Violences : les partis reçus à Matignon, le renseignement convoqué à l'Elysée information fournie par AFP 22/10/2026 à 02:47
A deux jours d'une nouvelle mobilisation, l'exécutif tente toujours de faire retomber la pression et les critiques après les scènes de chaos du 17 octobre, avec plusieurs nouvelles réunions au programme jeudi, et toujours la "fermeté" comme mot d'ordre.
Sébastien Lecornu doit recevoir en début d'après-midi les partis à Matignon, en présence de Laurent Nuñez (Intérieur), Gérald Darmanin (Justice), des responsables des services de renseignement et des forces de l'ordre.
La réunion intervient après plusieurs jours de tensions lors desquels le chef du gouvernement a sommé les forces politiques de "choisir (...) entre la violence et la République", ciblant La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, accusée d'avoir attisé la colère, ce que le mouvement conteste.
Dans sa lettre aux présidents des partis pour les convier à Matignon, le Premier ministre promet la "transparence" sur "le déroulement" du 17 octobre, y compris les "difficultés rencontrées" afin que "chacun puisse disposer des mêmes éléments d'information".
Emmanuel Macron, rentré d'une tournée dans le Golfe, a de son côté convoqué à l'Elysée "l'ensemble des services de renseignement", accusés d'avoir mal anticipé la mobilisation.
"Convocation"
La stratégie de maintien de l'ordre est toujours très questionnée. Le Défenseur des droits (DDD) a annoncé mardi avoir reçu 46 saisines depuis le début du mouvement lycéen, dont "plus d'une dizaine" concernent des faits datant du week-end.
La missive du Premier ministre n'a en tout cas pas convaincu les oppositions.
Si tous les partis invités devraient être représentés, beaucoup ont dénoncé une "convocation", et certains leaders seront absents. Pour le RN, il n'y aura ni Jordan Bardella ni Marine Le Pen. Le parti d'Edouard Philippe, Horizons, sera représenté par Christophe Béchu, le MoDem par Marc Fesneau et non François Bayrou.
Le candidat social-démocrate à la présidentielle Raphaël Glucksmann sera bien présent, pour "dire" ses "désaccords" et ses "solutions", a fait savoir à l'AFP un de ses proches.
"L'objectif c'est pas qu'il déroule. On n'y va pas pour recevoir une leçon ou prendre un cours", a expliqué Cyrielle Chatelain, présidente du groupe écologiste à l'Assemblée, qui s'y rendra pour son parti avec la candidate Marine Tondelier et la sénatrice Mélanie Vogel.
LFI sera représentée par Manuel Bompard. "Le Premier ministre nous convoque pour parler de tout sauf des raisons de la colère", a-t-il déploré mercredi dans Libération. "Nous allons porter la fin de Parcoursup, les 10 milliards demandés par les syndicats lycéens et étudiants, le blocage des prix des carburants et l'augmentation du smic et des salaires".
Autre rendez-vous attendu, la réception par Sébastien Lecornu des maires de Paris, Lyon et Marseille, particulièrement touchées par les violences, pour tenter de les rassurer avant la mobilisation du 24 octobre.
Alors que 2.000 à 3.000 commerces ont été pillés et dégradés le week-end dernier, des commerçants redoutent la journée de samedi.
"L'inquiétude est maximale", a déclaré à l'AFP Pierre Bosche, président de la Confédération des commerçants de France. Nombre d'entre eux prévoient de garder leurs rideaux fermés : entre le risque "de perdre (sa) boutique" et celui "de perdre une journée d'affaires, la décision est assez rapidement prise".
"La main ne doit pas trembler"
Pour cette nouvelle journée de mobilisation, le gouvernement a promis un important dispositif policier, le recours à des blindés et aux unités d'élite (GIGN, BRI et Raid). Plusieurs interdictions de manifester devraient également être prononcées.
Emmanuel Macron a appelé à "la fermeté" : la "main ne doit pas trembler au sommet de l'Etat", a-t-il déclaré mercredi depuis le Qatar.
Alors que des couvre-feux localisés ont été de nouveau mis en place mercredi soir, les réponses pénales aux pillages du week-end continuent de tomber : un total de 174 personnes ont été incarcérées, a indiqué Gérald Darmanin.
Mais les scènes de bâtiments publics incendiés et de commerces vandalisés ont fait le tour du monde, poussant plusieurs pays comme les États-Unis, la Chine ou l'Allemagne à donner des conseils de prudence à leurs ressortissants séjournant en France.
Et la crise a des conséquences sur les marchés financiers : le taux d'emprunt français à échéance dix ans a terminé mercredi au-dessus des 5 %, une première depuis 2002, signe de la défiance croissante des investisseurs quant à la situation politique et budgétaire du pays.