Viol par soumission chimique: 15 ans de prison ferme pour un homme en lien avec Dominique Pelicot
information fournie par AFP 12/06/2026 à 22:09

"Machiavélique", "prédateur sexuel": un homme, qui échangeait avec Dominique Pelicot pour bénéficier de son "expérience", a été condamné vendredi à Lyon à 15 ans ferme de réclusion criminelle pour avoir drogué et violé sa compagne puis filmé ses actes.

L'avocat général avait requis 12 ans ferme.

La cour criminelle du Rhône "souhaite marquer la gravité des faits, qui ont commis un préjudice très important" à la victime, a déclaré sa présidente, Dominique Thevenet, les "traits de perversité" de l'accusé l'ayant fortement "inquiétée".

L'homme de 39 ans a été déclaré coupable de l'entièreté des faits qui lui étaient reprochés, une décision motivée par "la répétition", la "durée", et la "violence verbale" dont il a fait preuve envers elle, dans les vidéos qu'il a filmées à son insu.

Outre un suivi socio-judiciaire et une injonction de soin, l'ex-garde du corps s'est vu retirer l'entièreté de l'autorité parentale sur le fils qu'il a eu avec sa compagne.

L'accusé, musculature saillante dans une chemise blanche, n'a esquissé aucune réaction. Sur le banc de la partie civile, la victime pleure dans les bras de son père, avant de sourire quelques minutes plus tard.

"C'est définitivement une page qui se tourne pour une femme qui a pleuré pour la première fois", a confié à l'AFP son avocate, Me Julia Studient, évoquant une peine "à la hauteur du dossier".

Cette peine est "nécessaire pour cette atteinte physique et psychique à celle qui partageait sa vie, +chosifiée+ en simple accessoire sexuel, livrée aux fantasmes pervers", d'un "pervers sexuel" au "comportement machiavélique", avait lancé plus tôt l'avocat général, Michel Guedes.

Neuf versions

La cour a également souhaité souligner le "courage" et la "dignité" de cette commerçante de 40 ans, à laquelle elle souhaite de pouvoir "revivre des moments heureux, dans la suite de (son) existence", peut-être "avec un homme".

L'avocate de la partie civile, Julia Studient, le 11 juin 2026 dans la salle d'audience du tribunal à Lyon avant l'ouverture du procès d'un homme accusé d'avoir drogué sa femme et de l'avoir violée alors qu'elle était inconsciente ( AFP / Jeff PACHOUD )

La plaignante a été "déshumanisée, traitée comme un objet", comme un "jouet", a fustigé de son côté devant la cour criminelle du Rhône son avocate, Me Julia Studient.

Au cœur de l'affaire, des vidéos, insoutenables, projetées à l'audience, où l'accusé, propos dégradants à l'appui, viole et agresse sexuellement sa compagne et mère de son fils, inerte.

L'accusé "mérite une nouvelle chance, tout le monde le mérite", avait pour sa part plaidé son avocat, Me Gabriel Versini-Bullara. Et de solliciter une peine "en deçà des 12 ans" requis.

En début d’après-midi, l’accusé avait avoué avoir "à deux reprises, administré des cachets à sa compagne", un revirement par rapport à la veille où il avait fermement nié l’avoir "jamais droguée".

Car "aujourd’hui, je dis la vérité", répond-il à Me Studient, qui lui demande "comment" le "croire" alors qu'il a livré neuf versions différentes depuis le début de l’affaire.

"Gourou"

Les faits s'étendent de 2015 au 13 juin 2023, jour de l'interpellation de l'accusé au domicile conjugal. Dans son téléphone sont notamment retrouvées des conversations en ligne au cours desquelles il partageait des images volées de sa compagne, et mère de son fils, dénudée. Une diffusion qui prive la victime de "son droit à l'oubli", a regretté Me Studient.

Mais l'enquête qui le vise remonte à l'arrestation, en septembre 2020, de Dominique Pelicot, condamné en 2024 à 20 ans de prison pour avoir violé et livré sa femme Gisèle à des dizaines d'inconnus.

L'avocat de la défense Gabriel Versini, à gauche, avant l'ouverture du procès de son client au tribunal de Lyon le 11 juin 2026 ( AFP / Jeff PACHOUD )

Dans une conversation en ligne retrouvée après son interpellation, Dominique Pelicot offre ses conseils à l'accusé, se plaçant, comme le dit l'avocat général, "en gourou averti à ce nouvel adepte".

"Je vous suis à la lettre", lui avait répondu son interlocuteur, qui est allé jusqu'à proposer à Dominique Pelicot de venir à Lyon, afin de passer lui-même à l'acte. Mais celui-ci n'a jamais fait le voyage, comme le démontrera l'enquête, et comme l'assure avec force l'accusé, preuve supplémentaire selon lui que ses déviances sexuelles ne sont que "virtuelles".

"Je ne me reconnais pas dans ce que j'ai fait", a aussi répété l'accusé, d'une voix chevrotante. "Je vous demande pardon, à Véro (prénom d'emprunt), à mes enfants, à sa famille. J'avais tout, j'ai tout détruit."