Voile-Barrier, première femme en solitaire sur un géant des mers information fournie par Reuters 10/10/2026 à 09:21
par Vincent Daheron
Alexia Barrier paraît toute petite à la barre d'Idec Sport-CIC, un trimaran de 32 mètres capable de filer à plus de 40 nœuds. Bientôt, elle sera seule à bord.
Le 1er novembre, la skippeuse française de 46 ans embarquera à Saint-Malo sur ce géant des mers pour tenter ce qu'aucune femme n'a encore fait : naviguer en solitaire en Ultim sur la Route du Rhum.
"C'est la plus grosse machine engagée en course au large dans le monde", a-t-elle expliqué à Reuters. "Il n'en existe que huit sur la planète. Donc je suis heureuse, fière et privilégiée d'en être la skippeuse."
Par une lumineuse matinée d'octobre, Alexia Barrier sort dans la rade de Brest son immense trimaran rouge, 23 mètres de large, surmonté d'un mât qui culmine à 34 mètres au-dessus de la mer.
Elle hisse la grand-voile au rythme de "Meet Me Halfway" des Black Eyed Peas, répétant les manœuvres qu'elle devra bientôt effectuer seule. Même dans une brise légère, le bateau accélère rapidement jusqu'à 23 nœuds.
"Les voiles sont énormes. C'est vraiment puissant. Une voile pèse plus de 100 kilos. J'en pèse 55", relève-t-elle.
"Ça va tellement vite que si vous faites une erreur, ça peut très mal finir, parce que vous pouvez abîmer le bateau et vous blesser. Je suis super heureuse, mais je n'ai jamais été aussi concentrée."
Le trimaran a déjà vogué sur l'eau à près de 46 nœuds, son record. Ce jour-là, ce n'était pas la Niçoise qui tenait la barre.
"C'était un sans-cerveau", rigole-t-elle.
"UNE ÉVIDENCE"
Il y a neuf mois, Alexia Barrier a établi avec sept équipières le premier temps de référence d'un équipage 100% féminin sur le Trophée Jules-Verne, un tour du monde sans escale et sans assistance en multicoque.
Dans quelques semaines, elle devra troquer cette camaraderie pour la solitude si particulière de la course au large en solitaire.
"En rentrant du Trophée Jules-Verne, c'était une évidence", dit-elle à propos de sa décision de s'aligner sur la Route du Rhum.
"J'ai l'impression que c'était une autre vie. Quand je navigue en solitaire, mes équipières me manquent. Parfois, je me surprends à chercher l'une d'entre elles à son poste habituel et elle n'est pas là."
La Française peaufine encore la playlist qui l'accompagnera pendant environ une semaine en mer. La musique sera l'une de ses rares compagnes à bord, tandis que son labrador restera à la maison.
Mais il y aura peu de place pour la distraction à bord d'une machine aussi puissante, rapide et exigeante physiquement.
Alexia Barrier sait aussi que ce voyage dépasse largement le simple enjeu du résultat sportif.
Elle a pris l'habitude d'ouvrir les portes longtemps restées fermées aux femmes après avoir été l'une des 13 navigatrices à boucler le Vendée Globe et, donc, d'avoir dirigé le premier équipage 100% féminin à terminer le Trophée Jules-Verne.
"OUVRIR UNE VOIE"
"Ça fait partie de ma carrière. Je fais de la course au large depuis 20 ans maintenant, c'est ma vie. Pour moi, c'est une nouvelle étape", résume-t-elle.
"D'une certaine façon, c'est cool d'être la première. Je peux ouvrir une voie pour d'autres femmes, ou des petites filles qui se demandent encore : 'Est-ce que j'essaie, est-ce que je me lance ?'"
Afin d'intégrer la classe Ultim, "l'élite de la voile" créée en 2018, Alexia Barrier a dû non seulement engranger de l'expérience mais aussi réunir les financements et l'équipe nécessaires pour porter un tel projet.
Encore aujourd'hui, elle peine à y croire. "J'ai rêvé trop grand", sourit-elle sur le pont du port du Moulin Blanc, à Brest.
Ce rêve est devenu réalité et, à l'approche du départ, Alexia Barrier rêve encore un peu plus grand quand on lui parle de son objectif.
"Dans mes rêves, si la magie opère, accéder au podium serait incroyable", confie-t-elle. "C'est important de se donner le droit de rêver grand."
Personne ne le sait mieux qu'Alexia Barrier.
(Reportage de Vincent Daheron et Stéphane Mahé, édité par Zhifan Liu)