Yves Lacoste, fondateur de l'école française de géopolitique, est mort
information fournie par AFP 22/06/2026 à 11:31

Le géographe français Yves Lacoste pose près de la chaise à porteurs du navigateur La Pérouse, le 22 mars 2001 à la Société de Géographie de Paris ( AFP / JOEL ROBINE )

Le géographe Yves Lacoste, disparu samedi à l'âge de 96 ans, était considéré comme le fondateur de l'école française de géopolitique grâce à un ouvrage iconoclaste publié en 1976 et devenu un classique: "La géographie, ça sert, d'abord, à faire la guerre".

Lorsque paraît ce livre chez l'éditeur François Maspero (il a été réédité en 2012 aux éditions La Découverte), la "géopolitique" est un concept encore mal connu, voire tabou chez les géographes.

Agrégé de géographie, professeur à l'université Paris VIII/Vincennes, adepte du travail de terrain, en Afrique du Nord et au Vietnam notamment, Yves Lacoste a dynamité cette discipline.

La sortie de son ouvrage phare (il en a publié une vingtaine d'autres dont un "Que sais-je" sur "Les pays sous-développés" en 1959) avait provoqué à l'époque de nombreuses critiques de ses collègues géographes "orthodoxes" outrés par ce qu'ils considéraient comme une déclaration de guerre à "la géographie des professeurs", cantonnant leur discipline à la seule étude de la géographie physique.

Yves Lacoste "a rendu un service immense à la géographie en réintégrant le politique dans le champ de la géographie et en étant à l'origine d'une géopolitique française que j'appelle démocratique et citoyenne", a souligné lundi auprès de l'AFP Béatrice Giblin, directrice de la rédaction de la revue Hérodote, fondée par M. Lacoste.

Yves Lacoste, né au Maroc le 7 septembre 1929, qui avouait s'être "profondément embêté" durant ses cours de géographie au lycée Lakanal de Sceaux, a réconcilié la géographie et l'histoire. La géographie, estimait-il, doit d'abord aider à penser le politique, les conflits et les rapports de pouvoirs entre États ou zones géographiques.

Etude sur le Vietnam

Le géographe français Yves Lacoste à Paris, le 5 février 2005 ( AFP / Boyan Topaloff )

Son modèle aura été le Grec Hérodote (vers 484-425 avant notre ère), historien aussi bien que géographe.

Hérodote est donc aussi le nom de la revue qu'il a fondée (également en 1976) et qui est devenue une référence pour tous ceux qui s'intéressent à la géopolitique. La première enquête d'Hérodote était une étude réalisée par Yves Lacoste au Vietnam en 1972 pendant la guerre avec les Américains.

Le géographe démontrait, cartes à l'appui, que les bombardements de l'aviation américaine sur les digues du fleuve Rouge ne devaient rien au hasard. Ces bombardements (risquant de noyer des centaines de milliers de personnes) avaient été programmés en tenant compte de la topographie, de l'hydrologie, de la localisation des populations, bref de la géographie du terrain, relevait Yves Lacoste. Son étude, initialement publiée par Le Monde en août 1972, avait contribué à l'arrêt des bombardements sur les digues, estimait le géographe.

Un temps membre du PCF (jusqu'à l'invasion de la Hongrie par les Soviétiques en 1956), partisan de l'indépendance de l'Algérie, Yves Lacoste s'était intéressé plus récemment aux questions d'identité.

Après "La question post-coloniale" (Fayard, 2010) où il s'en prenait notamment à ceux qui affirment que la situation actuelle des banlieues reproduit un schéma de domination coloniale, il avait co-signé en 2016 avec son ancien élève, le géopoliticien Frédéric Encel, "Géopolitique de la nation France" (PUF). Ils y dénonçaient l'islamisme radical menant "une guerre implacable" contre la nation française.