Le président égyptien Abdel Fattah al-Sisi (g) et le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane au Caire, le 15 septembre 2026 ( SPA / Ahmed NURELDINE )
Les dirigeants saoudien et égyptien ont appelé mardi depuis Le Caire à garantir la liberté de navigation en mer Rouge, après la promesse de Ryad de riposter avec "fermeté" aux attaques des Houthis pro-iraniens du Yémen qui contrôlent le stratégique détroit de Bab el-Mandeb.
Le prince héritier Mohammed ben Salmane, dirigeant de fait de l'Arabie saoudite, et le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi se sont rencontrés dans la capitale égyptienne et "ont souligné l'importance de garantir la liberté et la sécurité de la navigation maritime" dans le détroit d'Ormuz et celui de Bab el-Mandeb, selon Le Caire.
Ce passage reliant l'Europe à l'Asie via la mer Rouge et le canal de Suez, déjà très emprunté avant la guerre au Moyen-Orient, est devenu encore plus important pour l'Arabie saoudite, premier exportateur mondial de brut, depuis que l'Iran verrouille le détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule arabique.
Le Yémen, pays voisin de l'Arabie saoudite, a été entraîné en juillet dans le conflit régional déclenché par l'offensive américano-israélienne contre l'Iran fin février. Début septembre, les Houthis ont lancé une grande offensive et se sont emparés de tout le littoral yéménite donnant sur la mer Rouge, dont le détroit de Bab el-Mandeb.
Sa fermeture serait "catastrophique", a admis mardi le ministère qatari des Affaires étrangères.
"Le monde souffre suffisamment de la fermeture du détroit d'Ormuz", par lequel transitait avant la guerre un cinquième des hydrocarbures mondiaux, "on ne peut donc pas se permettre d'ajouter Bab el-Mandeb à cette équation", a déclaré un responsable du ministère, Ibrahim al-Hashmi.
De leur côté, les Houthis répètent qu'il n'existe aucune menace pour la navigation dans le détroit de Bab el-Mandeb, sauf pour les navires saoudiens.
Une réunion du conseil de sécurité des Nations unies à New York était prévue à 15H00 (19H00 GMT) pour évoquer le sort de ce couloir maritime, a appris l'AFP de sources diplomatiques.
"Garanties"
La défense civile saoudienne a fait état mardi soir de trois brèves alertes de risque d'attaque dans trois régions du sud du pays, près de la frontière avec le Yémen. Dans la matinée, elle avait émis plusieurs alertes, rapidement levées elles aussi, dont une pour la ville sainte de La Mecque, une première depuis le début du conflit régional.
Le porte-parole militaire des Houthis, Yahya Saree, a de son côté affirmé que les forces armées saoudiennes avaient mené au cours des dernières 24 heures "52 frappes aériennes" visant "des infrastructures civiles" dans plusieurs gouvernorats, et promis qu'elles ne resteraient pas "sans réponse".
Lundi, les Houthis avaient ciblé le sud de l'Arabie saoudite, blessant 13 civils d'après Ryad, qui a riposté par une cinquantaine de frappes selon les Houthis, et promis de la "fermeté" face à ces attaques.
Le mouvement a aussi visé les infrastructures pétrolières de l'Arabie saoudite, faisant grimper les prix du pétrole au-dessus du seuil symbolique de 100 dollars.
Carte montrant les oléoducs existants et en projet qui peuvent être des moyens de transport du pétrole brut contournant le détroit d'Ormuz sur le long terme ( AFP / Sherine ELSAYARY )
L'Arabie saoudite se retrouve prise en tenaille, entre les attaques des Houthis et ses pétroliers désormais menacés dans les deux détroits. Et son oléoduc Est-Ouest, voie d'exportation de brut cruciale pour contourner le blocage d'Ormuz, est aussi à l'arrêt après des attaques de drones venues d'Irak selon les autorités saoudiennes.
Le royaume multiplie les contacts diplomatiques pour trouver une issue à la crise.
Avant de se rendre au Caire, le prince héritier Mohammed ben Salmane s'était déjà entretenu lundi avec le chef du Commandement central américain pour le Moyen-Orient (Centcom) Brad Cooper.
Le Centcom "a une unité en place pour améliorer le partage de renseignements et planifier le soutien aux forces saoudiennes", a déclaré mardi à l'AFP un responsable américain, sous couvert d'anonymat.
"Signaux contradictoires"
Le dirigeant saoudien "cherche des garanties que l'Egypte interviendra, si nécessaire, pour protéger Bab el-Mandeb", analyse Mirette Mabrouk, du Middle East Institute, basé à Washington.
Photo de véhicules militaires en feu visés par les Houthis au Yémen, à Al Jawf, diffusée le 15 septembre 2026 par le centre des médias Ansarullah (autre nom des Houthis) ( ANSARULLAH MEDIA CENTRE / - )
Outre les perturbations sur les exportations de pétrole saoudien par la mer Rouge à destination de l'Egypte, le ralentissement du trafic maritime dans cette zone pourrait avoir des conséquences fâcheuses sur les recettes en devises que tire Le Caire des droits de passage du canal de Suez.
Alors que les négociations pour trouver une issue au conflit régional dans son ensemble sont au point mort depuis des semaines, Téhéran a rejeté mardi tout dialogue avec Washington, en réponse à Donald Trump qui s'y était dit "ouvert" la veille.
Patrouille des Houthis dans une rue de Sanaa, au Yémen, le 12 septembre 2026 ( AFP / Mohammed HUWAIS )
"Ne vous laissez pas distraire par les signaux contradictoires du président américain, qui alterne entre +pas de négociations+ et +nous sommes prêts à discuter+", a écrit sur X le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, Mohsen Rezaï.
Au moins 100.000 personnes ont été déplacées au Yémen depuis la reprise des combats début septembre entre les rebelles pro-iraniens Houthis et les forces pro-gouvernementales, alliées à Ryad, selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.

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