par Nathan Layne
Un an après l'assassinat de son cofondateur Charlie Kirk, l'organisation "Turning Point USA" (TPUSA) a conservé sa dynamique en amplifiant son implantation au plus près de la jeunesse conservatrice dans les universités et les lycées, et au sein de la mouvance républicaine.
Certains des jeunes électeurs que Charlie Kirk a contribué à attirer vers le Parti républicain ne se montrent pourtant pas d'une fidélité absolue à Donald Trump, ce qui contribue à fragiliser la coalition qui l'a ramené en 2024 à la Maison blanche.
Charlie Kirk, 31 ans, a été mortellement blessé le 10 septembre 2025 lors d'un débat qu'il animait à l'Utah Valley University, laissant orpheline la frange la plus radicale du camp conservateur.
Au cours de l'année écoulée, le mouvement qu'il avait contribué à bâtir a été bousculé par les nombreuses théories du complot entourant son assassinat et fragilisé par un agacement de plus en plus palpable de la jeunesse devant la hausse du coût de la vie, la guerre en Iran et ses retombées, ou encore sur la gestion de l'affaire Epstein par la présidence américaine.
Josh Holstein, président de 24 ans du Parti républicain de Virginie-Occidentale, assure que les turbulences sont temporaires et rappelle que des dizaines de sections "Turning Point" se sont créées en Virginie-Occidentale depuis la mort de Charlie Kirk.
"Il y a nécessairement une réorganisation lorsqu'une personnalité dotée d'une voix aussi importante disparaît de façon soudaine", déclare-t-il, ajoutant qu'il faut rappeler à la jeunesse que "ce qui compte, c'est la sécurité de notre pays, l'avenir de notre pays et la prospérité des jeunes".
LE COÛT DE LA VIE, FACTEUR DÉTERMINANT
Les préoccupations des jeunes électeurs portent pourtant plus sur le coût de la vie que sur la politique étrangère des Etats-Unis.
Une enquête Harvard Youth Poll, réalisée entre fin mars et début avril, montre que la moitié des Américains âgés de 18 à 29 ans estiment que l'inflation les affecte "beaucoup", tandis que 45% affirment avoir du mal à joindre les deux bouts et vivre dans l'insécurité financière.
Ils sont également plus opposés que toute autre tranche d'âge à la guerre contre l'Iran, seuls 16% estimant qu'il s'agissait de la bonne décision, selon un récent sondage YouGov/Economist.
Cette défiance reflète un courant anti-interventionniste plus large qui traverse les jeunes républicains. Des personnalités conservatrices des médias disposant d'une forte audience chez les jeunes hommes, dont Tucker Carlson, ont amplifié les critiques contre la guerre en affirmant que la politique américaine à l'égard de l'Iran était trop influencée par les intérêts israéliens.
Dans "Communion", un ouvrage publié en juin dernier, le vice-président J.D. Vance dit avoir été prévenu par Charlie Kirk que de nombreux jeunes conservateurs estimaient qu'Israël exerçait une influence excessive sur la politique étrangère américaine et basculaient pour certains dans l'antisémitisme.
Parmi "les divisions qui apparaissent au sein des jeunes conservateurs et plus largement dans le parti, Israël est un clivage majeur", observe Nicole Hemmer, professeure d'histoire à l'université Vanderbilt et spécialiste de la politique conservatrice.
"Il y a beaucoup de colère à ce sujet envers Trump et il y a aussi beaucoup de colère au sujet de l'économie."
RECUL DANS LES SONDAGES
En conséquence, certains jeunes gens se détournent de Donald Trump. Le mois dernier, 32% des hommes âgés de 18 à 29 ans approuvaient l'action du président à la Maison blanche, contre 43% en février 2025, selon un sondage Reuters/Ipsos.
Donald Trump avait pourtant recueilli le soutien de 46% d'entre eux lors de l'élection de 2024, soit une progression de sept points par rapport à 2020, selon des sondages de sortie des urnes analysés par le Pew Research Center.
Andrew Kolvet, porte-parole de Turning Point, souligne que Charlie Kirk avait senti cette frustration des jeunes électeurs face à la gestion de l'affaire Epstein par la présidence.
"Charlie voyait apparaître ces clivages et adaptait son message en conséquence", rappelle Andrew Kolvet, proche de Charlie Kirk.
Malgré ces difficultés, l'élan de "Turning Point" ne s'est pas démenti au cours de l'année écoulée. L'organisation compte désormais plus de 3.500 sections dans les lycées à travers les États-Unis, soit une hausse de 180%, et plus de 1.500 sections universitaires, une progression de plus de 60%, revendique Andrew Kolvet.
"TURNING POINT" RÉSISTE
Kyle Spencer, qui a retracé l'ascension de Charlie Kirk dans son livre "Raising Them Right", souligne que les infrastructures qu'il avait mises en place au sein de "Turning Point", singulièrement une organisation tournée vers la mobilisation électorale des jeunes, étaient toujours aussi efficaces.
Elle ajoute toutefois que la campagne menée par l'administration Trump contre ce qu'elle qualifie de culture "woke", notamment les programmes de diversité, d'équité et d'inclusion, avait privé les jeunes conservateurs d'un adversaire central, affaiblissant un moteur essentiel de leur mobilisation.
Selon elle, Charlie Kirk aurait probablement été mieux armé que ses successeurs pour gérer cette évolution.
"La dynamique très positive et englobante qui entourait TPUSA se retrouve aujourd'hui en concurrence avec un nouveau venu", relève-t-elle, faisant référence à l'intérêt croissant de certains jeunes électeurs pour les idées socialistes et de gauche.
"A l'heure actuelle, l'enthousiasme s'entend davantage dans les voix progressistes."
(version française Nicolas Delame, édité par Sophie Louet)

0 commentaire
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer