Washington annonce suspendre ses sanctions sur le pétrole iranien
information fournie par AFP 22/06/2026 à 18:35

Le complexe hôtelier de luxe de Bürgenstock, dans les Alpes suisses, où se déroulent les négociations américano-iraniennes, le 21 juin 2026 ( POOL / Nathan Howard )

Les Etats-Unis ont annoncé lundi suspendre pour deux mois leurs sanctions visant le pétrole iranien, assurant que l'Iran accueillerait à nouveau des inspecteurs nucléaires, après des pourparlers qualifiés par Washington de "bases très solides" pour une fin définitive à la guerre au Moyen-Orient.

"Toutes les transactions" qui étaient auparavant "interdites" concernant la production, la vente, le transport d'hydrocarbures d'origine iranienne "sont autorisées jusqu'au 21 août", selon le site du ministère américain des Finances, qui gère les sanctions économiques.

Evoluant déjà sous les 80 dollars lundi à la faveur de la détente diplomatique, le cours du baril de Brent de la mer du Nord, référence du marché mondial, est tombé à 77,5 dollars, loin du sommet de plus de 126 dollars qu'il avait atteint au paroxysme de la guerre.

"Nous avons posé des bases très solides pour aboutir à un accord final réussi", avait auparavant déclaré le vice-présidence américain JD Vance après avoir participé à ces discussions en Suisse dimanche et jusqu'à tôt lundi matin.

Selon lui, l'Iran a aussi accepté d'inviter à nouveau des inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), jugeant qu'il s'agissait d'un "premier pas" vers "l'arrêt définitif du programme d'armement nucléaire iranien".

Téhéran, qui n'a pas confirmé ces informations, avait temporairement suspendu sa coopération avec l'instance onusienne après les bombardements israéliens et américains contre ses installations, en juin 2025.

Les inspecteurs de l'AIEA n'ont depuis pas pu visiter les sites touchés, laissant planer le doute sur l'état des stocks d'uranium hautement enrichi de la République islamique, un point de contentieux majeur avec Washington. En revanche, ils ont été autorisés à se rendre dans d'autres sites nucléaires iraniens ces derniers mois.

"Progrès encourageants"

Après la signature d'un protocole d'accord la semaine dernière, les négociations, où le Pakistan et le Qatar jouent un rôle de médiation, doivent aboutir à un document final, sous un délai de 60 jours renouvelables.

Téhéran et Washington se sont déjà entendus sur des mécanismes visant à faire cesser les affrontements au Liban et à sécuriser le stratégique détroit d'Ormuz, deux des enjeux majeurs du conflit qui a embrasé la région, fait des milliers de morts et ébranlé l'économie mondiale.

Les deux parties ont accompli "des progrès encourageants", ont assuré les deux pays médiateurs, tandis que le ministère suisse des Affaires étrangères a annoncé la "reprise immédiate" des consultations, cette fois au niveau technique.

Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi (à gauche) salue le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif avant le début des négociations irano-américaines à Bürgenstock, en Suisse, le 21 juin 2026 ( POOL / Fabrice Coffrini )

"Les exportations de pétrole et de produits pétrochimiques ne sont plus restreintes, (...) certains avoirs gelés sont débloqués, et un plan de reconstruction et de développement majeur de l'Iran a été lancé", a salué le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, énumérant des points du texte signé le 17 juin.

M. Vance a promis que son pays s'assurerait qu'un éventuel déblocage d'avoirs iraniens "ne servirait pas à financer le terrorisme". Le secrétaire d'Etat Marco Rubio est pour sa part attendu de mardi à jeudi aux Emirats arabes unis, à Bahreïn et au Koweït, selon son ministère.

Et l'équipe de négociateurs iraniens, emmenée par Mohammad Bagher Ghalibaf, est attendue de son côté à Oman notamment pour parler de la gestion du détroit d'Ormuz, selon l'agence de presse Irna, Téhéran ayant évoqué la possible mise en place de "frais" de service pour les navires voulant y transiter.

Accalmie au Liban

Sur le front libanais, que Téhéran a insisté pour associer aux discussions, une "cellule de gestion des conflits" va être mise en place pour faire cesser les combats entre Israël et le mouvement pro-iranien Hezbollah, qui a entraîné le Liban dans la guerre début mars.

Pour Abbas Araghchi, ce sera "le premier test réel".

"Nous pensons (...) que nous pouvons parvenir à une situation dans laquelle la souveraineté et l'intégrité territoriale du Liban est protégée, comme la sécurité d'Israël", a assuré le vice-président américain qui a échangé avec le président libanais Joseph Aoun à ce sujet.

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a toutefois prévenu que son armée resterait dans le sud du Liban "aussi longtemps que nécessaire".

"Merci, loyal Iran": des panneaux à l'effigie du guide suprême iranien Mojtaba Khamenei et de son père Ali Khamenei remercient le soutien de Téhéran au mouvement Hezbollah, le 22 juin 2026 à Beyrouth ( AFP / Anwar AMRO )

Le Liban connaît depuis dimanche une accalmie après un regain de violences meurtrières. Depuis début mars, il a subi des dégâts estimés à plus d'un milliard de dollars, avec 11.000 bâtiments détruits dans le sud, selon une étude de l'ONU et d'un organisme gouvernemental.

En représailles aux opérations israéliennes dans le pays, qui ont fait plus de 4.100 morts selon les autorités, le pouvoir iranien avait annoncé samedi verrouiller de nouveau le détroit d'Ormuz, par lequel transitait avant le conflit un cinquième du commerce mondial d'hydrocarbures.

Le trafic s'y est pourtant poursuivi lundi à un rythme plus soutenu qu'avant l'accord, selon des plateformes de suivi maritime.