-25% en une séance pour Stellantis: chute isolée ou symptôme d'un secteur en crise? Que penser de la chute en bourse de Stellantis?
information fournie par Le Particulier 11/02/2026 à 12:15

Stellantis, constructeur automobile mondial et fournisseur de solutions de mobilité innovantes. ( crédit photo : Getty Images )

Stellantis a chuté de 25% en une séance vendredi 6 février après l’annonce de lourdes charges exceptionnelles. Cette baisse dépasse le simple accident boursier. Elle révèle les tensions profondes d’un secteur automobile européen fragilisé par la transition électrique, la pression réglementaire et une concurrence internationale accrue. Un signal d’alerte pour les investisseurs qui hésitent entre une crise pérenne et la démonstration de la purge du marché.

Sommaire:

  • Un vendredi noir historique
  • Des provisions massives liées à l’électrique
  • Un malaise généralisé chez les constructeurs
  • Une sous-performance boursière structurelle du secteur
  • Une purge salutaire avant l’éclaircie?

Un vendredi noir historique

La séance de vendredi restera comme la plus violente de l’histoire boursière de Stellantis. Le titre a plongé de près de 25% en une seule journée après l’annonce de 22 milliards d’euros de charges exceptionnelles. Une sanction sévère, avec près de 7 milliards d’euros de capitalisation boursière partis en fumée en quelques heures.

Ce mouvement de panique a cristallisé les tensions d’une industrie prise en étau. D’un côté, la pression réglementaire de Bruxelles pour une transition énergétique accélérée. De l’autre, une réalité économique qui peine à suivre la cadence.

Des provisions massives liées à l’électrique

L’analyse de ce naufrage financier révèle des causes structurelles profondes. Environ 7% des provisions annoncées sont directement liées à des hypothèses jugées désormais trop optimistes sur le rythme d’adoption des véhicules 100% électriques.

Le cas emblématique de la Fiat 500 électrique est emblématique. Malgré un positionnement iconique et une forte notoriété, cette version n’a pas rencontré l’adhésion espérée. Face à l’accumulation des stocks et un carnet de commandes moribond (à peine 15.000 unités vendues en 2024), Stellantis avait même dû se résoudre à geler sa production pendant plusieurs semaines. Or, lorsque Stellantis dévisse en bourse, tout le marché automobile européen s’enrhume.

Un malaise généralisé chez les constructeurs

La situation est loin d’être isolée. Chez le concurrent français Renault, l’action a connu une chute de près de 25% en 2025, en raison de bénéfices inférieurs aux attentes. Outre-Atlantique, le constat n’est guère plus rassurant. General Motors et Ford ont également dû inscrire des charges massives pour réduire la voilure sur leurs ambitions électriques. Ce pivot est accentué par le virage politique de l’administration Trump qui a drastiquement réduit les incitations fiscales pour l’achat de ces véhicules.

Même l’Allemagne, moteur industriel de l’Europe, sort d’une année 2025 éprouvante. Elle a été incapable de suivre une concurrence chinoise de plus en plus agressive et la trajectoire vers le tout électrique imposée par Bruxelles, pourtant jugée largement inatteignable aujourd’hui dans les délais initialement fixés.

Une sous-performance boursière structurelle du secteur

Dans une note publiée mi-janvier, la société de gestion d’actifs américaine Bernstein rappelait que l’indice Stoxx Europe 600 Automobiles & Parts avait reculé de 4% en 2025. Dans le même temps l’indice Global Stoxx Europe 600 progressait de 16%.

Une sous-performance marquée, reflet d’un secteur sous pression. Pour Bernstein, le défi majeur réside dans l'offensive des constructeurs chinois. Leur part de marché en Europe devrait atteindre 7% en 2026. La menace est protéiforme: au-delà de BYD, désormais leader mondial devant Tesla, des acteurs comme Leapmotor ou Xpeng proposent des véhicules compétitifs et techniquement aboutis. De son côté, dès décembre, pour UBS cette percée constituait «le défi le plus important pour les constructeurs et équipementiers automobiles européens».

Une purge salutaire avant l’éclaircie?

Aussi violente soit-elle, la chute de Stellantis pourrait néanmoins s’apparenter à une purge de marché. «Nous pensons que le marché a réagi de manière excessivement dure à une communication indéniablement négative», écrivait UBS après la débâcle du titre.

L’Europe semble enfin avoir pris la mesure de l’ampleur de la crise traversée par son industrie automobile. Ainsi, le 16 décembre dernier, Bruxelles a renoncé à imposer aux constructeurs un passage intégral au tout électrique dès 2035. Elle envoie enfin un signal d’assouplissement longtemps attendu par la filière.

Autre inflexion majeure: la prise de position d’Ursula von der Leyen, désormais favorable à l’instauration d’une «préférence européenne» dans certains secteurs stratégiques, dont l’automobile.

Si 2025 semble constituer le point bas du cycle, l'indice Stoxx Automobile anticipe une reprise des bénéfices par action dès 2026. La réussite de ce scénario repose désormais sur la capacité des groupes à restructurer leurs coûts et sur l'efficacité réelle des futures mesures de protection commerciale de l'Union européenne.