par Bo Erickson, Steve Holland et Andy Sullivan
Le président américain Donald Trump a invoqué le nom de son Joe Biden près de 900 fois cette année, maintenant son prédécesseur au centre du débat alors que les républicains se battent pour conserver leur fragile emprise sur le Congrès lors des élections de mi-mandat de novembre, montre une analyse de Reuters.
Donald Trump a pris Joe Biden, un démocrate qui l'a battu en 2020, pour cible politique en moyenne trois fois par jour dans ses discours, ses déclarations et ses publications sur Truth Social, lui imputant des avanies allant de l'inflation et de l'immigration aux pénuries de munitions, alors même que l'ancien président, âgé de 83 ans et atteint d'un cancer de stade 4, se tient bien éloigné des projecteurs.
Cette obsession témoigne des efforts de Donald Trump pour maintenir l'attention des Américains sur les échecs supposés de l'administration précédente plutôt que sur les préoccupations des électeurs, à seulement six semaines des élections de mi-mandat du 3 novembre.
Les démocrates "vous ont infligé quatre années de désastre, de chaos et de mort sous 'Sleepy Joe Biden'", a déclaré Donald Trump, 80 ans, aux membres du parti lors de la convention républicaine pour les élections de mi-mandat, le 9 septembre à Dallas.
"Donald Trump a toujours besoin d'un adversaire et il vaut mieux pour lui avoir une seule personne face à lui qu'un parti", a déclaré le stratège républicain Ryan Williams.
"Il a fait cela tout au long de son mandat. Il peut s'en servir pour tenter de détourner l'attention des problèmes auxquels il est actuellement confronté."
L'analyse de Reuters a examiné les références de Donald Trump à Joe Biden depuis janvier, lorsque le cycle électoral de 2026 a commencé à prendre forme.
Ses conclusions soulignent les efforts de Donald Trump pour maintenir l'attention sur Joe Biden alors que sa cote de popularité ne cesse de s'effriter, que la guerre avec l'Iran se prolonge et que le coût de la vie reste obstinément élevé.
Depuis le 1er janvier, Donald Trump a cité nommément Joe Biden au moins 890 fois, à l'occasion de près de 200 événements et interviews ainsi que dans quelque 190 publications sur Truth Social cette année, dévoile l'analyse de Reuters.
Il a invoqué Joe Biden au moins 210 fois à propos de l'économie, 168 fois au sujet de l'immigration et 138 fois sur des questions de politique étrangère et de sécurité nationale, tout en lui imputant également toute une série d'autres problèmes intérieurs.
Il a critiqué Joe Biden lors d'événements aussi divers que la première du film de la Première dame Melania Trump, au National Prayer Breakfast et lors de la traditionnelle chasse aux oeufs de Pâques sur la pelouse sud de la Maison blanche.
Lors de la réunion de l'Otan en Turquie en juillet, Donald Trump a établi un record du nombre de mentions en une seule journée, avec pas moins de 16 allusions.
Il a imputé à Joe Biden une pénurie de munitions militaires, le coût du logement et le déclin de l'industrie sidérurgique.
Si les présidents rejettent souvent la faute sur leurs prédécesseurs, comme Joe Biden l'a d'ailleurs fait avec Donald Trump, l'attention que ce dernier continue d'accorder à Joe Biden 20 mois après le début de son deuxième mandat se distingue par sa persistance comme par son ampleur.
"Joe Biden est le pire président de l'histoire américaine, et le président Trump a passé chaque jour à réparer les dégâts qu'il a causés et à rendre les Etats-Unis d'Amérique plus forts que jamais", a déclaré Olivia Wales, porte-parole de la Maison blanche, pour défendre les références répétées de Donald Trump à son prédécesseur.
Meghan Hays, ancienne haute responsable de la Maison blanche sous Joe Biden, a en revanche dénoncé ce qu'elle a qualifié d'"obsession" de Donald Trump.
"Neuf cents mentions en moins d'un an, ce n'est pas gouverner, c'est une obsession. Joe Biden l'a battu une fois et Trump ne s'en est toujours pas remis. Il est davantage préoccupé par le fait de refaire le match de 2020 que par la baisse du prix de l'essence et des produits alimentaires pour les Américains", a-t-elle déclaré, faisant référence à la victoire de Joe Biden lors de l'élection de 2020, dont Donald Trump affirme sans preuve tangible qu'elle lui a été volée.
RECUL SUR L'ÉCONOMIE
En février, Donald Trump avait déclaré à un intervieweur qu'il assumait la responsabilité de l'économie. Désormais, alors que les sondages d'opinion montrent que les Américains portent un jugement de plus en plus négatif sur sa gestion économique, Donald Trump impute les problèmes de pouvoir d'achat à Joe Biden.
"J'espère que tout le monde réalise que les hausses de prix dans toute l'Amérique ont été provoquées par Sleepy Joe Biden et l'administration Biden, et non par 'TRUMP'", a publié le président sur Truth Social la semaine dernière.
Certains partisans de Donald Trump présents à la convention de mi-mandat à Dallas ont déclaré à Reuters qu'ils estimaient que Joe Biden était responsable de l'inflation 20 mois après son départ du pouvoir. Les sondages d'opinion suggèrent toutefois que c'est Donald Trump que la plupart des Américains tiennent pour responsable de l'inflation.
L'inflation a dépassé à un moment 9% sous la présidence de Joe Biden, alimentée en partie par les perturbations des chaînes d'approvisionnement liées à la pandémie, l'invasion de l'Ukraine par la Russie et les dépenses engagées par l'administration Biden pour stimuler une économie frappée par le COVID.
Donald Trump a remporté l'élection principalement sur sa promesse de faire baisser les prix, mais ceux-ci sont restés obstinément élevés, en partie en raison de sa guerre contre l'Iran.
Après avoir atteint en moyenne 4,95% par mois en glissement annuel au cours des quatre années de Joe Biden, l'inflation a affiché une moyenne mensuelle de 2,94% depuis l'arrivée au pouvoir de Donald Trump et s'est établie à 3,4% le mois dernier.
"La politique concerne toujours l'avenir et jamais le passé, donc rejeter la faute sur son prédécesseur ne fonctionne pas. Surtout pour un président sortant. Il doit défendre son propre bilan pour aider son parti", a déclaré Charlie Black, stratège républicain chevronné qui n'a pas l'habitude d'épargner le président actuel.
(Bo Erickson, Steve Holland et Andy Sullivan, version française Nicolas Delame, édité par Benoit Van Overstraeten)

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