USA/MIDTERMS-La campagne pour le contrôle du Congrès entre dans sa dernière ligne droite
information fournie par Reuters 31/10/2026 à 12:07

* L'administration Trump intensifie les recours juridiques

* Les responsables électoraux inquiets des actions en justice

* Le vote anticipé en forte hausse par rapport à 2022

par Andrew Goudsward, David Morgan et Nathan Frandino

WASHINGTON/ANCHORAGE, 31 octobre (Reuters) - L 'administration du président américain Donald Trump a intensifié les recours juridiques, notamment en Alaska, dans le cadre de la campagne pour le contrôle du Congrès américain qui entre dans sa dernière ligne droite alors que le nombre d'Américains ayant voté par anticipation approche désormais les 50 millions, un record pour des élections de mi-mandat.

Le département américain de la Justice (DoJ) a accéléré vendredi son enquête pénale en Alaska, à la suite d'informations du New York Times selon lesquelles des collaborateurs d'une candidate démocrate au Sénat, Mary Peltola, auraient recruté un enseignant à la retraite pour qu'il se présente aux élections, car il porte le même nom que le sénateur républicain sortant, Dan Sullivan.

Le DoJ, agissant dans le cadre d'une action civile que le président Donald Trump a déclaré avoir initiée, a également déposé de nouvelles requêtes visant à empêcher l'État de l'Alaska de certifier les résultats du scrutin sénatorial en cas de défaite serrée du républicain Dan S. Sullivan face au candidat sans étiquette, Daniel J. Sullivan Jr.

Cette élection très disputée en Alaska est considérée comme cruciale pour les démocrates qui espèrent arracher le contrôle du Sénat aux républicains lors des "midterms" de mardi. Il pourrait aussi augurer d'une longue bataille judiciaire dans cet Etat qui figure parmi la dizaine susceptibles de faire basculer la majorité du Sénat dans le camp démocrate.

Les républicains disposent actuellement d'une majorité de 53 sièges contre 47 à la chambre haute du Congrès et les démocrates doivent enregistrer un gain net de quatre sièges pour la reconquérir.

UN "FAUX CANDIDAT" DANS UNE ÉLECTION CLÉ EN ALASKA

Le vote de mardi est l'un des 35 au Sénat, qui compte 100 membres, et donnera le ton pour les deux dernières années du mandat de Donald Trump. Les 435 sièges de la Chambre des représentants des Etats-Unis sont également en jeu.

La participation au vote anticipé a atteint un niveau record lors de ce scrutin. Selon l'Election Lab de l'université de Floride, plus de 49 millions d'Américains ont déjà voté, soit en personne, soit par correspondance, contre près de 46 millions qui avaient voté en amont du scrutin lors des dernières élections de mi-mandat, en 2022.

Une victoire des démocrates dans l'une ou les deux chambres pourrait déboucher sur des enquêtes du Congrès visant l'administration de Donald Trump, qui a bénéficié pendant deux ans d'une majorité républicaine largement complaisante.

Donald Trump a mené une campagne effrénée dans plusieurs Etats au cours du mois dernier, mais il n'a pas prévu de se déplacer ce samedi, jour où se mêleront plusieurs traditions américaines: la politique, Halloween et le football universitaire à travers tout le pays. Le président des Etats-Unis reprendra sa campagne dimanche au Kansas et dans l'Iowa.

Le procureur en chef du département de la Justice en Alaska, Michael Heyman, a déclaré, lors d'une conférence de presse vendredi, que les révélations de l'enquête du New York Times avaient poussé le FBI à mobiliser un "afflux" de ressources, à affecter plusieurs procureurs à cette affaire et que l'enquête se déroulait "de manière intense et rapide".

Michael Heyman a estimé que Daniel J. Sullivan Jr. était un "faux candidat" mais a refusé de préciser la nature du délit qu'il aurait pu commettre.

Le DoJ avait déjà engagé une action civile, mais "la publication de l'article du New York Times a apporté des informations supplémentaires qui ont accéléré le travail que nous menions déjà", a-t-il dit.

Mary Peltola a démenti avoir eu connaissance d'une quelconque tentative de recrutement d'un candidat homonyne du sénateur républicain sortant. L'enseignant à la retraite a de son côté rejeté avoir coordonné ses initiatives avec l'équipe de campagne de Mary Peltola.

L'ADMINISTRATION TRUMP S'IMPLIQUE À L'ÉCHELLE NATIONALE

L'administration de Donald Trump a également intenté une action en justice contre la Californie pour tenter d'empêcher le dépouillement des bulletins de vote déposés par plus de 20.000 électeurs inscrits, estimant que ces derniers pourraient ne pas être des citoyens américains. Elle a également poursuivi en justice une trentaine d'États et le District de Columbia, réclamant des listes électorales non expurgées, objet d'une intense bataille politique et juridique entre l'administration fédérale et les Etats.

Ces listes contiennent des données personnelles sensibles des électeurs comme leurs numéros de sécurité sociale et de permis de conduire, leur date de naissance ou encore leur adresse précise.

Vendredi, un juge fédéral a ordonné au département de la Justice de cesser de menacer de poursuites les responsables électoraux californiens qui ne se conforment pas aux directives de l'administration de Donald Trump concernant le vote présumé de personnes qui ne seraient pas des citoyens américains.

Sean Morales-Doyle, directeur du programme sur les droits de vote et les élections au Brennan Center for Justice, a déclaré que les initiatives de l'administration fédérale s'inscrivaient dans la lignée des pratiques mises en oeuvre par ceux qui contestent les résultats de l'élection présidentielle de 2020. Même s'il est peu probable que l'administration fédérale obtienne gain de cause devant les tribunaux, a-t-il ajouté, ces efforts pourraient créer un climat politique propice à des fautes professionnelles de la part des responsables électoraux.

"Il s'agit de créer de l'incertitude, de semer la peur, la méfiance et le chaos, dans l'espoir de créer les conditions politiques dans lesquelles, peut-être, le lieutenant-gouverneur de l'Alaska se sentirait poussé à faire quelque chose qu'il n'est pas censé faire. Peut-être que le gouverneur commencerait lui aussi à remettre les choses en question", a-t-il déclaré.

Malgré tout, une majorité bipartisane d'électeurs américains fait confiance au processus électoral dans son ensemble: 76% d'entre eux se disent convaincus que leurs bulletins de vote seront comptés avec précision, selon un sondage Reuters/Ipsos réalisé du 30 septembre au 5 octobre.

Parmi les personnes sondées, environ 15% ne se sentaient pas en confiance et les autres étaient indécises ou n'avaient pas répondu à la question posée. Le niveau de confiance était à peu près aussi élevé chez les républicains que chez les démocrates.

(Reportage Andrew Goudsward et David Morgan à Washington et Nathan Frandino à Anchorage, en Alaska; version française Claude Chendjou)