Violences : Macron promet fermeté et "transparence" sur le dispositif sécuritaire, nouvelles tensions à Paris et Lyon
information fournie par AFP 18/10/2026 à 21:35

Emmanuel Macron prononce une allocution télévisée, le 18 octobre 2026 à Paris ( AFP / Ludovic MARIN )

"De la honte et de la colère" : Emmanuel Macron a promis dimanche la fermeté contre les auteurs des violences en marge des manifestations de samedi, mais aussi "la transparence" sur le dispositif de maintien de l'ordre, alors que de nouvelles tensions ont éclaté à Paris et à Lyon.

"Nous ressentons tous ce soir de la colère, de la honte", a déclaré le président de la République dans une allocution d'une dizaine de minutes.

Il a dénoncé "des factieux issus de groupuscules d'ultra-gauche, rejoints par de nombreux délinquants", qui "se sont livrés à une violence débridée dans nos villes". Mais, "jamais nous ne devons confondre" les manifestants aux "revendications légitimes" avec "ceux qui ont détruit, cassé, pillé".

Le chef de l'État a également promis "la transparence" quant à la stratégie controversée de maintien de l'ordre employée samedi. Il demande "au ministre de l'Intérieur" Laurent Nuñez, dont plusieurs dirigeants d'opposition exigent la démission, de "tirer toutes les leçons" des évènements, disant attendre "des réponses claires".

Dans les prochains jours, les préfets, pour "protéger nos villes", pourront "interdire" certains rassemblements, a annoncé le chef de l'État, qui maintient son déplacement de trois jours prévu à partir de lundi dans le Golfe.

"Lamentable allocution" d'un "pouvoir lâche et désorienté", a réagi le président du RN Jordan Bardella. Un discours "absolument irresponsable", sans réponse aux revendications, a taclé l'Insoumis Manuel Bompard.

Le chef de l'Etat "apparaît totalement dépassé", a jugé son ancien ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau (LR), non suivi dans sa demande de décréter l'état d'urgence.

"Condamner sans ambiguïté"

Des manifestants place de la République à Paris, le 18 octobre 2026 ( AFP / Matthieu RONDEL )

Emmanuel Macron a appelé les "partis politiques", mais aussi les "organisations professionnelles et syndicales à condamner sans ambiguïté" les violences et a insisté sur la proximité de l'élection présidentielle, dans six mois exactement.

Ces violences ont donné lieu à 2.397 interpellations, avec 997 policiers et gendarmes blessés dont 7 graves, selon les derniers chiffres du ministère de l'Intérieur.

Aucune annonce concernant ces revendications (lutte contre la vie chère, défense des services publics...) n'a été faite à ce stade par le chef de l'État. Mais le Premier ministre réunira prochainement partis politiques, syndicats, collectivités et parlementaires au cours de plusieurs réunions, a-t-il annoncé.

Épicentre de la mobilisation parisienne et des heurts de samedi, la place de la République a été de nouveau le théâtre d'affrontements dimanche après-midi avec les forces de l'ordre, qui ont fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser la foule.

Des magasins ont également été pillés dans le quartier, où la CRS 8, une unité spécialisée dans la lutte contre les violences urbaines, a été déployée pour le deuxième jour d'affilée.

Samedi, les affrontements et pillages ont déferlé jusque tard dans la nuit dans plusieurs villes, faisant ressurgir le débat brûlant sur les failles du maintien de l'ordre, dénoncées notamment par les maires de Paris, Marseille ou Limoges.

Colère et désolation

Des employés municipaux nettoient une rue jonchée de débris au lendemain d'une manifestation contre la vie chère, le 18 octobre 2026 à Marseille ( AFP / Thibaud MORITZ )

Mairies attaquées, magasins saccagés, rues jonchées de débris... Dans les nombreuses villes touchées par les violences, l'heure était au bilan, à la désolation et parfois à la colère. Quelque 7.000 personnes, dont de nombreux élus, se sont rassemblées dimanche à Limoges, dont la mairie a été dévastée par un incendie.

Dans toute la France, pas moins de 1.500 commerces ont été pris pour cible samedi, selon Alexandre Bompard, président de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), évaluant les dégâts à "plusieurs centaines de millions d'euros".

Le ministre du Commerce Serge Papin réunira lundi matin les fédérations représentant les commerçants et distributeurs, les hôteliers et restaurateurs, ainsi que les banques et assurances.

Habitué des grandes mobilisations, le pays a déjà connu des épisodes de violences avec les gilets jaunes en 2018-2019, les émeutes provoquées par la mort de Nahel en 2023 ou les manifestations contre la réforme des retraites la même année.

Mais la journée de samedi marque, selon certains observateurs, un point de bascule.

"Risque pour la Nation"

La mairie de Limoges en flammes, incendiée en marge d'une manifestation contre la vie chère, le 17 octobre 2026 ( AFP / Pascal LACHENAUD )

Une commission d'enquête parlementaire sur les violences va être mise en place sur la stratégie de maintien de l'ordre, a annoncé la présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet (Renaissance).

En attendant, l'Association des maires de France (AMF) a appelé à des rassemblements lundi devant les mairies pour alarmer d'un "vrai risque pour toute la Nation".

La crise française n'est pas passée inaperçue à l'étranger. "La France brûle", a écrit le président américain Donald Trump, estimant que le pays était "brisé" par l'immigration.