L'horloge de la dette aux Etats-Unis. (crédit : Michael Vi-stock.adobe.com)
De plus en plus de grands pays de l'OCDE ont des déficits publics très importants : les Etats-Unis (le Congressional Budget Office estime maintenant à 6,5% du PIB le déficit de 2026), la France (avec un déficit en 2026 probablement de 5,2% du PIB), le Royaume-Uni (déficit public en 2026 autour de 4,5% du PIB), même l'Allemagne et le Japon, avec un déficit public supérieur à 3 % du PIB compte tenu des plans de stimulation de l'économie, de la hausse des dépenses militaires.
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Alors que les taux d'endettement public atteignent des niveaux inquiétants au Japon (249% du PIB), aux Etats-Unis (123,3% du PIB), en France (117,6% du PIB), la question commence à se poser d'un risque de crise des dettes publiques, particulièrement aux Etats-Unis, en France et au Japon.
En réalité, le risque de défaut d'un grand pays est extrêmement faible. Le défaut des Etats-Unis, de la France ou du Japon sur leur dette publique est extrêmement improbable. La détention de dette publique des Etats-Unis et du Japon par les non-résidents est faible (aux Etats-Unis 23%, au Japon 12%). Ces deux pays ont une pression fiscale faible (34% au Japon, 26% aux Etats-Unis contre 46% en France) et ont donc la possibilité d'accroître les impôts. De plus, ils ont leur souveraineté monétaire, ce qui permet à la Réserve fédérale et à la Banque du Japon d'acheter de la dette publique nationale en cas de tension sur le marché de cette dette.
Le cas de la France est plus compliqué : 55% de sa dette publique est détenue à l'étranger, la pression fiscale y est très élevée et elle ne dispose plus de sa souveraineté monétaire. Mais il est extrêmement improbable que la BCE accepte un défaut de la France, un tel défaut jetterait un doute sur la solidité de toutes les dettes libellées en euro. Si ce défaut menaçait, la BCE interviendrait en achetant de la dette française (ce qui est possible avec le Transmission Protection Instrument).
Les marchés sont donc rationnels en exigeant une prime de risque faible contre le risque de défaut. Le CDS souverain (qui mesure le coût annuel de l'assurancecontre le risque de défaut d'un Etat) est de 23 points de base (0,23%) au Japon, 32 points de base aux Etats-Unis et 34 points de base en France. Certes, ce coût d'assurance a augmenté (aux Etats-Unis, il était de 20 points de base avant 2023, en France il était en moyenne de 25 points de base avant 2022), mais il reste faible. Il y a donc consensus sur la faiblesse du risque de défaut sur les dettes souveraines.
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La hausse de l'endettement public se manifeste par une hausse des taux d'intérêt à long terme. Le taux d'intérêt à dix ans sur la dette publique est passé de 3,51% au début de 2023 à 4,81% aujourd'hui aux Etats-Unis, de 2,75% à 4,26% sur la même période en France, de 0,49% à 2,90% toujours sur la même période au Japon. Si on ne voit pas de risque de défaut, on voit une réaction des investisseurs à la hausse du poids des dettes publiques dans leur portefeuille due à la hausse des taux d'endettement public. Il s'agit d'un rééquilibrage de l'offre et de la
demande de titres publics avec une offre de ces titres très abondante et non, comme on l'a vu plus haut, de la valorisation d'un risque de défaut. Mais cette hausse des taux d'intérêt à long terme déclenche un cercle vicieux très dangereux.
Le cercle vicieux associé à la hausse des taux d'intérêt à long terme
Le cercle vicieux est le suivant : hausse des taux d'intérêt à long terme, freinage de l'économie, recul des recettes fiscales, nouvelle dégradation de la situation budgétaire provoquant une nouvelle hausse des taux d'intérêt. Ce cercle vicieux ne s'observe pas aux Etats-Unis où les investissements sont portés par les dépenses liées au développement de l'Intelligence artificielle. La rentabilité anticipée de ces investissements est si élevée qu'ils ne souffrent pas de la hausse des taux d'intérêt (ils ont augmenté de 8,5% en rythme annualisé au 2e trimestre 2026).
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Mais il s'observe au Japon, où l'investissement des entreprises progresse lentement et en France, où il stagne. Il n'est pas surprenant d'observer que le pays qui souffre le plus est la France où le taux d'intérêt nominal à dix ans (4,26%) est supérieur à la croissance nominale (en 2026, autour de 2,5%) ; au Japon, la croissance nominale (environ 4% en 2026) reste supérieure au taux d'intérêt à dix ans (2,9%) et c'est la même situation aux Etats-Unis
(croissance nominale de près de 8% avec un taux d'intérêt à dix ans de 4,8%).
Au total, le risque majeur pour les grands pays n'est pas le risque de défaut, mais le risque de hausse des taux d'intérêt à long terme au-dessus du niveau de la croissance nominale, ce qui provoque un freinage de la croissance et une accélération de l'accumulation de dette publique, les effets des taux d'intérêt et de la croissance faible se cumulent.
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