USA/MIDTERMS-Les personnalités démocrates qui affûtent leurs ambitions pour 2028
information fournie par Reuters 05/11/2026 à 16:00

par Tim Reid

Le raz-de-marée des démocrates au Congrès est presque derrière eux, puisque se profile déjà la présidentielle de 2028 et son cortège de primaires qui s'annoncent disputées au sein d'un parti tiraillé entre son aile progressiste et les tenants d'une ligne centriste plus traditionnelle.

Pour les prétendants, qu'il s'agisse de gouverneurs, de sénateurs ou même d'anciens candidats à la présidentielle dans le cas de Kamala Harris, les dernières semaines de la campagne pour les élections de mi-mandat ont été l'opportunité de polir leur image et de s'imposer dans un champ politique très encombré.

Voici une liste des personnalités démocrates les plus fréquemment évoquées en vue des primaires de 2028, par fonction et par ordre alphabétique :

GOUVERNEURS

Plusieurs gouverneurs démocrates sont considérés comme de potentiels candidats et suscitent l'attention.

ANDY BESHEAR

Le gouverneur du Kentucky a pris cette année la présidence de l'Association des gouverneurs démocrates (Democratic Governors Association), ce qui lui offre une tribune pour mettre en avant son bilan dans un Etat largement acquis aux républicains.

Son comité d'action politique dispose de plus de 2 millions de dollars, selon des documents déposés auprès de la Commission électorale fédérale (Federal Election Commission, FEC), et il a participé à des événements dans des Etats organisant les premières consultations des primaires, comme le Nevada, le New Hampshire et la Caroline du Sud.

Andy Beshear a fait campagne pour des candidats démocrates dans des Etats décisifs de l'élection présidentielle, comme le Wisconsin et la Géorgie.

Dans un entretien accordé en septembre, il a laissé entendre qu'il pourrait se présenter en 2028. "Je ne laisserai tout simplement pas un pays brisé à mes enfants ni aux générations futures", a-t-il déclaré.

Atouts : il a été élu à deux reprises dans un Etat remporté par Donald Trump avec plus de 30 points d'avance en 2024.

Faiblesses : il est peu connu en dehors du Kentucky et son approche plus consensuelle de la politique pourrait ne pas séduire les électeurs des primaires démocrates. Des sondages montrent que de nombreux électeurs démocrates jugent que leur parti ne s'oppose pas assez fermement à Donald Trump et à ses politiques.

GAVIN NEWSOM

Le gouverneur de Californie a publié des mémoires en février et s'est rendu dans les Etats des premières primaires que sont le Nevada, le New Hampshire et la Caroline du Sud. Son comité d'action politique dispose de près de 7 millions de dollars, selon les données de la FEC.

En septembre, il a déclaré à CNN qu'il ne se présenterait pas si l'ancienne vice-présidente Kamala Harris, battue par Donald Trump en 2024, entrait dans la course.

En juin, Gavin Newsom a accusé Donald Trump d'avoir ordonné au département américain de la Justice d'ouvrir une enquête à motivation politique contre lui et son épouse parce qu'il envisage une candidature présidentielle.

Atouts : Gavin Newsom a acquis une notoriété nationale grâce à ses critiques virulentes de Donald Trump.

Faiblesses : la Californie affiche certains des prix de l'essence, niveaux d'imposition et taux de sans-abrisme les plus élevés des Etats-Unis, des sujets que les républicains chercheraient probablement à exploiter s'il se présentait.

J.B. PRITZKER

Le gouverneur de l'Illinois s'est rendu dans plusieurs Etats des premières primaires, notamment le Nevada, le New Hampshire et la Caroline du Sud.

Lors d'un entretien sur l'émission "Meet the Press" de NBC le 1er novembre, J.B. Pritzker n'a pas exclu une candidature présidentielle, déclarant que sa priorité restait ce qui est le mieux pour les habitants de l'Illinois et l'élection de démocrates.

J.B. Pritzker a exhorté les démocrates à agir de manière énergique une fois qu'ils auront pris le contrôle du Congrès en janvier. Selon NBC News le 4 novembre, il devait dévoiler une feuille de route législative détaillée, une initiative susceptible de nourrir ses ambitions présidentielles.

J.B. Pritzker a été réélu gouverneur le 3 novembre.

Atouts : J.B. Pritzker a acquis une stature nationale en critiquant le déploiement par Donald Trump de membres de la Garde nationale et d'agents fédéraux de l'immigration dans les villes américaines. Héritier de l'empire hôtelier Hyatt, il est milliardaire, ce qui lui permet de dépendre moins des donateurs.

Faiblesses : sa fortune colossale pourrait l'exposer aux attaques de rivaux le présentant comme déconnecté des électeurs confrontés à des difficultés économiques, ou comme excessivement dépendant de ses ressources personnelles.

JOSH SHAPIRO

Le gouverneur de Pennsylvanie a publié des mémoires cette année et a lancé en octobre un comité d'action politique fédéral, se dotant ainsi d'un outil pour lever des fonds en faveur de candidats démocrates et potentiellement soutenir une future campagne présidentielle.

Interrogé sur une éventuelle candidature à la Maison blanche dans l'émission "Face the Nation" de CBS News le 1er novembre, Josh Shapiro, réélu le 3 novembre, avait déclaré qu'il se concentrait exclusivement sur l'aide aux démocrates pour remporter les élections de mi-mandat en Pennsylvanie.

En avril, il s'était montré plus explicite. Il avait estimé que les démocrates devraient débattre de l'orientation du pays après les élections de mi-mandat. "Et je prendrai part à cette discussion", avait-il ajouté.

Atouts : Josh Shapiro est un gouverneur populaire dans un important Etat clé de l'élection présidentielle remporté par Donald Trump en 2024.

Faiblesses : Josh Shapiro est perçu comme un démocrate favorable à Israël à un moment où les critiques à l'égard d'Israël progressent parmi les démocrates en raison des guerres menées par l'Etat hébreu à Gaza et contre l'Iran, même s'il s'oppose à la guerre menée contre l'Iran par les Etats-Unis et Israël.

Parmi les autres gouverneurs cités comme candidats potentiels figurent Wes Moore, du Maryland, même s'il a déclaré qu'il ne se présentait pas, ainsi que Gretchen Whitmer, du Michigan. En mai, elle a semblé exclure une candidature avant de revenir rapidement sur ses propos en déclarant : "Il ne faut jamais dire jamais". Lors d'un entretien accordé en octobre à "Meet the Press", elle n'a pas exclu une candidature.

ANCIENS CANDIDATS NATIONAUX

Deux démocrates ayant déjà mené une campagne présidentielle ont pris des initiatives ou évoqué ouvertement une nouvelle candidature.

PETE BUTTIGIEG

Pete Buttigieg, qui n'était pas parvenu à obtenir l'investiture démocrate lors de la campagne de 2020, a été secrétaire aux Transports sous la présidence de Joe Biden. Son comité d'action politique dispose de près de 7 millions de dollars et il s'est rendu dans plusieurs Etats des premières primaires ainsi que dans des Etats décisifs pour l'élection présidentielle.

En août, lors d'un entretien en podcast, Pete Buttigieg a répondu : "Je pense que j'y suis plutôt favorable que défavorable", lorsqu'il a été interrogé sur une candidature en 2028.

Lors d'entretiens en septembre, il a déclaré qu'il se concentrait sur l'aide aux candidats démocrates aux élections de mi-mandat.

Atouts : Pete Buttigieg est considéré comme un débatteur redoutable et n'a pas hésité à critiquer les républicains sur leur propre terrain, notamment sur la chaîne conservatrice Fox News.

Faiblesses : lors de sa campagne infructueuse de 2020, il a obtenu de mauvais résultats auprès des électeurs noirs, un bloc électoral majeur du Parti démocrate. Il dispose de peu d'expérience exécutive, n'ayant été que maire de South Bend, dans l'Indiana, avant de devenir membre du gouvernement.

KAMALA HARRIS

L'ancienne vice-présidente est l'une des personnalités les plus explicites sur la possibilité de se représenter après sa défaite face à Donald Trump en 2024. "Peut-être. Peut-être. J'y réfléchis", a-t-elle déclaré en avril. En octobre, lors d'un podcast, elle a affirmé ne pas avoir encore décidé si elle se présenterait tout en promettant de prendre une décision.

Kamala Harris a participé à des rassemblements de soutien à des candidats démocrates dans six Etats en septembre et octobre, dont le Nevada, le New Hampshire et le Michigan, un Etat décisif de l'élection présidentielle.

Atouts : Kamala Harris bénéficie d'une forte notoriété et obtient de bons résultats auprès des électeurs démocrates dans les premiers sondages réalisés en vue de 2028.

Faiblesses : une nouvelle candidature constituerait sa troisième campagne présidentielle. Les candidats qui se sont déjà présentés et ont perdu sont souvent accueillis avec scepticisme par les électeurs des primaires. Ses liens avec Joe Biden pourraient également lui porter préjudice, certains démocrates estimant que son retrait tardif de la course de 2024 a nui aux chances du parti.

SÉNATEURS AMÉRICAINS

Plusieurs sénateurs démocrates américains alimentent les spéculations sur 2028. Deux d'entre eux, Mark Kelly, de l'Arizona, et Jon Ossoff, de Géorgie, font l'objet d'une attention particulière depuis plusieurs mois. Parmi les autres noms cités figurent Ruben Gallego, de l'Arizona, Chris Murphy, du Connecticut, et Cory Booker, du New Jersey.

MARK KELLY

Mark Kelly, ancien astronaute de la NASA et pilote de l'US Navy, dispose de la plus importante réserve de liquidités parmi les potentiels candidats démocrates de 2028, avec plus de 26 millions de dollars dans son principal comité de campagne au Congrès, selon les documents déposés auprès de la FEC. Selon son équipe, il a fait campagne dans 23 Etats pour les démocrates lors de ce cycle électoral de mi-mandat.

Atouts : il a remporté des élections en Arizona, un Etat clé de l'élection présidentielle. Il jouit d'une crédibilité sur les questions de contrôle des armes à feu en tant qu'époux de l'ancienne représentante Gabby Giffords, survivante d'une tentative d'assassinat en 2011.

Faiblesses : Mark Kelly pourrait être considéré comme trop modéré pour une primaire démocrate, qui attire généralement des électeurs plus progressistes.

JON OSSOFF

La visibilité de Jon Ossoff s'est accrue ces derniers mois grâce à des discours dénonçant Donald Trump comme corrompu et inapte à exercer ses fonctions, dans des termes particulièrement directs qui ont retenu l'attention.

Mais il a nié préparer une candidature pour 2028 lors de récentes apparitions publiques, déclarant pendant un débat organisé en octobre dans le cadre de sa campagne de réélection au Sénat qu'il n'avait "absolument aucun intérêt" à briguer la présidence.

Il a été réélu au Sénat le 3 novembre.

Atouts : fraîchement réélu dans un Etat qui constituera un champ de bataille électoral majeur en 2028, il est jeune, excellent communicant et sa popularité progresse rapidement parmi les électeurs démocrates.

Faiblesses : il possède une expérience exécutive limitée. Il pourrait peiner à convaincre les progressistes en quête d'une figure plus marquée à gauche.

PROGRESSISTES

ALEXANDRIA OCASIO-CORTEZ

La représentante de l'Etat de New York, qui se définit comme socialiste démocrate, est l'une des figures progressistes les plus en vue du pays et est considérée comme l'héritière la plus probable du mouvement construit par le sénateur Bernie Sanders lors de ses deux campagnes présidentielles.

En septembre, elle a déclaré au New York Times qu'elle déciderait après les élections de mi-mandat si elle se présenterait à la présidence.

Atouts : connue sous les initiales AOC, elle est populaire auprès de nombreux électeurs démocrates et attire régulièrement des foules enthousiastes lors de ses apparitions publiques.

Faiblesses : les républicains la présentent fréquemment comme l'une des principales figures de l'aile gauche du parti, mettant en avant son soutien à une taxation accrue des plus riches et à des programmes financés par l'Etat.

AUTRES

RAHM EMANUEL

Rahm Emanuel est un ancien représentant à la Chambre des représentants, ancien ambassadeur au Japon et ancien directeur de cabinet de la Maison blanche sous la présidence de Barack Obama.

Il a déclaré à plusieurs reprises qu'il envisageait une candidature présidentielle et qu'il attendrait la fin des élections de mi-mandat pour prendre une décision définitive. Il estime que l'aile modérée du Parti démocrate doit être renouvelée.

CANDIDATS SURPRISES

L'Histoire montre que les premiers sondages et les analyses conventionnelles peuvent être trompeurs. Donald Trump recueillait environ 1% des intentions de vote parmi les électeurs républicains lorsqu'il a lancé sa candidature en 2016, tandis que Bill Clinton se situait sous la barre de 1% dans les premiers sondages démocrates avant de remporter la présidence en 1992.

(Reportage Tim Reid, version française Nicolas Delame)