Xi à Washington, une visite fastueuse sans grands résultats attendus information fournie par Reuters 23/09/2026 à 15:41
par Trevor Hunnicutt
Le président américain Donald Trump accueille son homologue chinois Xi Jinping mercredi soir à Washington pour une visite d'Etat de trois jours qui s'annonce fastueuse mais pauvre en résultats concrets.
Donald Trump se rendra lui-même, ce qu'il n'a jamais fait pour accueillir un étranger en visite rappelle le Washington Post, sur le tarmac de la base militaire d'Andrews, dans le Maryland, pour recevoir vers 16h00 locales (20h00 GMT) le dirigeant chinois, qui effectue sa première visite aux Etats-Unis depuis près de trois ans.
Jeudi, une cérémonie officielle d'accueil à la Maison blanche ponctuée d'un défilé militaire sera suivie d'un dîner d'Etat en présence de dirigeants de la tech comme Tim Cook, le directeur général d'Apple AAPL.O , Jensen Huang, directeur général de Nvidia NVDA.O ou Sam Altman, patron d'OpenAI.
Xi Jinping, Donald Trump et leurs épouses visiteront enfin vendredi les Archives nationales qui abritent la Déclaration d'indépendance et la Constitution américaines.
En dépit de leurs profonds désaccords, sur le commerce, la technologie ou l'Iran, les deux superpuissances cherchent à projeter une image de stabilité de leur relation.
Conclue l'an dernier, la trêve commerciale entre les deux pays, l'un "usine du monde", l'autre premier consommateur de la planète, prend fin en novembre et des indices quant à son éventuelle prolongation seront attendus, même si des désaccords persistent sur de nombreux dossiers comme les opioïdes ou les terres rares.
PEU DE PLACE AU COMPROMIS
Xi Jinping devrait à nouveau soulever la question de Taïwan, un sujet que Washington préférerait éviter, tandis que Donald Trump ne cédera rien sur le contrôle des exportations chinoises en dépit des objections de Pékin, dit-on de sources au fait des préparatifs du sommet.
Les discussions prévues jeudi pourraient toutefois aboutir à des accords sur l'abaissement des droits de douane pour des secteurs spécifiques, sur la coopération en matière de trafic de narcotiques ou sur un élargissement des contacts militaires entre les deux puissances.
Donald Trump devrait également, selon les mêmes sources, demander la libération de certains ressortissants américains ou étrangers détenus en Chine.
Les deux pays pourraient aussi accepter de dialoguer davantage sur l'intelligence artificielle (IA) malgré leur concurrence féroce dans ce domaine, en raison des risques que cette technologie comporte.
La venue de Xi Jinping intervient à un moment politique délicat pour Donald Trump, dont la cote de popularité est au plus bas à un peu plus d'un mois des élections de mi-mandat visant à renouveler la Chambre des représentants et une partie du Sénat, sur fond de guerre au Moyen-Orient et de flambée des prix de l'essence.
Le président chinois, bien que lui aussi confronté à des défis comme la faiblesse de la consommation ou le ralentissement du marché immobilier, arrivera en meilleure posture, alors que les entreprises exportatrices de la Chine tournent à plein régime et que l'excédent commercial chinois devrait dépasser les 1.000 milliards de dollars pour la deuxième année consécutive.
Edgard Kagan, ancien responsable de la Maison blanche aujourd'hui chercheur au Centre d'études stratégiques et internationales de Washington, doute que les deux dirigeants soient enclins au compromis.
"Le président (Donald Trump) est persuadé qu'avec le temps, l'économie américaine va continuer de croître, et que les Etats-Unis deviendront plus forts. Quant à Xi Jinping, je pense que quand il s'assiéra au côté de Donald Trump, il sera convaincu que les Etats-Unis sont en plein déclin et que le temps joue en faveur de la Chine", dit-il.
TAÏWAN ET L'IRAN AU MENU
Aucune conférence de presse commune ou déclaration conjointe n'est prévue à l'issue de la rencontre entre les deux dirigeants qui devraient diffuser des communiqués séparés à l'attention de leurs opinions publiques respectives.
Après avoir imposé des droits de douane prohibitifs sur les importations chinoises au début de son second mandat, auxquels Pékin a répliqué en menaçant notamment de couper le robinet des terres rares, Donald Trump a infléchi sa politique et son discours à l'égard de la Chine, à l'exception d'une allocution prononcée en juillet lors de laquelle il a réitéré des accusations d'ingérence chinoise dans les élections américaines, rejetées par Pékin.
Sur l'Iran, avec lequel la Chine entretient des liens étroits, Washington estime que Pékin pourrait user de son influence sur la République islamique même si Donald Trump a dit qu'il ne voyait pas la nécessité de solliciter son aide.
Après avoir promis de frapper économiquement les pays commerçant avec Téhéran, l'administration américaine laisse planer le doute sur d'éventuelles sanctions contre les grandes banques chinoises.
De son côté, Xi Jinping devrait à nouveau exhorter Donald Trump à restreindre les ventes d'armes américaines à Taïwan, que Pékin considère comme une province sécessionniste faisant partie de son territoire.
Le gouvernement américain a approuvé en décembre dernier une vente d'armes de 11 milliards de dollars (9,64 milliards d'euros) à l'île, la plus importante jamais réalisée. Mais un deuxième contrat, d'un montant d'environ 14 milliards, qualifié de "très bon atout de négociation" par Donald Trump, est en suspens depuis des mois.
(Jean-Stéphane Brosse pour la version française)