USA/MIDTERMS-Trump face au verdict des urnes, le contrôle du Congrès en jeu
information fournie par Reuters 03/11/2026 à 17:40

* Les démocrates donnés favoris à la Chambre des représentants

* L'issue est plus incertaine au Sénat

* Le parti présidentiel perd généralement les élections de mi-mandat

(Actualisé avec déclarations de Trump)

par Joseph Ax

Les électeurs américains se rendaient aux urnes mardi pour des élections de mi-mandat ayant valeur de référendum pour Donald Trump et qui pourraient, en cas de vague démocrate au Congrès, limiter considérablement les marges de manoeuvre du président lors des deux dernières années de son mandat à la Maison blanche.

Selon les sondages et des analystes indépendants, les démocrates sont favoris pour arracher la Chambre des représentants aux républicains, dont les 435 sièges sont renouvelés.

La bataille pour le contrôle du Sénat, avec 35 des 100 sièges de la chambre haute à pourvoir, s'annonce toutefois plus incertaine et se jouera dans une dizaine de scrutins très disputés à l'échelle des États, pour la plupart dans des bastions républicains.

L'Histoire joue en défaveur des républicains : depuis la Seconde Guerre mondiale, le parti du président en exercice a perdu des sièges au Congrès à chacune des élections de mi-mandat, à l'exception de deux d'entre elles.

La cote de popularité de Donald Trump est par ailleurs proche de ses plus bas niveaux historiques, plombée par un profond mécontentement des électeurs dû à la guerre contre l'Iran et à la hausse des prix des carburants qui en résulte.

Les "midterms" de cette année ont largement valeur de référendum pour Donald Trump, qui a lui-même répété à plusieurs reprises à ses partisans de "faire comme (s'il était) sur le bulletin de vote", un message que les dirigeants démocrates se sont empressés de reprendre à leur compte.

Lors d'un entretien accordée mardi matin à Fox News, le président s'est félicité de ce qu'il a présenté comme ses succès au Venezuela et en Iran, se montrant optimiste quant à l'issue des élections pour les candidats républicains.

"Je pense que les résultats seront meilleurs que vous ne le pensez", a-t-il déclaré, ajoutant qu'il suivrait l'annonce des résultats mardi soir depuis la Maison blanche, où il organise une soirée électorale.

TRUMP ANNONCE LA FIN DE $4 MDS D'AIDES À ISRAËL

Dans des propos semblant viser les électeurs traditionnellement favorables aux démocrates et mécontents du soutien américain à Israël, Donald Trump a également déclaré que Washington cesserait de financer l'Etat hébreu à hauteur de quatre milliards de dollars après la fin de 2026.

Le président a tenté de mobiliser sa base en organisant plus d'une vingtaine de meetings de campagne depuis début octobre, dont la grande majorité dans des États qu'il avait facilement remportés en 2024, ce qui souligne la posture défensive des républicains.

Sous son impulsion, les candidats de son parti ont dépeint leurs rivaux démocrates comme des radicaux, des anti-Américains, voire des communistes.

"Le Parti démocrate a désigné la liste de candidats la plus extrémiste et la plus dangereuse de l'Histoire des États-Unis", a déclaré lundi Donald Trump lors d'un discours à Washington.

Les sondages montrent toutefois que le pouvoir d'achat demeure la principale préoccupation des électeurs et que ceux-ci

désapprouvent la manière dont Donald Trump traite ce sujet, tandis que sa politique de droits de douane et sa décision d'attaquer l'Iran en février ont augmenté les coûts au niveau national.

De plus, les candidats républicains peinent à prendre leurs distances avec un président qui exige une loyauté sans faille et reconnaît rarement ses erreurs.

Lors des élections de mardi, les démocrates doivent remporter au moins trois sièges à la Chambre des représentants et quatre au Sénat pour obtenir le contrôle du Congrès.

Une majorité démocrate dans l'une des deux chambres ouvrirait la voie à des enquêtes sur ce que les membres du parti qualifient d'enrichissement personnel au sein de l'administration Trump et exiger des concessions dans l'adoption de textes législatifs.

TURBULENCES DÉMOCRATES DANS LE MICHIGAN

Un Sénat à majorité démocrate aurait également le pouvoir de bloquer les nominations de Donald Trump, y compris à la Cour suprême des États-Unis si des postes venaient à s'y libérer.

Les démocrates, bien qu'ils aient mis les républicains sur la défensive dans une grande partie de leurs bastions, disposent toutefois d'une faible marge.

Ils doivent ainsi défendre l'ensemble de leurs sièges actuels, y compris dans un scrutin serré dans le Michigan, tout en remportant au moins deux des États ayant donné à Donald Trump une avance à deux chiffres il y a deux ans, à savoir l'Alaska, l'Iowa, le Kansas, le Nebraska, l'Ohio, la Caroline du Sud et le Texas.

Selon les sondages, les démocrates sont soit légèrement en tête, soit en mesure de l'emporter dans chacun de ces États.

La course au Sénat dans le Michigan, qui oppose le démocrate progressiste Abdul El-Sayed, 42 ans, à l'ancien représentant républicain Mike Rogers, 63 ans, a connu un nouveau rebondissement dimanche lorsque la démocrate Haley Stevens, qui s'était inclinée de justesse face au premier lors de la primaire de son parti, a apporté son soutien au second lors d'un revirement surprise.

Au-delà de ses implications pour le contrôle du Sénat, l'élection dans le Michigan permettra de mesurer l'efficacité des attaques de nature identitaire des républicains dans un État clé, dans la mesure où Abdul El-Sayed deviendrait le premier sénateur musulman du pays.

Une victoire de celui-ci, alors qu'il critique Israël et soutient des politiques progressistes telles que la couverture médicale universelle, serait également perçue comme un succès pour l'aile gauche du Parti démocrate en vue de l'élection présidentielle de 2028.

UNE AFFAIRE D'HOMONYMES EN ALASKA

La course au Sénat en Alaska a elle aussi été marquée par des turbulences après que le New York Times a révélé que l'équipe de campagne de la candidate démocrate Mary Peltola, 53 ans, avait contribué à mettre en piste un troisième candidat portant le même prénom et le même nom de famille que son adversaire républicain, Dan Sullivan, 61 ans.

Mary Peltola a nié toute implication dans cette affaire, mais le ministère de la Justice a ouvert une enquête pénale sur ces allégations et a déposé un recours pour empêcher la certification des résultats de l'élection, une démarche toutefois rejetée par un juge.

Dans le Texas, le candidat démocrate au Sénat James Talarico, 37 ans, suscite à nouveau l'espoir de son parti de remporter le plus grand État républicain après des décennies de désillusions. Son adversaire, le procureur général Ken Paxton, 63 ans, éclaboussé par plusieurs scandales, a bénéficié d'un soutien financier à neuf chiffres de la part d'Elon Musk, qui a globalement dépensé des centaines de millions de dollars pour soutenir les républicains.

(Reportage Joseph Ax et Humeyra Pamuk, version française Benjamin Mallet)