Un bâtiment détruit par une frappe aérienne israélienne sur le village d'Al-Qlailah, dans le district de Tyr, le 19 juin 2026 dans le sud du Liban ( AFP / KAWNAT HAJU )
Israël et le Hezbollah pro-iranien se sont mis d'accord vendredi sur un cessez-le-feu, après un regain de violences meurtrières au Liban qui a fait vaciller le protocole d'accord à peine signé entre Téhéran et Washington pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient.
Les frappes israéliennes ont fait 47 morts et près d'une centaine de blessés dans le sud du Liban, selon un nouveau bilan des autorités libanaises.
L'armée israélienne a fait état de son côté de la mort de quatre de ses soldats, dont un haut gradé.
Il s'agit du bilan le plus lourd depuis l'annonce de la conclusion de l'accord irano-américain lundi, qui prévoit un arrêt des hostilités "sur tous les fronts, y compris au Liban" - un point sur lequel Téhéran, allié du mouvement islamiste libanais Hezbollah, avait insisté.
Israël "fera payer un prix très lourd au Hezbollah", a réagi le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à l'annonce de la mort des militaires, jurant que l'armée resterait dans le sud du Liban "aussi longtemps que nécessaire".
"Guerre permanente"
"Tout le Liban doit brûler", a menacé son ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, figure de l'extrême droite, qui avait exprimé ses réticences envers l'accord. En réaction à ces propos, le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi a accusé Israël de vouloir "la guerre permanente".
La fumée d'une frappe aérienne israélienne sur le village de Choukine, vue depuis Marjayoun, dans le sud du Liban, le 19 juin 2026 ( AFP / - )
L'armée israélienne a affirmé avoir frappé "plus de 80 cibles" et tué "des dizaines" de membres du Hezbollah.
Le groupe chiite a lui dénoncé "des massacres de civils". Ses combattants "défendront leur terre et leur peuple avec un grand courage et un esprit de sacrifice", a-t-il assuré avant l'annonce d'une trêve.
Le cessez-le-feu a été négocié par les médiateurs américains et qataris à la suite de discussions avec Israël et l'Iran, a déclaré un responsable américain à l'AFP sous couvert de l'anonymat.
les autorités israéliennes n'ont pas commenté à ce stade.
Sur le terrain, de nombreux habitants ont fui le sud du Liban. Des centaines de voitures bondées, avec matelas et effets personnels, ont envahi les routes, a constaté un correspondant de l'AFP.
"Nous étions chez nous quand, soudain, les bombardements ont commencé. Ils n'ont épargné aucune ville, aucune maison", raconte Zeinab Nasser, 69 ans, bloquée avec son mari dans des embouteillages à Saïda. "Les avions militaires israéliens ne quittent jamais le ciel. Nous espérons que ce poison (Israël, NDLR) quittera notre pays pour que nous puissions vivre".
Report sine die
Parallèlement, le gouvernement suisse a annoncé le report sine die des négociations prévues vendredi dans le pays entre Téhéran et Washington, censées lancer un processus de 60 jours pour régler le sujet central du nucléaire et mener à un accord final.
Un véhicule militaire israélien patrouille le long de la frontière avec le Liban en Haute-Galilée, le 18 juin 2026 ( AFP / Jalaa MAREY )
"La situation reste précaire", analyse une source diplomatique émiratie, évoquant "deux facteurs susceptibles de faire capoter l'accord": Israël et certaines voix conservatrices en Iran.
La semaine avait démarré sur une note optimiste, avec l'annonce d'un accord-cadre pour mettre un terme au conflit déclenché le 28 février par les Etats-Unis et Israël.
Les hostilités ont fait des milliers de morts, essentiellement en Iran et au Liban, et secoué l'économie mondiale.
Ce protocole a été signé électroniquement et à distance mercredi par les présidents iranien Massoud Pezeshkian et américain Donald Trump.
Une partie du complexe hôtelier de luxe du Burgenstock, où devaient débuter les pourparlers faisant suite à l'accord visant à mettre fin au conflit au Moyen-Orient, le 19 juin 2026 en Suisse, ( AFP / Fabrice COFFRINI )
Le guide suprême iranien Mojtaba Khamenei a déclaré jeudi dans un message écrit l'avoir approuvé malgré des réserves.
"Il est évident que les négociations en face-à-face qui se tiendront à l'avenir ne présagent pas de l'acceptation du point de vue de l'ennemi", a souligné l'ayatollah, qui n'a pas été vu en public depuis qu'il a succédé en mars à son père Ali Khamenei, tué dans les bombardements israélo-américains sur l'Iran.
25 navires franchissent Ormuz
En attendant, le trafic a repris dans le détroit d'Ormuz, passage stratégique pour le commerce mondial des hydrocarbures: 25 navires commerciaux l'ont franchi jeudi, un volume inédit depuis mi-avril et cinq fois supérieur à la moyenne sur les dix premiers jours de juin, selon des données de la plateforme de suivi maritime AXSMarine.
Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif montre le protocole d'accord signé par les présidents américain et iranien, après l'avoir lui-même signé en tant que médiateur, le 18 juin 2026 à Islamabad ( Pakistan's Prime Minister Office / - )
"Les opérations de déminage se poursuivent", précise-t-elle, appelant les armateurs à "faire preuve de prudence".
Le détroit avait été verrouillé depuis le début de la guerre par l'Iran, ce qui avait provoqué en représailles un blocus des ports iraniens par les Etats Unis.
L'autorité maritime iranienne responsable de sa gestion exige cependant que tous les bateaux souhaitant franchir cette voie stratégique soumettent "48 heures à l'avance" une demande de transit.
Conformément aux termes du protocole, aucun frais ne sera perçu pendant une période de 60 jours, a rappelé Téhéran.
Reflet d'un regain des craintes, les prix du pétrole ont cessé de baisser, le baril de Brent de la mer du Nord, référence du marché mondial, oscillant autour des 80 dollars.

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