Venezuela: report de l'adoption de la loi d'amnistie générale
information fournie par AFP 12/02/2026 à 22:38

Les membres de l'Assemblée nationale du Venezuela votent en faveur du projet de loi d'amnistie proposé par la présidente par intérim, Delcy Rodríguez, le 5 février 2026 à Caracas ( AFP / Pedro MATTEY )

L'Assemblée nationale vénézuélienne a reporté, faute de consensus, l'adoption de la loi d'amnistie générale devant conduire à des libérations massives de prisonniers politiques et promise, sous pression de Washington, par la présidente par intérim Delcy Rodriguez.

Cette décision était attendue par de nombreuses familles de prisonniers. Des milliers de personnes ont participé dans la matinée à la première grande manifestation d'opposition depuis la chute de Nicolas Maduro, capturé par l'armée américaine le 3 janvier, à l'Université centrale du Venezuela (UCV) de Caracas, la plus grande du pays et le lieu d'une critique du chavisme, la doctrine d'inspiration socialiste fondée par le feu président Hugo Chavez (1999-2013).

"Afin de préserver le climat de conciliation et de consensus nécessaire, nous avons convenu de reporter la discussion (...) pour éviter de tomber dans des débats inutiles et pour pouvoir approuver la loi lors de la prochaine séance de l’Assemblée nationale", a déclaré Jorge Arreaza, président de la commission en charge de la rédaction de la loi, après un vote à l'unanimité du report.

La loi avait été approuvée en première lecture le 5 février et devait être votée jeudi.

Les discussions à l'Assemblée nationale ont achoppé sur l'article 7 de la loi qui prévoit, en l'état, que les personnes amnistiées doivent "se mettre en règle".

"Cet article (dit) tout simplement que la personne qui va se prévaloir de la loi d'amnistie, en se mettant en règle, est coupable", s'est notamment insurgé le député Luis Florido, ajoutant que les détenus politiques étaient des "victimes (...) persécutées par la justice".

"On ne peut pas amnistier quelqu'un qui ignore ou qui n'a commis aucun crime. Celui qui n'a commis aucun crime n'a pas à demander l'amnistie", a quant à elle affirmé Iris Varela, ancienne ministre et réputée appartenir à l'aile radicale du chavisme.

"Nous ne votons pas seulement une loi, nous votons une opportunité historique pour le pays", avait affirmé la députée d'opposition Nora Bracho avant le blocage. "Le Venezuela a besoin de stabilité pour qu'il y ait une transition démocratique. Nous voulons une paix avec mémoire. La réponse ne peut pas être simplement de tourner la page".

- "On n'a pas peur" -

Le procureur général Tarek William Saab, qui avait participé à la consultation sur la loi, a estimé mercredi dans un entretien à l'AFP qu'il fallait "que tout soit débattu par le dialogue".

L'amnistie, a-t-il estimé, doit conduire à un geste des Etats-Unis : la libération du président déchu Maduro et son épouse, détenus à New York.

Le procureur général Tarek William Saab lors d'une réunion de la Commission d'amnistie à l'Assemblée nationale, le 7 février 2026 à Caracas, au Venezuela ( AFP / Pedro MATTEY )

"On n'a pas peur !", scandaient dans la matinée des milliers de personnes, ont constaté des journalistes de l'AFP. "Amnistie maintenant" pouvait‑on lire sur une banderole déployée à l'entrée de l'UCV.

"LE VENEZUELA SERA LIBRE ! Vive nos étudiants !", s'est réjouie la cheffe de l'opposition et prix Nobel de la paix, Maria Corina Machado, sur le réseau X.

"Nous avons passé beaucoup de temps dans la clandestinité, muets, silencieux face à tout ce que le Venezuela a vécu avec la répression (...) mais aujourd'hui nous nous levons, nous nous unissons et nous nous rassemblons tous pour exiger chacune des revendications nécessaires pour ce pays", a dit à l'AFP Dannalice Anza, étudiante en géographie de 26 ans, à la manifestation de jeudi.

Le pouvoir a de son côté aussi organisé une manifestation qui a attiré des milliers de participants en cette journée de la Jeunesse.

Le débat sur la loi d'amnistie coïncidait avec la venue pour deux jours au Venezuela du ministre américain du pétrole Chris Wright, qui a visite des champs de pétrole jeudi en compagnie de la présidente par intérim. Mercredi, il avait évoqué un "tournant" dans les relation bilatérales, soulignant que "la mise en quarantaine du pétrole (vénézuélien) est pour l'essentiel terminée".

"Nous venons de terminer un programme très intense" avec M. Wright, "je dois avouer que j'ai ressenti une grande fierté (...) de pouvoir montrer la vérité du Venezuela, un Venezuela qui, malgré le blocus criminel contre notre pays, ne s'est pas rendu", a déclaré Mme Rodriguez jeudi à la télévision publique.

"Nous travaillons activement à créer les conditions qui impulsent la transformation économique du pays au bénéfice des Vénézuéliens et des Américains", a quant à elle écrit sur X la cheffe de mission diplomatique américaine au Venezuela, Laura F. Dogu.