USA/MIDTERMS-Trump renouvelle son soutien à un Hegseth fragilisé information fournie par Reuters 05/11/2026 à 12:03
par Phil Stewart et Steve Holland
Le président américain Donald Trump a apporté mercredi son soutien à son secrétaire à la Défense Pete Hegseth, au lendemain de la prise de contrôle par les démocrates des deux chambres du Congrès lors des élections de mi-mandat, un scrutin qui a notamment reflété la colère des électeurs face à la guerre contre l'Iran.
Interrogé sur l'hypothèse d'un remplacement de Pete Hegseth, qu'il a décrit comme un "as de la guerre", Donald Trump a déclaré à des journalistes : "Non, je pense qu'il fait du très bon travail."
Cette réaction contraste avec celle du président George Bush, qui avait limogé le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld au lendemain des élections de mi-mandat de 2006, lorsque le mécontentement des électeurs à l'égard de la guerre en Irak avait aidé les démocrates à reprendre le contrôle du Congrès.
Selon plusieurs sources, Donald Trump pourrait pourtant se séparer de Pete Hegseth, victime expiatoire de la déroute républicaine.
Un conseiller de Donald Trump a concédé que Pete Hegseth "pourrait être sur la sellette" et servir de fusible à une présidence fragilisée.
"Quelqu'un va être tenu pour responsable et vous savez que ce ne sera pas lui (Trump)", a déclaré ce conseiller sous le sceau de l'anonymat.
Donald Trump a toujours présenté Pete Hegseth comme l'un des principaux partisans de ce conflit impopulaire, déclarant le 23 mars : "Pete, je pense que vous avez été le premier à prendre la parole, et vous avez dit : 'Faisons-le, parce qu'on ne peut pas les laisser avoir une arme nucléaire'."
Mercredi, le vice-président JD Vance a publiquement mis en doute l'utilité de la guerre contre l'Iran et a estimé qu'elle avait coûté aux républicains le contrôle du Congrès.
Pour le vice-président qui s'efforce de se démarquer de l'entourage de Donald Trump avec le scrutin présidentiel de 2028 en ligne de mire, un départ de Pete Hegseth serait un soulagement.
Invitée à réagir, la Maison blanche a renvoyé Reuters aux déclarations publiques de Donald Trump concernant Pete Hegseth.
Le département de la Défense a déclaré que Pete Hegseth était "engagé à 100%" à la tête du Pentagone jusqu'à la fin du mandat de Donald Trump, qui s'achève le 20 janvier 2029.
MENACE DE DESTITUTION
Personnalité clivante qui s'est attiré des ennemis jusque dans son propre camp, Pete Hegseth est visé depuis le mois de septembre par une procédure en destitution lancée par l'élu républicain Thomas Massie qui l'accuse d'avoir abusé de ses fonctions en lançant des hostilités contre l'Iran sans l'approbation du Congrès.
Mardi soir, alors que le parti de Donald Trump tentait encore de prendre la mesure de sa déconvenue, le sénateur républicain Thom Tillis prévenait que Pete Hegseth se retrouverait sous peu au centre d'un "règlement de compte" et rappelait que ses relations avec les parlementaires avaient amoindri les efforts de l'administration Trump pour faire adopter au Congrès un paquet de dépenses de défense de 1.500 milliards de dollars.
"Je pense qu'après l'élection, nous devrons déterminer s'il est ou non la meilleure personne pour présenter ces besoins au Congrès s'il veut obtenir quelque chose avant la fin de cette législature, qui ne dispose plus devant elle que de 60 jours", a déclaré Thom Tillis alors que les résultats des élections de mi-mandat tombaient.
Les démocrates ont promis d'enquêter sur Pete Hegseth et sa gestion du Pentagone et, selon des collaborateurs, ces investigations pourraient porter sur un vaste éventail de sujets, de la conduite de la guerre contre l'Iran aux purges de hauts responsables militaires.
Il pourrait également faire l'objet d'une enquête concernant sa politique à l'égard de l'Ukraine et les frappes américaines contre des embarcations soupçonnées de trafic de drogue dans les eaux d'Amérique latine, que certains démocrates estiment susceptibles de constituer des crimes de guerre.
Une source au fait du dossier a déclaré que l'animosité au Capitole à l'égard de Pete Hegseth figurait parmi les éléments évoqués à la Maison blanche dans le cadre des discussions sur d'éventuels remplaçants, expliquant qu'il serait nécessaire de disposer d'une personne capable de prendre ses distances avec les événements susceptibles d'être examinés par les démocrates.
Le porte-parole en chef du Pentagone, Sean Parnell, a assuré que Pete Hegseth continuerait de mettre en oeuvre le programme de Donald Trump et que le Pentagone "a respecté la loi".
"Le secrétaire Hegseth ne reculera pas et ne sera pas dissuadé par des responsables politiques cherchant à marquer des points partisans ou à lancer de fausses enquêtes alors qu'aucune faute n'a été commise", a déclaré Sean Parnell.
UN STRAPONTIN DANS LE TENNESSEE
L'une des portes de sortie évoquées pour Pete Hegseth serait de pourvoir le siège de sénatrice qui sera laissé vacant par Marsha Blackburn, élue mardi gouverneure du Tennessee et qui prendra ses fonctions en janvier.
Il lui reste quatre ans de mandat au Sénat et Pete Hegseth, résident du Tennessee qui y a voté mardi, pourrait être nommé à ce poste sans avoir à se présenter à une élection.
Interrogé sur l'éventualité de voir Pete Hegseth occuper le siège de Marsha Blackburn, Donald Trump a répondu : "Eh bien, je pense, je pense qu'il fait du très bon travail, et je pense en fait qu'il serait très populaire s'il faisait cela."
"Mais je n'ai rien entendu de tel", a déclaré Donald Trump à des journalistes.
(Phil Stewart et Steve Holland; avec la contribution de Gram Slattery, version française Nicolas Delame)