Yémen-Le gouvernement, allié de Ryad, lance une opération contre les séparatistes soutenus par Abou Dhabi information fournie par Reuters 02/01/2026 à 14:51
par Ahmed Elimam, Jana Choukeir et Maha El Dahan
Le gouvernement yéménite, allié de l'Arabie saoudite, a lancé vendredi ce qu'il a qualifié d'opération pacifique pour reprendre des positions militaires aux séparatistes du Sud, soutenus par les Emirats arabes unis, qui ont fait état de sept frappes aériennes saoudiennes depuis le début de l'intervention.
L'opération, annoncée par le gouverneur de la province yéménite du Hadramout, marque une escalade dans les tensions entre l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, qui appuient les séparatistes du Conseil de transition du Sud (STC). Ces derniers contrôlent de vastes zones du sud du pays.
Un responsable du STC a déclaré à Reuters que l'opération saoudienne n'avait pas été pacifique.
"L'Arabie saoudite a sciemment trompé la communauté internationale en annonçant une opération pacifique qu'elle n'a jamais eu l'intention de maintenir pacifique", a déclaré Amr al-Bidh dans un communiqué.
"La preuve en est qu'elle a mené sept frappes aériennes quelques minutes plus tard", a-t-il ajouté.
Les autorités saoudiennes n'ont pas répondu dans l'immédiat à une demande de commentaire sur les frappes aériennes.
Autrefois piliers jumeaux de la sécurité régionale, l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont vu leurs intérêts diverger sur tous les sujets au Yémen, des quotas pétroliers à l'influence géopolitique.
Les tensions se sont accentuées cette semaine après que les EAU ont annoncé le retrait de leurs troupes du Yémen sous la pression de Ryad. L'Arabie saoudite avait auparavant frappé une livraison d'armes présumée au STC dans le port d'al Moukalla, dans le sud du pays, et appelé au retrait des forces d'Abou Dhabi.
L'OPÉRATION VISE DES SITES MILITAIRES
Le gouvernement yéménite a annoncé vendredi dans un communiqué qu'il avait nommé le gouverneur du Hadramout, Salem Ahmed Saïd al-Khounbachi, pour prendre le commandement général des forces du "Bouclier de la patrie" dans la province orientale, lui accordant toute l'autorité militaire, sécuritaire et administrative pour rétablir sécurité et ordre.
"Il ne s'agit pas d'une déclaration de guerre", a souligné le gouverneur dans un discours prononcé sur Yemen TV, ajoutant que cette mesure visait à empêcher l'utilisation de camps militaires pour menacer la sécurité et à empêcher le Hadramout de sombrer dans le chaos.
Un porte-parole du STC, Mohammed al-Nakib, a déclaré par la suite que les forces du STC étaient en état d'alerte maximale dans toute la région et a prévenu que l'organisation était prête à répondre avec force.
Amr al-Bidh a dit à Reuters que trois des frappes aériennes avaient visé le camp militaire d'Al Qash'a, l'un des plus importants de la province.
Selon le gouverneur du Hadramout, dont les propos ont été rapporté par Yemen TV, les forces du "Bouclier de la patrie" ont pris le contrôle du camp de la 37e brigade d'Al Qash'a.
Trois sources yéménites avaient indiqué plus tôt à Reuters que des véhicules blindés du gouvernementaux se dirigeaient vers le camp, qui a la capacité d'accueillir des milliers de soldats et a été repris par le STC en décembre.
Les Émirats arabes unis soutiennent le STC, qui s'est emparé le mois dernier de larges pans du sud du Yémen aux dépens du gouvernement internationalement reconnu, soutenu par l'Arabie saoudite, qui voit dans ce mouvement une menace.
Si le retrait des troupes émiraties du Yémen a brièvement apaisé les tensions entre Ryad et Abou Dhabi, les désaccords entre les différents groupes présents sur le terrain au Yémen persistent depuis lors.
L'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis sont tous deux des acteurs majeurs du groupe des exportateurs de pétrole de l'OPEP, et tout désaccord entre eux pourrait entraver le consensus sur la production de pétrole.
Ces pays et six autres membres de l'OPEP+ se réunissent en visioconférence dimanche. Des délégués du groupe ont déclaré qu'ils maintiendraient inchangée leur politique de production pour le premier trimestre.
FERMETURE DE L'AÉROPORT D'ADEN
L'ambassadeur d'Arabie saoudite au Yémen a également reproché vendredi au chef du STC, Aïdarous al-Zoubaïdi, d'avoir refusé la veille d'autoriser l'atterrissage d'un avion transportant une délégation saoudienne vers Aden.
L'arrêt des vols à l'aéroport international d'Aden jeudi s'est poursuivi vendredi, les deux parties se renvoyant la responsabilité de la fermeture du trafic aérien.
"Pendant plusieurs semaines et jusqu'à hier, le Royaume a cherché à faire tous les efforts possibles avec le Conseil de transition du Sud pour mettre fin à l'escalade ... mais il s'est heurté à un refus continu et à l'entêtement de Aïdarous al-Zoubaïdi", a déclaré l'ambassadeur saoudien, Mohammed al-Jaber, sur X.
Dans un communiqué publié jeudi, le ministère des transports, contrôlé par le STC, a accusé à son tour l'Arabie saoudite d'imposer un blocus aérien, affirmant que Ryad exigeait que tous les vols passent par l'Arabie saoudite pour y subir des contrôles supplémentaires.
L'aéroport international d'Aden est la principale porte d'entrée pour les régions du pays échappant au contrôle des Houthis, qui contrôlent le nord du Yémen.
(Rédigé par Ahmed Elimam, Jana Choukeir et Maha El Dahan ; version française Etienne Breban ; édité par Sophie Louet)