Aller au contenu principal
Fermer

Le blocus américain du détroit d’Ormuz est‑il légal ?
information fournie par The Conversation 16/04/2026 à 16:10

(Crédits: Adobe Stock)

(Crédits: Adobe Stock)

La menace d'un blocus américain du détroit d'Ormuz fait craindre une reprise des hostilités. Un tel blocus, légal en temps de guerre, pourrait perturber fortement l'approvisionnement mondial en pétrole et accentuer les tensions diplomatiques, même si sa portée exacte reste incertaine. Cette stratégie constituerait un levier de pression économique majeur sur l'Iran, tout en remettant en question le principe fondamental de liberté de navigation mais pourrait aussi, à terme, déboucher sur une réouverture durable du détroit.

Les négociations de paix entre les États-Unis et l'Iran ayant échoué au Pakistan, le fragile cessez-le-feu est à nouveau au bord de l'effondrement. Donald Trump a de nouveau durci son discours et annoncé que la marine américaine allait bloquer le détroit d'Ormuz.

Le président a déclaré que les États-Unis intercepteraient les navires ayant payé un péage à l'Iran pour traverser le détroit, accusant Téhéran de procéder à un « racket » en imposant cette redevance.

Cependant, le New York Times rapporte que l'armée américaine prévoit de bloquer uniquement les ports et les zones côtières iraniens, tout en autorisant le passage des navires d'autres pays, ce qui semble constituer un assouplissement par rapport à la déclaration initiale du président.

Si un tel blocus venait à être mis en place, quelles en seraient les implications ?

En temps de guerre, le blocus est légal

À l'heure actuelle, la guerre entre les États-Unis, Israël et l'Iran se trouve dans une sorte d'impasse. Des pourparlers de paix ont été conduits – mais ont échoué – et les combats ont pour l'heure été interrompus. Cependant, la paix n'est pas non plus définitivement établie.

La question cruciale est donc de savoir si les États-Unis ou l'Iran se livrent à des agissements qui mettent en péril le cessez-le-feu – et le blocus par des navires de la marine américaine du détroit d'Ormuz, voie de communication économique vitale, aurait certainement un tel effet. D'un point de vue strictement juridique, si les États-Unis imposent un blocus, alors le cessez-le-feu n'a plus cours et les hostilités reprennent.

À lire aussi | Guerre au Moyen-Orient et détroit d'Ormuz : le péage est préférable au blocage, estime le patron de Totalenergies

Depuis le début de la guerre, le 28 février, l'Iran interdit de facto la navigation dans le détroit. Le comportement de Téhéran peut se justifier par le fait qu'un conflit armé est en cours et que la sécurité de tous les navires transitant par le détroit est menacée. Certains navires ont traversé le détroit soit sous escorte iranienne, soit, selon certaines informations, après avoir versé une sorte de « péage » à l'Iran. Cette pratique doit être appréhendée dans le contexte d'un conflit armé international où les libertés normales de navigation sont suspendues.

Il est également important de distinguer les différents acteurs de ce scénario. En droit international, on parle de « belligérants » et de « neutres » dans le contexte d'un conflit armé. Il ne fait aucun doute que les États-Unis, Israël et l'Iran sont des belligérants dans ce cas précis. Cela signifie donc que les États-Unis, en tant que belligérant, peuvent légitimement imposer un blocus en vertu du droit international – plus précisément, du droit de la guerre maritime.

L'imposition de blocus maritimes comme méthode de guerre est une méthode très ancienne. L'exemple le plus récent remonte à décembre 2025, lorsque les États-Unis ont imposé un blocus aux pétroliers entrant et sortant du Venezuela, en plus d'imposer des sanctions à ce pays.

Compte tenu de l'importance cruciale du détroit d'Ormuz pour le transit du pétrole brut, lequel est indispensable pour l'approvisionnement en carburant de nombreux pays de la planète, un blocus limiterait encore davantage cet approvisionnement et provoquerait une nouvelle hausse des prix de l'essence.

Trump a également menacé la Chine de lui imposer des droits de douane de 50 % s'il s'avérait qu'elle aide l'Iran dans ce conflit.

Quelle issue ?

On ne sait pas encore exactement comment et sous quelle forme ce blocus sera mis en place, ni même s'il sera effectivement instauré.

La déclaration initiale de Trump selon laquelle l'armée américaine bloquerait l'ensemble du détroit et prendrait pour cible les navires ayant versé de l'argent à l'Iran pour être autorisés à passer est de nature à provoquer de nouvelles tensions diplomatiques avec les pays du monde entier. Le président a déclaré que d'autres pays, outre les États-Unis, participeraient au blocus, mais aucun État ne semble à ce stade pressé de contribuer à cette opération.

À lire aussi | Attention "mines" ? L'Iran impose des routes maritimes alternatives pour franchir le détroit d'Ormuz

Si l'intention est de limiter le blocus aux ports iraniens, il s'agirait alors d'une forme très classique de blocus naval entre « belligérants ». Les navires qui ne proviennent pas de ports iraniens et qui, jusqu'à présent, se sont vu interdire de quitter le golfe Persique par le détroit pourraient alors, en théorie, commencer à traverser le détroit pour rejoindre l'océan Indien.

Si le blocus est mis en place, l'armée américaine aura fait étalage de ses immenses capacités, étant donné qu'une telle nécessitera le déploiement de très importants moyens navals. Et l'affirmation de Trump selon laquelle les États-Unis contrôlent la région aura été confirmée par les faits.

Il s'agit également d'une tactique de négociation redoutable, en raison des difficultés économiques que cette mesure infligera à l'Iran s'il se trouve dans l'incapacité de poursuivre ses exportations de pétrole. Cela ne fera qu'aggraver les souffrances déjà intenses du peuple iranien.

La liberté de navigation dans les détroits internationaux tels que celui d'Ormuz est l'un des principes fondamentaux du droit international sur lequel reposent le commerce international et l'économie mondiale. C'est un principe que les États-Unis ont toujours défendu avec fermeté. La menace d'un blocus américain de l'Iran et les opérations de déminage associées à ce projet pourraient constituer un petit pas vers la réouverture de cette voie maritime essentielle.

0 commentaire

Signaler le commentaire

Fermer

A lire aussi

  • Rassemblement à Téhéran en hommage aux femmes tuées pendant la guerre au Moyen-Orient, le 17 avril 2026 ( AFP / - )
    information fournie par AFP 18.04.2026 06:40 

    L'Iran a menacé samedi de refermer le détroit stratégique d'Ormuz si les Etats-Unis maintenaient leur blocus des ports iraniens, après avoir annoncé la veille sa réouverture complète pour les navires commerciaux. La reprise du trafic dans le détroit a été saluée ... Lire la suite

  • Une Iranienne brandit un portrait du nouveau guide suprême, l'ayatollah Mojtaba Khamenei, pendant un rassemblement à Téhéran le 17 avril 2026 ( AFP / - )
    information fournie par AFP 18.04.2026 06:05 

    Voici les derniers développements en lien avec la guerre au Moyen-Orient vendredi, après le début d'un cessez-le-feu au Liban: - Trump dit que le blocus continuera si un accord n'est pas conclu Le président américain Donald Trump a déclaré vendredi soir qu'il maintiendra ... Lire la suite

  • Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva (à gauche) et le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, le 17 avril 2026 à Barcelone ( AFP / Oscar DEL POZO )
    information fournie par AFP 18.04.2026 04:11 

    Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, fer de lance des voix s'élevant en Occident contre la guerre, rassemble samedi à Barcelone des dirigeants de gauche, dont le président brésilien Lula, avec l'idée de promouvoir une réponse commune face à la montée d'une ... Lire la suite

  • Des ouvriers nettoient les abords de la paroisse Notre-Dame de Fatima à Luanda, en Angola, le 17 avril 2026, en prévision de la visite du pape Léon XIV ( AFP / Phill Magakoe )
    information fournie par AFP 18.04.2026 03:56 

    Le pape Léon XIV entame samedi la troisième étape de sa tournée africaine en Angola, pays lusophone dont un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté en dépit de décennies d'exploitation de vastes réserves pétrolières. Auparavant, le pape américain conclura ... Lire la suite

Pages les plus populaires