17 octobre : au lendemain des violences, le gouvernement sous très forte pression information fournie par AFP 18/10/2026 à 14:39
Appels à la "démission" du ministre de l'Intérieur, critiques sur la stratégie de maintien de l'ordre: l'exécutif était sous forte pression dimanche au lendemain des violences en marge des manifestations du 17 octobre. En retrait jusqu'ici, Emmanuel Macron va s'adresser aux Français à 20H00.
Les maires de plusieurs villes particulièrement touchées ont été les premiers à lancer la charge, pour certains dès samedi soir.
A Paris, la première adjointe PS, Lamia El Aaraje, a déploré dimanche "un manque de moyens" policiers pour mettre un terme aux scènes de pillages.
A Marseille, l'édile Benoît Payan (DVG), tout en remerciant les forces de l'ordre, a exigé de savoir "quels ordres leurs ont été donnés". Leur a-t-on demandé "de s'occuper uniquement des manifestants (...) de ne pas s'occuper des pillages ?", s'est-il inquiété. La veille, il avait aussi dénoncé un manque de moyens, assurant qu'il avait fallu qu'il appelle lui-même Emmanuel Macron pour obtenir des renforts.
Le maire, comme ses homologues de Paris et Lyon, a demandé à être reçu par Sébastien Lecornu. Ils le seront, a indiqué dans la matinée Matignon, sans avancer de date à ce stade.
Le chef du gouvernement a aussi assuré dans un courrier que la mairie de Limoges serait reconstruite, avec le concours de l'Etat. Une réponse au maire Guillaume Guérin (LR), qui, devant les décombres de l'hôtel de ville incendié, a lourdement fustigé la stratégie de maintien de l'ordre déployée samedi.
"Démission"
Selon l'Intérieur, quelque 2.000 personnes ont été interpellées et 600 policiers, gendarmes et sapeurs-pompiers blessés. La Fédération du commerce et de la distribution (FCD), a elle estimé à 1.500 le nombre de commerces directement touchés, chiffrant à "plusieurs centaines de millions" d'euros la facture.
Un "désastre absolu", pour la patronne des Ecologistes Marine Tondelier : le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez n'a "pas d'autre issue" que la "démission".
Le Rassemblement national lui aussi a mis sur la table la démission du ministre, qui s'exprimera au 20H de TF1. "C'est un incapable" qui "a perdu le contrôle", a tancé le vice-président du parti Sébastien Chenu, au micro du "Grand jury" (RTL/M6/Ouest-France/Public Sénat).
De son côté, sur LCI, le député Eric Coquerel, cadre de LFI, a déploré les blessures civiles, notamment à Saint-Etienne, où un jeune de 17 ans a eu la main arrachée par une grenade.
"Regrettant" les dégradations, il a attribué la "responsabilité première" de l'escalade au gouvernement, qui "sous-estime ce que sa politique crée dans le pays", et a insisté sur le fait que le 17 octobre avait été aussi une journée "historique", réunissant des "centaines de milliers" de manifestants "pacifiques".
Il y a eu "une sous-estimation certaine" du mouvement, et "le contrôle était vraiment perdu", a estimé pour sa part le candidat LR Bruno Retailleau sur France inter.
Mais l'ancien ministre de l'Intérieur n'a pas appelé à la démission de son successeur, accusant le candidat insoumis à la présidentielle Jean-Luc Mélenchon d'avoir "manipulé le mouvement des lycéens (...) pour faire une répétition générale du troisième tour de l'élection présidentielle".
Allocution de Macron
Dès samedi soir, le Premier ministre Sébastien Lecornu qui s'était engagé dans une virulente passe d'armes avec le leader de LFI. "On ne peut pas appeler à cesser les violences tout en fournissant des excuses à ceux qui les commettent. C'est VOTRE responsabilité politique", avait-il tancé, appelant l'insoumis à "choisir son camp" entre la République et les casseurs.
Et le leader de la gauche radicale de reprocher au Premier ministre d'avoir "joué avec le feu, en comptant sur le pourrissement" de la situation.
Le camp gouvernemental est globalement allé dans le sens du Premier ministre. "LFI et Jean-Luc Mélenchon sont un danger pour notre pays", a répété dimanche Laurent Marcangeli, chef des députés Horizons proche d'Edouard Philippe.
Mais pour le sénateur Loïc Kervran, aussi membre d'Horizons, "la fin de ce quinquennat est une lente agonie" qui prend aussi sa source dans la "décision absurde de dissolution en 2024".
Très attendu, le chef de l'Etat "s'adressera solennellement" aux Français à 20H00 dimanche, après avoir réuni les ministres concernés à l'Elysée à 17H30 et avant de s'envoler pour un déplacement de plusieurs jours dans le Golfe.
Il est "essentiel de ramener au plus tôt la paix civile", a averti son prédécesseur François Hollande.