Le président Emmanuel Macron à Trappes le 23 octobre 2026 ( POOL / Hannah McKay )
Emmanuel Macron prône en coulisses que les candidats de Raphaël Glucksmann à David Lisnard "travaillent ensemble" avant la présidentielle, dans une "logique de coalition", pour empêcher un second tour entre les extrêmes, mais ses recommandations ont été aussitôt balayées par la plupart des intéressés.
Ne pouvant briguer un troisième mandat consécutif, le président sortant s'est assigné un rôle de "garant" de la bonne tenue du scrutin du printemps. Mais il a laissé filtrer jeudi son état d'esprit, et ses suggestions, dans l'espoir d'influer sur le cours de la campagne.
Le chef de l'Etat "ne se résout pas à un duel LFI/RN", a rapporté à l'AFP un de ses proches interlocuteurs, alors que les sondages donnent actuellement Jean-Luc Mélenchon en mesure de se qualifier au second tour face à Marine Le Pen.
Il "pense que sur l'Europe, l'Etat de droit, l'économie de marché, le rejet des extrêmes, ce qui unit de Lisnard à Glucksmann est plus fort que ce qui divise", a-t-il ajouté. "Dans un contexte de tripartition, ces forces-là doivent donc assumer qu'elles auront à travailler ensemble et le faire dès aujourd'hui dans une logique de coalition."
Qui pour conduire cette coalition vers la présidentielle ? Il leur reviendra de trouver "un mode de départage", a répondu cet interlocuteur.
C'est tout le noeud du problème : jusqu'ici, les initiatives pour favoriser une forme de rassemblement ont échoué, dans tout ou partie d'un vaste espace qui va du social-démocrate Glucksmann au libéral Lisnard, en passant par Gabriel Attal et Edouard Philippe, tous deux anciens Premier ministre d'Emmanuel Macron, et, à droite, Bruno Retailleau.
Edouard Philippe, qui avait tenté en vain d'organiser une telle réunion - excluant Raphaël Glucksmann - pour discuter du "fond" et "créer du commun avant de jouer les différences", a "regretté" jeudi de n'avoir "pas eu beaucoup de réponses".
La récente proposition de primaire formulée par son concurrent Gabriel Attal, allant aussi de Glucksmann à Lisnard, ou a minima du centre et de la droite, bute elle sur l'opposition d'Edouard Philippe. L'entourage du candidat du parti présidentiel Renaissance relève qu'il a "toujours évoqué l'idée d'un rassemblement le plus large possible".
"Tentatives désespérées"
Marc Fesneau, dirigeant du MoDem qui n'a pas encore soutenu un candidat, approuve plutôt l'idée d'une "convergence sur le projet et le fond, pour bâtir une coalition de projet", comme "base" pour la "convergence sur une candidature", dit-il à l'AFP.
Mais globalement, la recommandation a été renvoyée à l'envoyeur.
"Emmanuel Macron a voulu faire une espèce de grand centre mou. Quelle était la conclusion ? C'est que les deux ailes radicales à droite et à gauche, LFI et le RN, ont poussé", a déclaré jeudi Bruno Retailleau, candidat du parti Les Républicains. "Eh bien, si vous faites ça demain, alors là vous donnez un ticket pour M. Mélenchon et pour Mme Le Pen", a-t-il ajouté.
David Lisnard rejette aussi constamment tout rapprochement trop inspiré de dix années de macronisme.
"Ceux qui ont mis le pays dans cet état ne sont pas une solution. Ni une alternative. Nous n'avons jamais cru à la grande confusion du macronisme", a déclaré de son côté Pierre Jouvet, porte-parole de Raphaël Glucksmann, assurant à l'AFP que son candidat ne se sent pas "concerné" par "ces tentatives désespérées".
Un cadre du bloc central note par ailleurs que cette démarche n'est "pas exactement" ce qu'a fait Emmanuel Macron lui-même quand, depuis 2022 et surtout après la dissolution de l'Assemblée nationale en 2024, il n'a pas eu de majorité absolue pour gouverner.
Plusieurs membres du camp présidentiel reprochent au chef de l'Etat de n'avoir jamais sérieusement tenté de bâtir une coalition comme dans les pays voisins, en Allemagne ou en Italie, où les forces politiques négocient des semaines durant pour aboutir à un programme commun.
Et, aujourd'hui, en poussant cette solution, le président de la République, qui bat des records d'impopularité, risque d'être inaudible, tant les candidats veulent marquer la rupture. L'entourage d'Edouard Philippe a ainsi martelé que son champion "ne veut pas commenter les idées du président de la République", préférant être "tourné vers l’avenir".
"Le sujet n’est pas +Macron ou pas Macron+", "il assume seul son bilan et ils sont donc totalement libres de s'en affranchir", répond l'interlocuteur du chef de l'Etat.

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