(Actualisé avec précisions sur la transaction, contexte)
par Alexandria Sage
SAN FRANCISCO, 10 février (Reuters) - Waymo, filiale
d'Alphabet GOOGL.O spécialisée dans les voitures autonomes, et
la plate-forme Uber UBER.UL ont trouvé vendredi un accord à
l'amiable pour régler leur litige relatif à des accusations de
vol de technologies.
Aux termes de ce règlement, qui met fin au procès ouvert en
début de semaine devant un tribunal de San Francisco, le
spécialiste de la mise en relation avec des véhicules de
tourisme avec chauffeur (VTC) devra céder à Waymo 0,34% de ses
actions, soit un montant de l'ordre de 245 millions de dollars
(200,5 millions d'euros) au cours actuel, a déclaré un
représentant de Waymo.
La filiale d'Alphabet, maison-mère de Google, avait porté
plainte l'an dernier contre Uber qu'elle accusait de lui avoir
dérobé en 2015-2016 des secrets industriels concernant cette
technologie novatrice.
Le règlement à l'amiable comprend également une clause
visant à garantir qu'aucune donnée confidentielle relevant des
technologies de Waymo ne sera intégrée dans les logiciels et les
matériels d'Uber.
Waymo avait précédemment estimé à 1,9 milliard de dollars le
dommage qu'il avait subi, un montant refusé par Uber.
Dara Khosrowshahi, directeur général d'Uber, a exprimé ses
"regrets" pour la manière dont le groupe avait agi. "Même si
nous pensons qu'aucun secret industriel n'a été dérobé par Uber
à Waymo (...), nous prenons des mesures pour garantir à Waymo
que notre technologie Lidar n'est que le reflet de notre
travail", a-t-il ajouté dans un communiqué.
Cet accord permet à Uber d'éloigner le spectre d'un nouveau
scandale après la démission forcée en juin 2017 de Travis
Kalanick, co-fondateur et ex-PDG de l'application. L'image de la
plate-forme a déjà été ternie par de multiples accusations de
harcèlement sexuel et de conduite inappropriée de ses
dirigeants.
Témoignant mardi et mercredi devant le tribunal de San
Francisco, Kalanick a reconnu qu'Uber avait pris du retard dans
le développement des voitures autonomes et que le recrutement
d'un ingénieur vedette de Waymo, Anthony Levandowski, visait à
rattraper la concurrence.
LA COURSE AUX VOITURES AUTONOMES
Dans sa plainte, déposée il y a un an, Waymo affirmait que
l'ingénieur avait téléchargé plus de 14.000 documents
confidentiels en décembre 2015 avant de quitter Waymo pour
fonder une start-up acquise quelques mois plus tard par Uber.
La technologie des voitures autonomes représente un marché
de plusieurs milliards de dollars et des entreprises comme
Apple AAPL.O , General Motors GM.N , Ford F.N , Volkswagen
VOWG_p.DE y investissent massivement.
En réglant ce litige, Uber se sort d'une procédure
judiciaire qui lui faisait perdre un temps précieux dans la
course aux voitures autonomes.
La société est très en retard sur ses objectifs. D'après un
document dévoilé durant le procès, Uber tablait sur le
déploiement de voitures autonomes dans vingt villes d'ici la fin
de l'année, 50 d'ici la fin 2019 et 150 d'ici la fin 2020. A ce
jour, la firme ne procède qu'à des expérimentations limitées à
Tempe, en Arizona, et Pittsburgh, en Pennsylvanie.
Du côté d'Alphabet, la transaction accroît sa part dans le
capital d'Uber après son investissement initial de 258 millions
de dollars en 2013. Uber est aujourd'hui valorisé à hauteur de
72 milliards de dollars.
Spécialiste des litiges juridiques autour des secrets
industriels, l'universitaire Elizabeth Rowe, professeure à la
faculté de droit de l'université de Floride, juge que la
transaction est une bonne chose pour Waymo.
Pour l'emporter en effet, Waymo aurait dû convaincre les
jurés qu'Uber avait non seulement acquis ses secrets industriels
mais qu'elle les avait en outre utilisés dans sa propre
technologie.
Si le procès s'était poursuivi, "le risque encouru par Waymo
aurait augmenté sur de nombreux niveaux", explique
l'universitaire, qui a analysé quelque 150 règlements de procès
de ce type depuis 2014.
(avec Dan Levine et Heather Somerville
Catherine Mallebay-Vacqueur et Henri-Pierre André pour le
service français)