Yémen-La prise de Mokha par les Houthis réalisée avec l'aide stratégique de l'Iran-sources
information fournie par Reuters 10/09/2026 à 20:05

par Parisa Hafezi, Mohammed Ghobari et Timour Azhari

L'avancée éclair des Houthis le long du littoral yéménite de la mer Rouge cette semaine a été réalisée grâce à des conseils stratégiques donnés par les Gardiens de la révolution, désireux d'ouvrir un front supplémentaire dans la guerre entre l'Iran et les Etats-Unis, ont dit des sources iraniennes et régionales.

En prenant la ville portuaire de Mokha, dans le sud-ouest du Yémen, les miliciens chiites ont renforcé leur emprise sur le détroit de Bab el-Mandeb qui, comme le détroit d'Ormuz, est une voie cruciale pour les livraisons énergétiques mondiales.

Plus de six mois après le début de la guerre déclenchée par les bombardements des Etats-Unis et d'Israël en Iran, le mouvement armé soutenu par Téhéran a annoncé en juillet un blocus maritime de l'Arabie saoudite et semble focalisé sur le contrôle de Bab el-Mandeb, alors que les troupes gouvernementales soutenues par Ryad mènent des opérations dans le nord du Yémen, contrôlé en grande partie par les Houthis.

Selon deux sources iraniennes, Téhéran a demandé la semaine dernière aux miliciens d'intensifier leurs attaques contre l'Arabie saoudite, allié des Etats-Unis, et leur a promis à cette fin davantage de financements et d'armes ainsi que l'aide d'officiers de haut rang.

L'Iran admet de longue date que les Houthis sont des alliés mais dément publiquement leur donner de quelconques directives militaires, rejetant l'idée d'une milice supplétive.

DES SEMAINES DE DISCUSSIONS STRATÉGIQUES

De hauts commandants des Gardiens de la révolution iraniens se sont déjà rendus au Yémen pour superviser et diriger des attaques des Houthis contre des villes saoudiennes, après des semaines de discussions sur la stratégie militaire à adopter, a déclaré un diplomate régional informé par Téhéran de la question.

Reuters a rapporté en juillet que l'Iran avait dépêché au Yémen des commandants des Gardiens de la révolution ainsi que des équipements militaires avec l'objectif de renforcer la capacité des Houthis à menacer le trafic maritime en mer Rouge.

Si plusieurs réunions ont été organisées par Téhéran avec des alliés, dont les Houthis, à propos de Mokha, a déclaré une troisième source iranienne - un représentant -, la décision d'attaquer la ville portuaire découle d'un choix des Houthis plutôt que d'une décision de l'Iran.

Toutefois, cette offensive profite à l'Iran, a ajouté ce représentant, puisqu'elle accentue la pression sur les prix du pétrole et nuit aux Etats-Unis ainsi qu'à l'Arabie saoudite.

Au Yémen, cinq sources au sein de l'armée du gouvernement reconnu par la communauté internationale et soutenu par Ryad ont déclaré que les Gardiens de la révolution supervisaient la nouvelle offensive des Houthis le long du littoral de la mer Rouge, avec pour commencer des tirs de barrages de roquettes.

D'après ces sources militaires, qui disent citer des écoutes et les comptes rendus de combattants Houthis faits prisonniers, un haut commandant des Gardiens de la révolution, Abdolreza Shahlaeï, est à la manoeuvre pour cette opération.

Les sources iraniennes n'ont pas été dans l'immédiat en mesure de confirmer cela. Par le passé, elles avaient toutefois dit qu'Abdolreza Shahlaeï, membre de la Force Al Qods chargée principalement des opérations extérieures des Gardiens de la révolution, avait passé du temps au Yémen ces dernières années.

INCERTITUDES SUR LA SITUATION MILITAIRE AU YÉMEN

En dépit des blocus aériens et maritimes de zones contrôlées par les Houthis, les Gardiens de la révolution parviennent toujours à acheminer des armes et du personnel au Yémen et à les exfiltrer, ont déclaré les sources iraniennes.

"Quand on regarde l'offensive (des Houthis) sur la côte Ouest, ce n'est pas quelque chose qui a simplement été préparé la semaine dernière ou le mois dernier", a commenté Ahmed Nagi, analyste sur le Yémen au centre de réflexion International Crisis Group, décrivant la capture de Mokha comme un tournant important dans la guerre.

Deux représentants yéménites ont déclaré que le gouvernement local avait sollicité un soutien supplémentaire, notamment aérien, de la part de l'Arabie saoudite alors que les Houthis progressaient la semaine dernière vers le port de Mokha.

Il a été demandé à Ryad d'effectuer des bombardements contre des cibles des Houthis dans des zones contrôlées par ces derniers, dont la capitale Sanaa et des objectifs majeurs tels que des dépôts pétroliers, ont dit ces représentants.

Mais, si elle a fourni un soutien logistique, des armes et des renseignements, l'Arabie saoudite a procédé uniquement à des frappes aériennes limitées contre des zones d'affrontements dans les provinces de Jawf et Marib, que le gouvernement yéménite considère comme moins importantes.

Aux yeux des deux représentants yéménites, Ryad a cherché ainsi à éviter une escalade majeure avec les Houthis, craignant que les miliciens chiites intensifient en réponse leurs attaques aux drones contre le royaume wahhabite.

Sollicités, des représentants saoudiens n'ont pas répondu dans l'immédiat à des demandes de commentaire sur les choix de l'armée saoudienne dans son intervention au Yémen.

Une coalition militaire dirigée par Ryad a lancé en 2015 une campagne contre les Houthis. La trêve parfois fragile instaurée par la suite, en 2022, a désormais volé en éclats. Il est difficile d'évaluer pleinement la situation militaire au Yémen, où l'Iran et l'Arabie saoudite ont investi dans leurs alliés respectifs.

(Parisa Hafezi à Dubaï, Mohammed Ghobari à Aden et Timour Azhari à Ryad, avec la contribution de Maha El Dahan; version française Jean Terzian)