3 QUESTIONS A-Les investisseurs internationaux restent à l'aise avec les titres français-Apicil AM
information fournie par Reuters 08/07/2024 à 11:26

Les marchés européens digèrent lundi les résultats du second tour des législatives en France qui donnent une Assemblée nationale marquée par la progression importante des partis de gauche et divisée en trois blocs sans majorité absolue, ce qui fait craindre un blocage politique durable.

Antoine Ternon, gérant de portefeuille chez Apicil AM, commente pour Reuters l'impact de ces résultats sur les actifs français:

1/ L'INCERTITUDE DEMEURE APRÈS LE SECOND TOUR DES LÉGISLATIVES. QUELS SERONT LES PROCHAINS POINTS D'ATTENTION POUR LES MARCHÉS?

Antoine Ternon - "Le choix d'un nouveau Premier ministre, puis la loi de finances publiques pour 2025 fin octobre sont désormais les deux principales sources d'incertitudes pour les investisseurs. La prime de risque est néanmoins vouée à demeurer plus élevée même après octobre, car l'incertitude politique perdurera. Nous estimons que l'écart de taux avec l'Allemagne devrait s'établir à 60-65 points de base (pb) à terme (contre 50 pb avant juin, NDLR).

Côté actions, des réarbitrages pourraient avoir lieu à brève échéance sur les valeurs sanctionnées dès l'annonce de la dissolution, comme les entreprises visées par le programme du Rassemblement National. Au contraire, les entreprises les plus endettées, les moins internationales sont toujours vulnérables, tandis que d'autres secteurs devraient souffrir plus durablement du manque de stabilité: les banques, les assurances et les petites capitalisations".

2/ CETTE SITUATION PEUT-ELLE DÉCLENCHER UN REPOSITIONNEMENT SUR LES ACTIFS FRANÇAIS?

Antoine Ternon - "De fait, les investisseurs achetaient dans l'OAT la stabilité politique et fiscale de la France. Les arbitrages ne sont toutefois plus les mêmes qu'avant: les pays européens qui sont sortis renforcés de la crise de 2008, comme l'Allemagne, sont aujourd'hui à la peine. A l'inverse, les pays périphériques, aux économies basées sur les services, profitent bien plus de ce nouveau contexte où l'industrie ralentit. Une diminution de l'exposition aux OAT pourrait donc profiter aux souverains périphériques".

"A court terme, il faut toutefois souligner que les investisseurs internationaux ne se sont pas effrayés des élections et demeurent à l'aise avec les titres français, comme les adjudications de juin et juillet l'ont montré. Côté Apicil, nous avons préféré nous exposer au Bund plutôt qu'aux BTP, l'Italie étant sensible à l'activité française, tandis que nous favorisions les actions américaines et sous-pondérions les valeurs hexagonales".

3/ COMMENT EXPLIQUER QUE LE MARCHÉ DU CRÉDIT AIT RAPIDEMENT EFFACÉ L'IMPACT DES LÉGISLATIVES?

Antoine Ternon - "Effectivement, alors que le CAC 40 n'a pas encore entièrement effacé la correction déclenchée après la dissolution, le spread sur l'indice crossover a déjà retrouvé son niveau de début juin, environ 280 points de base. Les entreprises réussissent à se refinancer, et les projections à 12 mois ne suggèrent pas de remontée importante des défauts qui ferait remonter les spreads. Le nombre de défauts n'est d'ailleurs pas si impressionnant, les emprunteurs réussissant généralement à restructurer leur dette".

(Propos recueillis par Corentin Chappron, édité par Blandine Hénault)