé lors de ces pourparlers, ont précédemment dit des sources à Reuters.

RÉOUVERTURE DU DÉTROIT

Donald Trump a précisé que le détroit d'Ormuz rouvrirait vendredi, alors que l'Iran a de fait fermé cette voie maritime cruciale pour l'approvisionnement mondial en pétrole et en gaz depuis le début de la guerre. Le locataire de la Maison blanche a ajoutéavoir ordonné la fin du blocus américain des ports iraniens.

"Navires du monde, démarrez vos moteurs. Que le pétrole coule à flots !", a-t-il écrit.

Les prix du pétrole chutaiet de 5% environ à la suite de ces annonces, tandis que les marchés boursiers connaissaient un rebond à travers le monde.

La guerre est devenue aux Etats-Unis un poids politique pour Donald Trump et les élus républicains du Congrès, les sondages faisant état d'un mécontentement croissant dû à la hausse des prix de l'essence à l'approche des élections de mi-mandat de novembre.

Le président américain a également subi des pressions de membres de son propre parti pour que le programme nucléaire iranien soit complètement démantelé.

L'accord a été scellé malgré une frappe israélienne au Liban, dimanche, qui a suscité les critiques tant de l'Iran que de Donald Trump.

LEVÉE DES SANCTIONS SOUS CONDITIONS

Benjamin Netanyahu a plusieurs fois ignoré les demandes américaines visant à ce qu'Israël limite ses actions militaires au pays du Cèdre afin de permettre une entente avec Téhéran, affirmant qu'il conserverait sa liberté d'action, tandis que l'Iran a fait de la cessation des hostilités au Liban une exigence majeure.

De nombreux dirigeants mondiaux ont salué lundi l'annonce d'un accord. Dans une déclaration commune, la Grande-Bretagne, l'Allemagne, la France et l'Italie se sont dites prêtes à lever les sanctions contre l'Iran sous réserve de "mesures claires et vérifiables" visant à limiter son programme nucléaire.

Un haut responsable iranien avait auparavant déclaré à Reuters que, selon les termes du projet, les États-Unis accepteraient de débloquer 25 milliards de dollars d'avoirs iraniens gelés.

L'administration Trump avait précédemment indiqué que tout déblocage de fonds n'aurait lieu qu'une fois que l'Iran aurait rempli certaines conditions prévues par un accord de paix.

Un responsable américain, s'exprimant également avant l'annonce de l'accord, a déclaré que celui-ci conduirait à terme au démantèlement du programme nucléaire iranien, avec la destruction et l'élimination des stocks d'uranium hautement enrichi.

Selon le haut responsable iranien, le projet d'accord permettrait à l'Iran - qui nie toujours chercher à se doter de la bombe atomique - de diluer son uranium enrichi.

(Version française Benoit Van Overstraeten et Benjamin Mallet)