USA/MIDTERMS-SYNTHESE-Démocrates et républicains montent au front dans la perspective de la cohabitation information fournie par Reuters 04/11/2026 à 20:11
(Actualisée tout du long)
par Jason Lange, Brad Heath et David Morgan
Démocrates et républicains aiguisaient leurs lames mercredi après des élections de mi-mandat au Congrès des Etats-Unis ayant permis aux premiers de réaliser un raz-de-marée, avec la volonté désormais de restreindre la marge de manoeuvre de Donald Trump, qui se montre disposé à faire usage de toutes les prérogatives de l'exécutif pour ses deux dernières années à la Maison blanche.
Nourrie par la colère des électeurs à propos des politiques de Donald Trump, blâmé pour la hausse du coût de la vie en raison des droits de douane et plus particulièrement de la guerre déclenchée contre l'Iran en février dernier, une vague bleue s'est propagée à travers les Etats-Unis, permettant aux démocrates de remporter lors de ces "midterms" la majorité au Sénat et à la Chambre des représentants, contrôlées depuis deux ans par les soutiens républicains du président.
A la chambre haute du Congrès, dont 35 sièges sur 100 étaient en jeu, le Parti démocrate s'oriente vers une majorité provisoire de 54 voix contre 44, montrent les projections, avec des victoires dans des Etats considérés comme des bastions du Parti républicain. A la chambre basse, complètement renouvelée, les démocrates ont repris au moins 25 sièges aux républicains.
Pour la première fois depuis qu'il est à la Maison blanche, Donald Trump va devoir composer à compter du 3 janvier prochain avec un Congrès entièrement contrôlé par les démocrates. Au cours de son premier mandat présidentiel, il avait joui dans un premier temps d'une majorité républicaine dans les deux chambres, avant que les démocrates ne reprennent la Chambre des représentants lors des élections de mi-mandat en 2018.
"Le peuple américain a compris l'effet néfaste de la corruption sur les politiques mises en place au cours des deux dernières années", a déclaré mercredi à MS NOW le chef de la minorité démocrate sortante à la Chambre des représentants, Hakeem Jeffries, promettant de faire en sorte que les "coupables rendent des comptes".
L'élu new-yorkais, pressenti pour devenir le premier afro-américain à occuper le poste de 'speaker' de la Chambre, a dit que les démocrates allaient "travailler dur" pour rendre le coût de la vie plus abordable et pour exhorter Donald Trump à mettre fin à son impopulaire guerre contre l'Iran avant janvier.
"VETO"
Fidèle à ses habitudes, le locataire républicain de la Maison blanche a utilisé les réseaux sociaux pour faire passer ses messages: il a publié une image montrant une casquette rouge, traditionnellement estampillée du slogan "MAGA" ("Make America Great Again"), portant cette fois la mention "VETO", un rappel de l'une de ses prérogatives présidentielles à même de lui permettre de bloquer des projets de loi démocrates.
L'expérimenté sénateur républicain John Thune, du Dakota du Sud, a laissé entendre que son groupe parlementaire n'était pas disposé pour l'heure à envisager un futur sans Donald Trump.
"Les républicains du Sénat ne vont pas rester les bras croisés pendant que l'extrême gauche, l'aile socialiste du Parti démocrate, tentera de défaire tout ce que nous avons réalisé", a dit dans un communiqué celui qui n'est généralement pas perçu comme un agitateur. "Heureusement, nous avons toujours le président Trump à la Maison blanche, et nous travaillerons avec lui pour arrêter les pires pulsions de l'extrémisme démocrate."
Donald Trump avait présenté ces élections comme un référendum sur la première moitié de son second mandat présidentiel, exhortant régulièrement ses partisans, lors de multiples rassemblements de campagne en octobre, à "prétendre qu'(il est) sur les bulletins de vote" - un message que les chefs de file des démocrates ont amplifié à leur profit.
Conséquence: des bastions conservateurs ayant permis au président républicain de revenir au pouvoir il y a deux ans ont basculé avec fracas du côté démocrate, dans une forme de sanction des politiques trumpistes jugées responsables de la hausse du coût de la vie, qui constitue la principale préoccupation des électeurs. Nombre d'Américains ont dit également s'inquiéter de la direction prise par le pays, selon un sondage de sortie des urnes réalisé par SSRS pour un consortium de médias américains.
BASCULES HISTORIQUES
Au Texas, jusqu'alors le plus grand Etat américain contrôlé par les républicains, les démocrates ont mis fin à une longue série de défaites en y remportant un siège de sénateur pour la première fois depuis 1998. Le gouverneur local, le républicain Greg Abbott, arrivé en poste en 2014 et réélu ensuite à deux reprises, a également été battu.
Pour la première fois depuis la Grande Dépression il y a près d'un siècle, le Kansas a élu un démocrate pour le représenter au Sénat. Et en Caroline du Sud, qui avait massivement voté Trump lors de la présidentielle de 2024, la candidate désignée par le président républicain s'est inclinée, abandonnant aux démocrates un siège détenu de longue date.
Il n'est pas à exclure que le Parti démocrate porte sa majorité au Sénat à 56 sièges contre 44, en fonction des résultats en Alaska et au Mississippi, deux Etats où aucun vainqueur ne se dessinait clairement mercredi matin.
Les démocrates entendent profiter de leur contrôle du Congrès pour lancer des enquêtes sur l'administration, la famille et des alliés de Donald Trump, ainsi que pour contraindre les républicains à des concessions sur les principaux textes de loi. En contrôlant le Sénat, ils auront également la capacité de bloquer des nominations voulues par le président républicain, notamment à la Cour suprême des Etats-Unis si un siège venait à y devenir vacant.
Toutefois, les républicains vont conserver les rênes du Congrès pendant près de deux mois et pourront utiliser un projet de loi destiné à financer le gouvernement fédéral au-delà de décembre pour mettre en oeuvre des priorités conservatrices en vue de la période de cohabitation.
Donald Trump, qui contrôle le Parti républicain avec une main de fer depuis près de dix ans, a félicité les démocrates pour avoir fait "du bon travail", des commentaires dans les médias plutôt inhabituels de la part du locataire de la Maison blanche, qui ne peut briguer de troisième mandat. Il a surtout répété que la guerre en Iran a pesé en défaveur des républicains, estimant que les électeurs n'ont "pas compris" l'importance de cette guerre et assurant ne pas regretter sa décision.
POUVOIR D'ACHAT
Les démocrates ont concentré leurs attaques sur la corruption imputée à l'administration Trump et au problème du pouvoir d'achat, de l'"affordability" érigée en slogan, alors que la famille Trump s'est enrichie de plusieurs milliards de dollars depuis janvier 2025.
De leur côté, les républicains ont reproché aux démocrates de défendre les droits des personnes transgenres et d'autres causes sociales, tentant ainsi de décentrer les débats, tout en décrivant leurs rivaux comme des radicaux et des extrémistes.
Mais les électeurs américains ont clairement envoyé le message qu'ils étaient préoccupés surtout par l'économie.
Cela s'est constaté au détriment des républicains, qui ont cédé du terrain dans la quasi-totalité des quelque 2.100 comtés électoraux où les suffrages étaient presque tous comptabilisés mercredi matin, selon des données compilées par Reuters et USA Today.
Les démocrates ont progressé dans des comtés les plus riches comme les plus pauvres, à niveau de diplôme élevé ou faible. Ils ont réussi à percer dans des régions à forte population hispanique, notamment les comtés frontaliers du Texas qui s'étaient tournés vers Donald Trump en 2024 ou les villages agricoles des prairies du Kansas.
A la Chambre des représentants, tous les sièges considérés comme très disputés, dont les projections définitives ont été communiquées, ont été remportés par les démocrates, notamment des districts électoraux ayant massivement soutenu Donald Trump il y a deux ans.
Dans le Michigan, le démocrate Abdul El-Sayed, issu de l'aile la plus à gauche du parti, a battu l'ancien élu Mike Rogers, soutenu par le président républicain, et va devenir le premier musulman à siéger au Sénat. "Vous avez choisi la haine, le Michigan a choisi l'espoir", a-t-il dit mardi soir à ses partisans en liesse à propos de Rogers, qui a décrit durant la campagne El-Sayed comme un extrémiste religieux.
Plusieurs autres scrutins ont connu une issue historique, pour les deux camps. En Géorgie, la démocrate Keisha Lance Bottoms est devenue la première femme afro-américaine élue à un poste de gouverneur dans le pays. Byron Donalds a lui gagné en Floride pour devenir le premier gouverneur républicain afro-américain de cet Etat.
(Joseph Ax, David Morgan, Jason Lange, Brad Heath, avec la contribution de Dan Rosenzweig-Ziff, Nathan Layne, Nolan D. McCaskill, Susan Heavey, Jarrett Renshaw, Dan Catchpole, Richard Cowan, Daphne Psaledakis, Leah Douglas, Courtney Rozen, Doina Chiacu et Humeyra Pamuk; version française Jean Terzian et Jean-Stéphane Brosse)