3 QUESTIONS À-La hausse des rendements n'inquiète pas la Fed-Mirabaud information fournie par Reuters 16/03/2021 à 14:12
PARIS, 16 mars (Reuters) - La Réserve fédérale, qui fera mercredi des annonces très attendues par des marchés nerveux, n'a pas de problème avec la hausse des rendements obligataires, qui ne menace pour l'instant ni de trop durcir les conditions financières, ni de pénaliser la transmission de sa politique monétaire, dit à Reuters Valentin Bissat, économiste et stratégiste de Mirabaud.
1/ La Fed va-t-elle se contenter de maintenir une posture accommodante ?
VALENTIN BISSAT - "La Fed va principalement réviser ses prévisions de croissance et d'inflation pour l'année en cours pour refléter les meilleures perspectives à la suite du stimulus fiscal de l'administration Biden. Elle va ensuite tenter de minimiser l'impact de cette révision à la hausse sur les anticipations de hausse des taux.
"Elle va relever ses prévisions sur 2021 mais sur 2022 et 2023, elle devrait légèrement les réviser à la baisse. Nous ne nous attendons pas à ce que la Fed annonce une prévision d'inflation 'headline' ou sous-jacente nettement supérieure à 2,1% pour 2023. Cela devrait lui permettre d'expliquer pour quelle raison elle reste très prudente sur la remontée des taux d'intérêt.
"Je ne pense pas qu'elle va s'aventurer, dans son communiqué et durant la conférence de presse, à donner un niveau précis jusqu'auquel elle accepterait de voir les taux remonter. On devrait en revanche entendre dans la foulée de la réunion du FOMC différents membres de la Fed livrer leur point de vue sur cette question.
"On a actuellement une tension sur les taux mais, historiquement, et même relativement à la valorisation des marchés actions, ils restent très bas.
"Je ne pense pas qu'il y ait de risque à moins d'une forte accélération. La Fed devrait remettre l'accent, de manière très holistique, sur le marché de l'emploi, le chômage de long terme, le chômage des minorités ethniques, etc."
2/ La Fed doit-elle commencer à baliser le resserrement de sa politique ?
VALENTIN BISSAT - "Il est trop tôt, selon moi, pour qu'elle commence à signaler une normalisation de sa politique. Elle veut éviter le plus possible le scénario du 'taper tantrum' qui s'était produit avec Ben Bernanke en 2013. Elle va éviter d'avoir une 'forward guidance' trop forte sur un possible début de réduction de ses achats d'actifs et va vouloir aussi réduire les anticipations de hausse des taux des investisseurs.
"Pour la Fed, la hausse des taux actuelle reflète l'amélioration de la croissance et l'optimisme des investisseurs, et cela ne lui pose pas de problème pour l'instant. Cette hausse des taux longs ne vient pas resserrer trop fortement les conditions financières et n'a pas un impact trop négatif sur la transmission de la politique monétaire. La Fed va cependant rappeler qu'elle a à sa disposition des instruments qu'elle pourrait utiliser en cas d'une exagération sur la partie longue de la courbe des taux."
3/ Doit-on craindre encore de la volatilité sur les taux ?
VALENTIN BISSAT - "Il y aura encore de la volatilité sur les taux puisque l'on risque de voir, durant le deuxième semestre, une hausse de l'inflation. Elle sera, selon nous, temporaire, mais avec les effets du plan de relance, avec la croissance qui va augmenter, on verra les prix augmenter dans certains secteurs, notamment les biens et services. Cela risque effectivement d'inquiéter certains investisseurs et il y aura de la volatilité qui se concrétisera à ce moment-là.
"Nous pensons que d'ici à la fin de l'année, on aura un taux à 10 ans qui sera entre 1,8% et 2%. Si cela se fait de manière graduelle, cela ne devrait pas impacter négativement les marchés actions. Cela reflètera principalement la hausse des taux réels et des anticipations d'inflation."
Voir aussi :
La Fed dans une situation inconfortable-AllianzGI
(propos recueillis par Patrick Vignal, édité par Marc Angrand)