Violences après la victoire du PSG : ces débordements constituent-ils une exception française ? information fournie par Boursorama avec Media Services 03/06/2026 à 18:06
Un spécialiste de la gestion des foules pointe, pour la France, "des lieux de célébration qui sont aussi des lieux de pouvoir, une forte politisation du désordre et une tendance à traiter la fête spontanée comme un problème policier".
"Il y a une équation très simple: PSG + victoire + célébration collective + forte présence policière = probabilité très élevée d'avoir des incidents". Pour Fabien Jobard, directeur de recherche au CNRS, les violences constatée samedi dernier après le second sacre du PSG en Ligue des Champions -des tirs de mortiers d'artifice, des blessés, des centaines d'interpellations- présentent des spécificités mais ne constituent pas une "exception française".
Ce spécialiste des questions de maintien de l'ordre, souligne que les supporters du PSG sont "très essentiellement des jeunes hommes" de l'agglomération parisienne, en particulier des "cités". "Chez une partie de ces jeunes-là, il y a une tradition d'affrontements avec la police, à tout le moins de provocation des forces de police", poursuit-il, qui "s'inscrit dans une longue histoire de mécontentement et de colère à l'égard des forces de l'ordre".
Lundi, l' AFP a assisté à trois comparutions immédiates d'hommes aux profils et motifs d'interpellation divers, pas tous issus de ces quartiers.
Pas d'exception mais des spécificités
Ludovic Lestrelin, sociologue à l'Université de Caen Normandie, s'interroge sur l'existence "de surenchères réciproques" entre forces de l'ordre et jeunes, avec une "possibilité que la police puisse aussi parfois créer de la tension" . Le chercheur insiste aussi sur la "co-construction médiatique" et le rôle, notamment, des chaînes d'information en continu, dans une forme de "ritualisation" des débordements.
Pour le sociologue Pascal Viot, chercheur associé à l'École polytechnique fédérale de Lausanne, une "majorité de personnes présentes" célébraient "pacifiquement" la victoire du PSG. Mais à côté de "supporters venus faire la fête" se trouvaient aussi des "personnes alcoolisées" et des "individus ou groupes qui profitent du contexte pour chercher l’affrontement, la dégradation ou le pillage" .
Si ce spécialiste de la gestion des foules se méfie de l'idée d'une "exception française au sens strict", il identifie néanmoins quelques spécificités : "Des lieux de célébration qui sont aussi des lieux de pouvoir, une forte politisation du désordre et une tendance à traiter la fête spontanée comme un problème policier plutôt que comme un événement urbain à organiser".
Les débordements festifs ne sont pas une spécificité française, contrairement à "la récurrence des scènes d'affrontements collectifs avec la police", estime Fabien Jobard.
Et ailleurs ?
En Allemagne, lors de grands évènements, le nombre de morts et de blessures graves ne progressent pas, voire recule, selon le dernier rapport de la police criminelle, publié en 2024. Les policiers connaissent globalement moins de blessures qu'avant, grâce à de meilleures stratégies de maintien de l’ordre et à une préparation plus fine des dispositifs.
Cependant, comme en France, événements festifs (Nouvel An, 1er mai, mais aussi fêtes traditionnelles et festivals) peuvent rimer avec violences, agressions et dégradations. Lors de la nuit de la Saint-Sylvestre, "depuis quelques années, on sait, qu'à Berlin, notamment dans le quartier de Neukölln, il va y avoir des jeunes qui vont diriger ces fusées vers les policiers, qui vont chercher l'affrontement" mais "cela n'a pas la même échelle qu'en France", souligne Fabien Jobard.
"En Belgique, Bruxelles a connu des incidents après la victoire du Maroc contre la Belgique lors de la Coupe du monde 2022 : incendies de véhicules, jets de projectiles, dégradations, usage de canons à eau et de gaz lacrymogène ", relève Pascal Viot.
De l'autre côté des Alpes, l'Inter a organisé mi-mai des festivités pour célébrer son doublé Championnat/Coupe d'Italie dans les rues de Milan, où il n'y a eu ni débordements, ni violences. "Naples a connu en 2023 une fête gigantesque après le premier titre du Napoli depuis 33 ans, avec de nombreux blessés et un décès dans le contexte de la soirée", rappelle toutefois Pascal Viot, soulignant que "le risque napolitain relève moins du face-à-face police/public que d'une fête urbaine extrêmement dense, presque carnavalesque". En 2025, nouveau sacre, aucun problème constaté ni ambiance anxiogène en dépit de la réputation sulfureuse de Naples.
En Espagne, les événements sportifs ou les grandes festivités ne dégénèrent pas , en général, en affrontements massifs avec la police même s'il peut y avoir quelques troubles à l'ordre public.
De l'autre côté de la Manche, où les tensions liées au football n'ont plus rien à voir avec les vagues de violence des années 1970-1980, des centaines de milliers de personnes ont fêté à Londres le titre en championnat d'Arsenal dimanche, encadré par quelque 500 policiers. En début de soirée, la police a indiqué avoir interpellé... neuf personnes.
Mi-mai, à Glasgow, des supporters ont envahi le terrain après le titre de champion d'Écosse conservé par le Celtic et des échauffourées ont eu lieu avec la police. En tout, 14 personnes ont été interpellées.