* Athlétisme, natation et village olympique à Saint-Denis
* 1 Md d'investissements, 1.000 emplois pérennes espérés
* La mairie veut améliorer l'image de la ville
* Pauvreté, sécurité, salubrité : les priorités des
habitants
par Ingrid Melander
SAINT-DENIS, Seine-Saint-Denis, 13 septembre (Reuters) - A
Saint-Denis, une banlieue au centre du futur dispositif des Jeux
olympiques de Paris en 2024, tout le monde n'a pas le coeur à la
fête à l'heure où le CIO annonce son choix.
Après trois échecs en 1992, 2008 et 2012, la capitale est
certaine d'organiser cette olympiade, cent ans après celle de
1924.
"La France entière est derrière Paris 2024, pour accueillir
le monde", a souligné mardi la maire de Paris, Anne Hidalgo, sur
son compte Twitter.
"La France entière", pas tout à fait. De l'autre côté du
périphérique, certains se sentent exclus de cette effervescence.
"C'est peut-être positif pour les cafés et les brasseries,
et pour ceux qui ont les sous pour acheter des billets pour les
Jeux, mais c'est tout", estime Lucette Ménage, auxiliaire de vie
de 46 ans.
GAGNER SIX ANS SUR LE GRAND PARIS
En plus du Stade de France, inauguré à l'occasion de la
Coupe du Monde de Football 1998 et où se dérouleront les
épreuves d'athlétisme, un grand centre aquatique verra le jour à
Saint-Denis pour les Jeux olympiques, tout comme le village
olympique, où seront logées les athlètes.
Reste que dans cette ville de Seine-Saint-Denis, département
le plus pauvre de France où la délinquance sévit, la perspective
de se retrouver au centre de l'attention ne suscite guère
l'engouement.
"Les JO ne vont pas résoudre nos problèmes. Ils ne vont pas
empêcher toute cette précarité dans les banlieues", continue
Lucette Ménage.
A Saint-Denis, plus d'un habitant sur trois vit sous le
seuil de pauvreté et près d'un actif sur deux n'a aucun diplôme.
Le taux de chômage y est de 23%, environ le double de la moyenne
nationale.
Surtout que l'histoire récente montre que les Jeux
olympiques ne bénéficient généralement pas aux plus pauvres.
A Rio, par exemple, les autorités ont expulsé les habitants
de certaines favelas afin d'y construire des infrastructures
pour les jeux de 2016. Dans le même temps, les nouvelles lignes
de transport en commun bénéficiaient aux quartiers aisés.
Afin de promouvoir la candidature francilienne, le comité
d'organisation a assuré que ce ne serait pas le cas à Paris,
avec comme projet phare, la reconversion du village olympique.
Ainsi, entre 2.000 et 3.500 appartements, dont 40% de
logements sociaux, resteront après l'olympiade.
Pour Christophe Lepetit, économiste du sport auteur d'un
rapport sur l'impact des Jeux à l'échelle du Grand Paris, cette
échéance va pousser le gouvernement et les élus locaux à tenir
leurs engagements.
"Ça nous fait gagner six ou sept ans", se félicite le maire
de Saint-Denis, Laurent Russier, selon qui les nouvelles lignes
de métro prévues dans le cadre de l'aménagement du Grand Paris
seront livrées pour les JO.
L'édile estime aussi que le milliard d'euros
d'investissements prévu sur la commune va créer 1.000 emplois
pérennes pour ses administrés.
"MOLENBEEK-SUR-SEINE"
Pour autant, ces annonces provoquent moins d'enthousiasme
que de scepticisme parmi la population.
"Je ne crois pas que les Jeux vont faire grand-chose pour la
très grande pauvreté que l'on a sous les yeux ici", regrette
Marine Massot-Capone, même si elle reconnaît que les nouvelles
gares de métro vont améliorer les conditions de vie.
Pour cette jeune urbaniste, qui a fui Paris et ses loyers
exorbitants, la priorité serait néanmoins de lutter contre "les
incivilités que l'on voit tout le temps en centre-ville, les
gens qui crachent par terre ou jettent des déchets dans la rue".
D'autres, comme Aimee Lutala, qui travaille à la boutique de
souvenir de la Basilique de Saint-Denis, nécropole des rois de
France, espèrent que les Jeux amélioreront l'image de la ville.
Malgré son centre pavé, Saint-Denis pâtit d'une bien
mauvaise réputation.
Le 18 novembre 2015, Abdelhamid Abaaoud et deux autres
personnes liées aux attentats de Paris et Saint-Denis survenus
cinq jours plus tôt trouvent la mort dans un appartement lors
d'une opération de police, à une centaine de mètres de la mairie
et de la basilique.
Par la suite, plusieurs articles de presse ont stigmatisé la
ville, l'affublant du surnom de "Molenbeek-sur-Seine", en
référence au quartier bruxellois d'où étaient originaires
plusieurs kamikazes du 13 novembre.
Un "éclairage positif sur la ville", c'est tout ce que
souhaite le maire de Saint-Denis, Laurent Russier, avant de
reconnaître : "C'est sûr que les Jeux olympiques ne vont pas
changer la vie de toutes les habitants".
VOIR AUSSI
Les Jeux olympiques de Paris 2024 en chiffres
(avec Cyril Camu pour le Service France, édité par Yves
Clarisse)