À son procès pour corruption, Rachida Dati sur le gril du PNF
information fournie par AFP 23/09/2026 à 21:31

L'ancienne ministre de la Culture française et maire du 7e arrondissement de Paris Rachida Dati arrive au palais de justice de Paris, le 16 septembre 2026 ( AFP / Thomas SAMSON )

Au procès de Rachida Dati et Carlos Ghosn pour corruption, la tension est montée d'un cran mercredi avec l'interrogatoire par le parquet national financier (PNF) de l'ex-ministre, accusée d'avoir illégalement fait du lobbying pour Renault-Nissan alors qu'elle siégeait au Parlement européen.

Quand au quatrième jour d'audience au tribunal de Paris se lève le procureur Julien Augereau, l'un des deux représentants de l'accusation au procès, la salle se crispe et en premier lieu Rachida Dati, interrogée à la barre depuis trois demi-journées.

Chacun comprend que dans ce premier affrontement public entre le PNF et l'ex-candidate à la mairie de Paris, deux camps qui ont beaucoup à perdre dans ce dossier politico-financier emblématique, culminent sept années d'une âpre procédure judiciaire qui a laissé cicatrices et rancunes tenaces de part et d'autre.

L'ex-garde des Sceaux de 60 ans, qui les jours précédents a présenté au tribunal un visage plus pondéré, renoue à cet instant avec son personnage public pugnace et à la peau dure. "Moi je n'ai pas une polémique par jour, j'ai une polémique à la demi-journée", expliquait-elle quelques minutes plus tôt au tribunal.

D'une voix posée, le procureur attaque en l'interrogeant sur la société de conseil qu'elle crée en juin 2009, juste après son départ du gouvernement de Nicolas Sarkozy, dans les cinq semaines entre son élection de députée européenne et le début de son mandat électoral.

Selon le code électoral, un eurodéputé français n'a pas le droit d'exercer une activité de conseil, sauf si celle-ci a commencé avant son mandat. D'où l'impression du parquet que Rachida Dati s'est "précipitée" pour lancer un cabinet de conseil, proposant au même moment ses services dans une lettre à Carlos Ghosn.

- "On sent que vous avez une impatience à commencer votre activité avant le début de votre mandat", constate Julien Augereau.

- "Vous avez un sentiment, moi je me conforme à la loi", réplique, glaciale, Rachida Dati en le prenant au pied de la lettre.

- "Mais est-ce que vous avez le sentiment de vous conformer à l'esprit du texte ?", enfonce le représentant du ministère public.

"Femmes battues" ou "groupes industriels" ?

Dénonçant un "jugement moral" à son encontre, celle qui était encore jusqu'à février ministre de la Culture d'Emmanuel Macron se présente en victime et dit son "incompréhension" de la situation. "Je ne comprends pas pourquoi cette situation est légale pour d'autres mais ne l'est pas pour moi", se révolte-t-elle.

Croquis d'audience du 16 septembre 2026 montrant Rachida Dati, jugée pour un "pacte de corruption", devant le tribunal correctionnel de Paris ( AFP / Benoit PEYRUCQ )

La présidente Claire Saas l'invite à se tourner, comme il est d'usage, vers les juges plutôt que vers le PNF lorsqu'elle répond aux questions. "Surtout ça va me détendre", cingle Rachida Dati.

Sa société de conseil sera finalement liquidée à l'automne 2009 sans avoir eu d'activité commerciale, la magistrate ayant finalement choisi une passerelle pour devenir avocate - profession autorisée en parallèle d'un mandat d'eurodéputée.

Cependant le PNF l'accuse d'avoir, sous couvert d'une convention d'honoraires avec Renault-Nissan pour 300.000 euros par an, réalisé un travail qui n'était pas celui d'une avocate mais illégalement fait du lobbying au Parlement européen pour le compte du constructeur automobile entre octobre 2009 et février 2013. Rachida Dati nie fermement.

Dans la soirée, la procureure Caroline Genin fait projeter sur l'écran géant du tribunal une pochette retrouvée en perquisition chez Renault. Y figure un document de travail amendé de la Commission européenne glissé dans un papier indiquant "document confidentiel de la part de Mme Dati".

"Vous n'avez aucun moyen de dire que je les ai remis, je n'ai jamais remis ces documents à Renault", l'interrompt Rachida Dati, arguant que dans cette pochette "tout est mélangé".

Tout aussi offensive, la procureure lui reproche d'avoir "menti" au comité de déontologie du Parlement européen qui, suite à des articles de presse, l'a interrogée à l'époque sur son activité d'avocate et ses risques de conflits d'intérêts.

- "Nulle part nous n'avons trace que vous feriez du pro bono pour des femmes battues et violées. Alors pourquoi leur indiquez-vous que la réalité de votre activité privée est de défendre les femmes, plutôt que de leur indiquer que la réalité de votre activité est de travailler pour des grands groupes industriels ?", s'enquiert la représentante du PNF.

- "Je suis très choquée que vous me traitiez de menteuse. Je ne sais même pas à quoi sert cette audience. J'ai aussi été substitut du procureur, l'audience sert à trancher et non à condamner", se braque Rachida Dati qui vient justement, dans un énième chapitre d'une vie professionnelle prolifique, de solliciter sa réintégration dans la magistrature.

Le procès est prévu jusqu'à lundi.