Des drapeaux français et américains à l'aéroport d'Orly
par Gabriel Stargardter
Les États-Unis vont exclure les organisations françaises de leur programme de subventions destinées aux groupes alignés sur les priorités de l'administration américaine en Europe, ont déclaré deux sources à Reuters, Washington craignant que le versement de ces fonds ne soit qualifié d'ingérence étrangère avant l'élection présidentielle française de 2027.
La décision, qui a déjà été communiquée aux autorités françaises, selon une source, témoigne de la prise de conscience de l'administration de Donald Trump que le financement d'organisations proches de la sphère MAGA (Make America Great Again) en France pourrait compromettre les liens économiques étroits qui unissent les deux pays.
L’administration du président américain a notamment cherché à soutenir les partis d’extrême droite à travers l’Europe, accusant les dirigeants centristes du Vieux continent de superviser "l’effacement civilisationnel" et "la subversion des processus démocratiques".
Le programme de subventions du Bureau de la démocratie, des droits de l'homme et du travail (DRL) du département d'État américain offre entre un et trois millions de dollars aux organisations qui œuvrent à "renforcer et développer la résilience démocratique, l'état de droit, la liberté d'expression et la liberté de la presse, ainsi que la défense des droits de l'homme en Europe".
Les groupes éligibles peuvent également se concentrer sur la souveraineté nationale, les migrations, la censure et les défis liés à la guerre juridique, selon les directives de financement du DRL publiées le 13 juillet.
La France, où une élection présidentielle se tient au printemps 2027, s'inquiète de plus en plus d'une possible ingérence américaine dans le scrutin. Le parti d'extrême droite de Marine Le Pen, le Rassemblement national (RN), est donné vainqueur dans les sondages dans la plupart des configurations.
En juillet, quelques jours seulement après la publication par le DRL de son annonce de financement d'organisation européennes, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a écrit sur X, photo à l'appui : "La France et les Européens ne toléreront aucune tentative d’ingérence étrangère dans leurs processus électoraux, d’où qu’elle vienne."
Une personne, qui a souhaité garder l'anonymat, a déclaré avoir sollicité un million de dollars pour un travail sur des sujets tels que les initiatives anti-DEI (diversité, équité et inclusion) et la liberté d'expression.
Mais cette dernière a récemment été informée que les groupes français seraient exclus du programme du DRL en raison de craintes d'ingérence étrangère.
Selon une source, les autorités américaines craignent que les activités financées par les États-Unis n'entrent en conflit avec un projet de loi français visant à renforcer les sanctions contre la désinformation en ligne et l'ingérence étrangère dans les processus démocratiques.
Ce projet de loi, adopté en procédure accélérée et soutenu par le gouvernement, est actuellement examiné par le Sénat.
Bien que la date limite d'août fixée par le DRL pour l'attribution des subventions soit désormais passée, la source a indiqué qu'ils pourraient déménager leur organisation à l'étranger afin de pouvoir prétendre à de futures opportunités de financement.
Le département d'État américain a seulement déclaré que "les délibérations (étaient) toujours en cours concernant les programmes", sans dire si des groupes français en étaient exclus, ajoutant qu'il "ne (faisait) pas de commentaire sur les discussions diplomatiques privées".
Le ministère français des Affaires étrangères n'a pas répondu à une demande de commentaire.
(Gabriel Stargardter; avec Humeyra Pamuk; version française Etienne Breban)

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