Vers des sanctions de l'UE contre la Russie après une attaque avortée en Allemagne information fournie par Reuters 02/09/2026 à 19:03
par Andreas Rinke et Andrew Gray
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a exprimé mercredi son intention d'accentuer la pression sur la Russie, notamment via des sanctions supplémentaires, dénonçant la "témérité" croissante de Moscou illustrée selon elle par la tentative d'attaque en août contre l'aéroport de Leipzig/Halle.
Citant les conclusions de ses services de renseignement, l'Allemagne a dit mardi blâmer la Russie pour l'attaque avortée à Leipzig, le 4 août au soir. Des employés de l'aéroport avaient découvert, dans une zone à accès restreint, un drone chargé d'explosif à côté d'un avion-cargo de la compagnie ukrainienne Antonov Airlines qui transportait des munitions.
Berlin a déclaré que l'incident s'inscrit dans le cadre de la guerre hybride livrée par Moscou pour intimider et semer la division dans les pays soutenant Kyiv depuis le début de l'invasion russe de l'Ukraine en février 2022. Le gouvernement allemand a annoncé plusieurs mesures contre la Russie en réponse à cette tentative d'attaque.
L'aéroport de Leipzig/Halle est un important site logistique de l'Otan qui sert également de base à plusieurs grands appareils d'Antonov Airlines.
Moscou nie toute implication dans l'incident de Leipzig et a fait savoir qu'il répondrait à ce que la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères a décrit comme une "mesure anti-russe".
Le plus haut diplomate allemand à Moscou a été convoqué au siège du ministère russe des Affaires étrangères, qui a reproché à Berlin de "se livrer à une provocation flagrante destinée à une escalade des tensions dans les relations russo-allemandes". Une "réponse ferme" sera apportée aux actions du gouvernement allemand, a ajouté le ministère dans un communiqué.
S'exprimant à la suite d'une réunion avec le secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte, mercredi à Bruxelles, Ursula von der Leyen a déclaré que l'UE et l'alliance n'allaient "pas simplement maintenir (leur) pression sur la Russie". "Nous allons l'accentuer", a-t-elle poursuivi, "et nous n'arrêterons pas tant que la Russie n'arrêtera pas de bombarder et tuer des enfants, des hommes et des femmes innocents en Ukraine".
Les Européens doivent "intervenir" et être "prêts à répondre plus vite et mieux à la témérité de la Russie", a dit également la présidente de l'exécutif européen.
On ne connaît pas dans l'immédiat l'ampleur des sanctions supplémentaires envisagées par l'UE.
"INGÉRENCE"
En déplacement en Irlande pour une réunion informelle des ministres des Affaires étrangères de l'UE, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a déclaré que de "nombreux ministres" ont exprimé la nécessité d'imposer une interdiction de visa contre les anciens combattants russes et de prendre des mesures plus strictes à l'égard des touristes russes.
Plusieurs ministres ont évoqué également l'utilisation des avoirs russes gelés dans le bloc communautaire, a-t-elle ajouté, indiquant que les discussions sur cette question allaient se poursuivre.
Dans un communiqué, le ministère français des Affaires étrangères a déclaré que Paris souscrirait pleinement à toute sanction prise contre la Russie "pour couper son effort de guerre et faire cesser ses actions hostiles". La France enjoint aux pays membres de l'UE de "rester unis et déterminés", a ajouté le Quai d'Orsay.
Emmanuel Macron a de nouveau affirmé mercredi, lors d'une visite aux Pays-Bas, son "soutien" et sa "solidarité" à l'Allemagne. "Il est très clair qu'une fois encore, c'est une ingérence", a dit à la presse le président français, reprenant lui aussi les termes de "guerre hybride" que Moscou mènerait contre l'UE.
Le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot, a convoqué le chargé d'affaires russe à Paris. D'autres diplomates russes en poste dans l'UE ont également été convoqués.
L’Allemagne a annoncé mardi qu’elle fermerait le consulat général russe à Bonn et mettrait fin au contrat de la Maison culturelle russe dans la capitale Berlin.
Mark Rutte a reproché mercredi à la Russie d'avoir intensifié ses activités malveillantes, dont l'attaque à Leipzig, notant également qu'un nombre accru de drones et de missiles ont pénétré l'espace aérien de l'Otan en son flanc oriental. "Si la Russie pense que nous allons nous diviser face à cette menace, ou si elle pense que cela va nous dissuader de soutenir l'Ukraine, elle se trompe", a-t-il dit.
En parallèle aux discussions au sein de l'UE à propos de la réponse à apporter à l'attaque avortée de Leipzig, l'Allemagne a de nouveau été confrontée à un cas présumé de sabotage - le deuxième en l'espace de vingt-quatre heures. Une sous-station électrique en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, dans l'ouest du pays, a été visée par un acte de vandalisme ayant limité ses capacités. Le ministère local de l'Intérieur n'a pas exclu l'hypothèse de l'implication d'une puissance étrangère.
(Andrew Gray à Bruxelles et Andreas Rinke à Berlin, avec la contribution de Bart Meijer, Padraic Halpin, Conor Humphries, John Irish, Dominique Vidalon, Charlotte Van Campenhout, Lili Bayer, Christoph Steitz, Matthias Inverardi et Miranda Murray; version française Rihab Latrache et Jean Terzian, édité par Sophie Louet)