A Marseille, le spectacle douloureux des commerces pillés information fournie par AFP 18/10/2026 à 16:22
Devant une boutique d'achat d'or dévalisée, deux artisans remplacent le rideau de fer, sous l'oeil d'un propriétaire terrifié de voir des émeutiers "revenir pour casser". Dans un quartier chic de Marseille, quelques voleurs rôdent toujours dimanche, au lendemain d'une insurrection qui a pris une ampleur phénoménale dans la deuxième ville de France.
La journée de mobilisation de samedi - marquée par une intrusion de manifestants dans le hall de la mairie et par l'attaque du commissariat central de la police municipale - a été émaillée par des affrontements constants entre émeutiers et forces de l'ordre, a constaté l'AFP.
Le préfet des Bouches-du-Rhône a fait état de "7 à 8.000 émeutiers et pilleurs" dans la cité phocéenne. "Des centaines" de commerces y ont été attaqués, a estimé dimanche le président de la région Paca, François de Canson, en réactivant un fonds d'urgence dédié aux victimes d'émeutes.
"La ville s'est pris un chaos", résume Ali, un artisan qui a circulé toute la nuit sur sa moto par peur de se faire voler son outil de travail.
"Hier, c'étaient des monstres, ils cassaient tout ce qui était sur leur passage. Il y avait du monde partout, c'était ingérable", raconte cet amoureux de Marseille, en regardant avec tristesse des boutiques détruites de la rue Grignan et de la rue Paradis.
Certains commerçants installent des barricades de bois devant leur devanture, d'autres ramassent les gravats à l'intérieur.
Le maire de Marseille, Benoît Payan (DVG), venu à leur rencontre sur la principale artère commerçante, a estimé que "la ville a été cassée parce que l'ordre républicain n'a pas pu être assuré", réclamant que l'Etat contribue à indemniser les commerçants, à la veille d'une visite du ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez.
Ecrins à bijoux, cintres, masques jonchent les rues. Les boutiques révèlent des intérieurs totalement saccagés et vidés, à l'instar de Rolex ou Louis Vuitton, mais aussi de l'enseigne de vêtements à prix modiques Celio.
Un homme d'allure modeste cherche une chaussure assortie à celle qu'il tient en main, deux dames tirant des caddies espèrent trouver d'éventuels trésors tombés sur la chaussée, tout comme une jeune fille habillée chic.
"Je viens juste pour regarder", dit une passante en promenade avec sa fillette. Soudain un inconnu lui tend un tube de rouge à lèvres tombé au sol, avant de lui demander de surveiller son gros sac, le temps d'aller fouiller la boutique déjà pillée d'un opticien...
Plus loin, la police prend en chasse en voiture un voleur sortant d'une autre boutique.
"Les casseurs faisaient leurs courses"
Chamsudine, un agent de sécurité se tient debout depuis 5H30 devant l'enseigne Lacoste. "Deux groupes sont rentrés ce matin dans le magasin mais sont vite ressortis car il n'y avait plus rien à voler", confie le jeune homme qui "essaie juste de faire de la dissuasion".
Sur le trottoir d'en face, un autre vigile, Max, s'est installé pour la journée sur un pliant, devant le magasin fracassé d'un marchand d'or. "Quand je suis arrivé samedi soir, c'était déjà pillé", raconte-t-il.
"C'était très tendu, avec des interventions de la police qui ne pouvait pas être partout. Il y avait des foules. Les casseurs faisaient leurs courses sans payer, tranquillement. Ils en avaient plein les bras, ça tombait dans la rue", décrit-il.
Joseph Phung, le curé vietnamien de la paroisse Sainte-Trinité La Palud, arrivé à Marseille voici trois ans, se dit "triste et choqué".
"Je n'ai pas de mots pour décrire la catastrophe. Il y avait une foule immense de jeunes, je ne sais pas d'où ils venaient. Ils criaient +casse, casse+", puis emportaient leur butin en scooter, décrit-il dans sa ruelle tapissée d'emballages orange Chanel.
"On a le droit de manifester, mais on n'a pas le droit de voler", insiste le frère franciscain. "On va prier quand même pour les jeunes, pour les manifestants", glisse-t-il.